Eric Bellion: en mer et contre tous

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Douze ans. Douze ans que le navigateur Eric Bellion, 39 ans, défie vents et marées pour transmettre son message sur la diversité comme source de performance. Tout commence en 2003, lorsqu’il part avec deux amis pour un tour du monde à bord du "Kifouine", un voilier de 8,6 mètres de long. Rapidement, l’idée leur vient d’intégrer à chaque étape du voyage des jeunes en situation de handicap cérébral, qui les rejoindront par groupe de cinq pendant 15 jours.

Content mais frustré que les jeunes n’aient pas été davantage acteurs, Eric monte, quelques années plus tard, avec son ami Laurent Marzec, tétraparésique, le Défi intégration. L’objectif: créer un équipage de trois sportifs valides et trois sportifs en situation de handicap à bord d’un bateau aménagé. En 2010, l’équipage bat le record de navigation entre Port-Louis dans le Morbihan et Port-Louis à Maurice, en 68 jours. Si le pari est gagné, Eric en ressort avec moins d’angélisme: "C’était une aventure humainement plus compliquée que prévu. La mer a lavé tous mes bons sentiments et j’ai compris qu’il y avait des étapes à respecter pour créer de la richesse avec la diversité".

À travers son sport, le navigateur Eric Bellion transmet son message sur la diversité comme source de performance. Crédit: DR.

 

Malgré une expérience passionnante, mais douloureuse, Eric remet le couvert en 2012 avec le projet Team Jolokia. Cette fois, il embarque un équipage d’amateurs composé de femmes et d’hommes d’âges, de handicaps et de milieux sociaux différents. Le but: transformer son bateau en véritable laboratoire d’expérimentation sur la mixité et la différence. Résultat, le voilier finit 8ème de la Rolex fastnet race en 2013, face à des équipages de professionnels, des "clones", comme il les appelle.

Parler vivre ensemble, en solitaire

Eric compte, cette fois, passer à un niveau supérieur. Il s’attaquera, l’année prochaine, au Vendée Globe 2016. Surnommée "L’Everest des mers" cette course en solitaire, sans escale et sans assistance, est l’une des plus difficiles au monde. "C’est l’événement sportif français le plus médiatisé, devant le Tour de France et Roland-Garros. C’est donc une vitrine extraordinaire", explique-t-il. À bord de son bateau "Comme un seul homme", Eric entend mobiliser les entreprises et rêve de bousculer les consciences: "Partir en solitaire pour parler du vivre ensemble, déjà cela va créer le débat."

Seul à bord, mais pas seul sur terre. Le navigateur a réussi à rassembler autour de son projet treize entreprises mécènes de toute taille, telles que Klésia, TF1 Publicité, Pernod Ricard ou Ernst&Young. Un montage unique par rapport au modèle traditionnel de sponsoring des bateaux par une seule entreprise. "Notre voilier ne porte pas le nom d’une entreprise, mais s’appelle 'Comme un seul homme'. Les noms des mécènes apparaissent seulement en petit", détaille-t-il. Jamais, non plus, un voilier n’a été utilisé dans cette course pour passer un message sociétal.

Eric Bellion prendra le départ du Vendée Globe 2016 à bord du voilier "Comme un seul Homme". Crédit: DR.

 

Pendant la durée de la course, chacune des entreprises diffusera sur un site dédié cinq vidéos courtes de témoignages de leurs collaborateurs soumises, par la suite, au vote du public sur les réseaux sociaux. "Ces cinq vidéos correspondront aux étapes que j’ai identifiées pour faire de la différence une source de richesse et d’innovation. Premièrement, prendre un risque, oser la différence. Deuxièmement, faire confiance. Troisièmement, découvrir que l’innovation naît de la contrainte et la plus grande contrainte en équipe c’est l’autre. Quatrièmement, viser la performance collective. Cinquièmement, exulter en équipe." Avec ses treize mécènes aujourd’hui, ce sont déjà 80.000 collaborateurs embarqués dans l’aventure. "Il y aura probablement d’autres entreprises pour atteindre les 100.000 collaborateurs", note-t-il.

Sur le bateau de François Cluzet

Avec comme leitmotiv "c’est en enseignant qu’on apprend le mieux", Eric espère d’abord toucher les salariés des entreprises pour replacer la différence au cœur du management. Mais il mise aussi sur l’effet boule de neige: "Les personnes qui vont s’investir en étant à la fois scénaristes et acteurs de ces vidéos en parleront à leurs amis, leur famille, etc. Le but c’est qu’à la fin du Vendée Globe, les internautes se soient pris au jeu et qu’il y ait plein de témoignages sur la diversité."

Pour autant, des vidéos suffiront-elles à changer les mentalités? "Je porte un message depuis douze ans, si d’autres personnes s’y associent, cela augmentera la force de frappe. J’ai essayé de rassembler des choses qui marchent: un événement populaire et le côté ludique avec les réseaux sociaux. Ça ne changera probablement pas le monde, mais ça y participera", admet-il, toujours optimiste.

D’autant qu’Eric est un bon communicant. Le bateau sur lequel il naviguera sera tout simplement celui du film En solitaire, avec François Cluzet. "Je suis allé l’acheter à Gaumont, lâche-t-il, en toute simplicité. On a essayé de garder au maximum son look original pour que cela parle aux gens". Le design du bateau est d’ailleurs le fruit d’une collaboration entre des lycéens de quartiers populaires accompagnés par la Fondation culture et diversité, l’École nationale supérieure des arts décoratifs et Jean-Baptiste Epron, designer spécialiste des voiliers.

Pour la suite, Eric a créé un fonds de dotation pour promouvoir la diversité, baptisé comme son bateau, "Comme un seul homme". "Je ne sais pas si les prochaines étapes seront toujours en lien avec la voile. Le Vendée Globe, c’est déjà un gros défi! Peut-être que je me calmerais après ça…" Tenace? On ne dira pas le contraire. Barré? Sûrement un peu aussi.

 

Avec la  , partenaire de la rubrique Vivre ensemble.

 
Crédit photo: DR.
Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer