Accenture, une politique globale pour intégrer le handicap

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Nicolas Maze-Sencier souffre depuis sa naissance d’un nystagmus, une maladie qui freine le développement de son nerf optique. Son handicap est invisible…"sauf
quand je rate une marche
", plaisante le jeune homme. Mais il l’empêche de voir correctement. Étudiant à Supélec, il effectue en 2011 durant son année de césure un premier stage au sein d’Accenture, entreprise internationale de conseil. "Jusque-là, je travaillais sur un écran 17 pouces. Mais le comité d’entreprise d’Accenture a financé à 50% l’achat d’un ordinateur doté du logiciel Zoomtext, qui permet de zoomer sur l’écran."

En 2013, Nicolas est embauché en CDI en tant que consultant en stratégie dans le domaine de l’énergie et de l’industrie. Il passe un bilan complet avec un cabinet d’ergonomes. Accenture fait alors l’acquisition d’un ordinateur doté de Zoomtext, mais aussi d’un monoculaire, une sorte de jumelle au grossissement variable qui lui permet de consulter les documents papier en réunion et d’une caméra qu’il branche sur son ordinateur pour grossir en direct des PowerPoint présentés en réunion. "Je n’ai pas à me plaindre, raconte le jeune homme. À Supélec, mon responsable des études était allé jusqu’à mettre en doute l’authenticité de mon certificat médical. Alors que pour mon entretien avec Accenture, j’ai appelé les RH la veille et j’ai eu le droit d’utiliser mon ordinateur pour les épreuves écrites."

Recruter 50 travailleurs handicapés

Pour Accenture, Nicolas fait office de symbole. En effet, l’entreprise, qui veut "faire de la diversité un facteur de performance, de croissance, de créativité et d’innovation", a passé un accord avec l’État en juillet 2014. L’entreprise, qui compte 5000 salariés, se donne pour objectif le recrutement de 50 travailleurs handicapés (TH) d’ici à 2016, sans compter les stagiaires. "L’objectif est difficile à atteindre. Accenture n’embauche qu’à bac +5, et 85% des personnes en situation de handicap n’ont pas le bac", explique Chloé Vergnolle, chargée de mission handicap au sein du service des ressources humaines.

En parallèle, Accenture travaille au "maintien dans l’emploi" des 80 TH qu’elle compte parmi ses effectifs. "Dix postes environ ont été aménagés, grâce au recours systématique à un cabinet d’ergonomes. Par exemple, les postes de certains salariés ont été équipés de fauteuils ergonomiques. L’adaptation d’un poste coûte entre 8000 et 10.000 euros: il faut parfois équiper un bureau dans les locaux de l’entreprise, un autre dans l’entreprise cliente, et un troisième à domicile, car nos salariés sont pour certains en télétravail. Comme un fauteuil coûte environ 1500 euros, la facture grimpe rapidement", explique Chloé Vergnolle.

Des horaires aménagés

Pour les personnes qui éprouvent des difficultés à se déplacer -quatre personnes sont dans cette situation- l’entreprise finance des courses de taxis et aménage les horaires de ceux qui ne peuvent arriver de bonne heure au travail. "Enfin, nous proposons, avec des cabinets experts, des 'diagnostics de situation d’emploi', pour relever les éventuels problèmes que leur pose leur handicap et les régler, des bilans de compétences adaptés aux travailleurs handicapés, et du coaching pour accompagner les salariés victimes d’accidents, qui peinent à se repositionner dans leur environnement de travail", poursuit la chargée de mission handicap. L’entreprise propose aux travailleurs handicapés ou à ceux qui en ont la charge de rémunérer les journées d’absence destinées à régler des problèmes médicaux ou administratifs.

Enfin, l’entreprise mène un vrai travail de sensibilisation auprès de ses salariés. Un cycle de conférences a été organisé avec des témoignages de personnes emblématiques comme Didier Roche, malvoyant, qui a lancé la chaîne de restaurants "Dans le Noir?". Tous les trimestres, une planche de BD sur le handicap dans l’entreprise est envoyée aux salariés. "Enfin, nous avons lancé un quiz en interne sur la question du handicap, auquel 1056 personnes ont répondu", se réjouit la chargée de mission handicap.

Un groupe de parole "handi"

Mais le travail de communication est aussi mené à l’intérieur de la "communauté des personnes handicapées" d’Accenture. Dans un questionnaire anonyme distribué aux concernés, portant sur leur situation dans l’entreprise, les salariés handicapés ont émis le souhait de pouvoir se retrouver au sein d’un groupe de parole. La direction a accédé à cette requête. "On y échange sur nos expériences, propose des actions de sensibilisation, des scénarios pour la bande dessinée, raconte Nicolas Maze-Sencier, très investi dans le groupe. J’étais très heureux, lorsque je suis arrivé en stage, d’échanger avec ma collègue malvoyante, sur l’attitude à adopter vis-à-vis des clients. Le handicap peut les effrayer, d’autant plus qu’ils déboursent des sommes importantes pour s’offrir nos services. Alors j’explique mon problème au cours des cinq premières minutes, je joue la carte de la franchise. Cela s’est quasiment toujours bien passé jusqu’ici."

Enfin, l’entreprise collabore avec le secteur protégé dans le domaine du recyclage informatique, de l’organisation de cocktails, et mène actuellement un audit sur les autres activités qu’il serait possible de déléguer. "Travailler sur le handicap est ardu, parce que cette question est plus taboue, par exemple, que celle de la diversité. Mais après notre communication en interne sur l’accord passé avec l’État, nous avons eu une vague de personnes qui ont déclaré leur handicap", explique Chloé Vergnolle. "La sensibilisation, c’est le nerf de la guerre", conclut en écho Nicolas Maze-Sencier.

 

Cet article a initialement été publié en avril 2015 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".

 

Crédit photo: Kenny Louie/Flickr.

Avec  , partenaire de la rubrique handicap.

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