L’appel aux fondations et à la générosité du public, un défi pour les associations

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Au forum national des associations et fondations (FNAF), les exposants commerciaux ont proposé aux dirigeants associatifs des services visant à pallier les conséquences de la raréfaction des subventions publiques.

Entrer dans le Forum national des associations et fondations (le Fnaf, qui s'est tenu le 21 octobre 2015 au Palais des Congrès de Paris), c'est se perdre. Apprentis d'Auteuil, Secours catholique, Médecin du Monde, Fondation Simply… Près de 5000 visiteurs virevoltent entre les 70 stands des banquiers, experts comptables, assureurs et autres avocats. Prononcés avec regret ou gourmandise, les mots "désengagement de l'Etat" sont sur toutes les bouches. Soixante-dix conférences répondent aux nouveaux problèmes créés par la "rigueur".

Le principal? "Il y a 10 ans, une association se demandait quelle allait être la hauteur de sa subvention publique. Aujourd'hui, elle cherche à diversifier ses sources de financement: générosité du public, mécénat, fonds d'investissement", explique Sophie Rouxel, commissaire déléguée au Fnaf. En conséquence, des débats sont organisés sur le management des salariés: "Cette année, j'entends beaucoup parler de licenciements dans les allées du salon", poursuit l'organisatrice du forum. Sont aussi abordés des thèmes tels la collecte de fonds, la responsabilité sociale et environnementale des entreprises ou encore l'engagement. "Depuis trois ou quatre ans, de nouveaux sujets émergent, tels la communication ou l'e-réputation", relève encore Sophie Rouxel.

Dynamique

À chaque nouveau problème, son nouveau marché…et son stand. L'argent public se tarit? Une file s'allonge derrière le stand de Ulule, une plateforme de financement participatif (crowdfunding): "Très vite, les associations se sont saisies de la plateforme pour collecter des dons: WWF, Médecins du Monde, La Croix Rouge. Cela permet aux donateurs de flécher leurs dons, et aux associations, de générer une dynamique chez leur donateurs", indique Marion, "good idea manager" dans la jeune entreprise.

L'appel à des fondations représente une autre solution. Anne-Laurence Darrasse, directrice de la communication de l'association "Les compagnons bâtisseurs", vient de mettre en place un fonds de dotation. Elle a rencontré trois fondations donatrices. "Je voudrais aussi voir les membres de Passerelles et compétences, qui propose les services bénévoles de personnes qualifiées dans les RH ou la communication. Des postes que nous ne pouvons pas nous permettre de payer", explique-t-elle.

La tendance est à l'externalisation des tâches administratives, afin que les salariés se consacrent entièrement aux projets de leurs associations. La banque CIC propose un service de dématérialisation du don. La start up nommée Silex, une technologie facilitant la recherche de prestataires. Une autre, Membo Go, un logiciel de gestion de fichiers donateurs, cotisations, évèments, etc.

Confiance

Autre conséquence de la pénurie: la concurrence. "Les associations vont devoir rivaliser de communication et de bonnes pratiques pour obtenir des financements auprès de donateurs particuliers ou institutionnels. Nous proposons un label 'don en confiance', basé sur 200 points de contrôle, qui leur permettent de tirer leur épingle du jeu", soulève Nathalie Blum, directrice du Comité de la charte.

Jean-Pierre Vercamer, commissaire aux comptes chez Deloitte et associés, chargé des audits des associations, animait la table ronde phare de la matinée, intitulée: "De la bonne utilisation des fonds confiés au secteur associatif". Il abonde dans le même sens: "Avec le désengagement de l'Etat, il va y avoir de plus en plus besoin d'associations. En même temps que les dépenses, il faut augmenter les recettes. Cela signifie qu'il va falloir convaincre les donateurs qu'ils peuvent avoir confiance dans les associations. Et donc, les informer, faire la preuve de la performance et de l'efficacité des associations", note l'expert comptable.

Cette concurrence vis à vis du don pourrait bien faire un tri entre grosses et petites associations, "efficaces" et "performantes" aux yeux des comptables, disposant d’une bonne communication ou non. Les responsables d’associations tentent de se convertir à cette nouvelle donne, bien qu’elle implique pour certains qu’ils cèdent sur un certain nombre de valeurs à l’origine même de la création de leur association. Ils s’y plient souvent avec regret…mais l’estiment inéluctable.

Avec la   , partenaire de la rubrique Mécénat.

 
Crédit photos: Linus Bohman/Flickr.
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