Mon cher détenu…
Des centaines de Français correspondent avec des prisonniers qu’ils n’ont jamais rencontrés. Un moyen pour ces derniers de maintenir un lien avec l'extérieur.
En Côte d'Ivoire, les victimes des déchets toxiques déversés par ce cargo voyou ont reçu 1140 € chacune, contre le retrait de leurs plaintes. Indignation au sein des organisations.
Après la colère, l'incompréhension. A Abidjan, les Ivoiriens attendaient la vérité. A la place, ils reçoivent de l'argent. Pour un peu plus d'un millier d'euros par plaignant, la multinationale suisse Trafigura a obtenu l'abandon pur et simple des plaintes. D'après les dernières nouvelles, le tribunal de Londres où était attendu un procès pour ce mois d'octobre aurait validé l'accord à l'amiable.
Le scandale avait éclaté en 2006. Le cargo Probo-Koala, affreté par la société hollando-suisse Trafigura, contenait 500 tonnes de résidus toxiques. Du poison qu'il déversa clandestinement dans les quartiers pauvres d'Abidjan, causant la mort d'entre 15 et 17 personnes (d'après des données officielles), ainsi que de multiples maladies à des milliers d'autres.
A l'époque, le scandale avait ému le monde entier, des citoyens aux gouvernements, qui avaient tous dénoncé le cynisme des responsables.
Visionnez le sujet réalisé par Complément d'Enquête ci-dessous:
Le procès initialement prévu ce mois d'octobre en Angleterre devant la Haute Cour de Londres était attendu comme un moment important pour les victimes et leurs soutiens. Rebondissement de dernière minute: il y a quelques jours, la principale association des victimes annonçait "avoir trouvé un arrangement" avec l'affreteur du cargo.
Ainsi, chaque victime accepte de retirer sa plainte, de signer un document affirmant que les déchets toxiques n'ont pas été si graves que cela... contre une somme de 1140 euros!
C'est ici que réside l'incompréhension des Ivoiriens. Doit-on cesser de déterminer, dans une telle affaire, les responsabilités de chacun, et ce pour le seul motif que le prévenu possède les moyens d'indemniser les victimes?
Après trois années d'attente, les représentants des victimes se disent "fatigués" et semblent penser qu'il vaut "mieux un mauvais arrangement qu'un bon procès", comme l'a affirmé Gohourou Zialo Claude, le président de la coordination nationale des victimes.
Mais ce genre de justifications ne passe pas auprès d'une grande partie de l'opinion. Déjà, en 2007, Trafigura avait payé 152 millions au gouvernement en échange de l'abandon des poursuites et de la libération des responsables locaux de la société internationale. La population ivoirienne n'avait pas apprécié ...
Contrairement aux multiples rapports indépendants, dont le dernier est rédigé par un expert des Nations Unies, Trafigura demande aux plaignants de reconnaître qu'"aucun lien ne peut être établi formellement entre les déchets toxiques et les décès, les fausses couches, les naissances d’enfants mort-nés, les malformations ou autres maladies graves et chroniques."
Pour les victimes non signataires de l'accord à l'amiable, cette volonté d'effacer les responsabilités est inacceptable. C'est le cas de la Fédération nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d`Ivoire (Fenavidetci) qui invite à ne pas abandonner les poursuites.
"On oblige les pauvres victimes à dire que les déchets ne sont pas toxiques alors que plusieurs rapports en ont souligné la haute toxicité", regrette Denis Yao Pipira, le président de l'association, sur RFI.
De son côté, l'organisation écologiste Greenpeace, qui a déjà saisi la justice néerlandaise, annonce qu'elle poursuivra la procédure contre Trafigura. Même credo à la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (LIDHO) et au Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH).
Les responsables du Probo Koala devront surtout s'expliquer face à une opinion européenne de plus en plus remontée contre les "voyous de mer". Les dernières investigations du journal The Guardian, qui démontrent l'extrême dangerosité des déchets du Probo Koala, ont sérieusement mis à mal l'image de Trafigura.
L'association française Sherpa, dont la plainte a déjà été jugée irrecevable par la justice hexagonale, fait partie des organisations qui s'activent pour doter l'Union Européenne d'un dispositif juridique plus efficace en matière de gestion des déchets toxiques.
Entre temps, la société incriminée a mis en place une fondation dédiée aux oeuvres sociales et philanthropiques... A bientôt.
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laguepie