Plan pauvreté: deux ans après, François Hollande face aux associations

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François Hollande a tenu une table ronde avec les grandes associations pour faire le point sur la lutte contre la pauvreté.

Mesure inscrite dans le plan de lutte contre la pauvreté et repoussée depuis début 2013, la réforme du RSA-activité et de la Prime pour l’emploi (RSA-PPE) devrait voir le jour dès le 1er janvier 2016, a annoncé le président de la République François Hollande, le 14 octobre 2014.

C’est l’un des enseignements principaux du déplacement du chef de l'Etat à la Porte de Clichy, dans les locaux de l’Agence du Don en nature, projet retenu dans le programme "La France s’engage". Visite qui s’est prolongée par une table ronde pour faire le point sur la lutte contre la pauvrété.

Pour connaître le premier bilan du plan contre la pauvreté, retrouvez l’interview de François Chérèque sur son rapport annuel de suivi

Le mise en place du plan pauvreté de Jean-Marc Ayrault: saluée mais insuffisante

Autour du président, Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, le député Christophe Sirugue, François Chérèque chargé du suivi du plan contre la pauvreté, Gisèle Biemouret, membre du Conseil national de lutte contre l’exclusion (CNLE) et une dizaine de représentants associatifs globalement satisfaits des mesures du plan (puisqu’ils ont participé à les établir) mais assez remontés contre l’accroissement de la précarité en France, du Collectif Alerte au Secours populaire en passant par la Croix-Rouge française ou Emmaüs.

Le plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, présenté le 23 janvier 2013 par Jean-Marc Ayrault, rassemble une soixantaine de mesures pour l’accès au logement, aux soins, à l’emploi ou encore pour l’inclusion bancaire. Parmi les mesures phares, 9000 nouvelles places d’hébergement d’urgence (7300 ont été "créées ou pérénnisées"), le relèvement du plafond de la CMU complémentaire, la revalorisation des minimas sociaux (dont le RSA socle) qui avait décroché par rapport au Smic, ou encore cette réforme du RSA-activité et de la PPE.

Pour aller plus loin, retrouvez notre dossier spécial sur le plan pauvreté

La fusion du RSA activité-PPE en route

Nouveauté, "il ne s'agit pas d'une réforme à coût nul", a annoncé le président, lors de cette table ronde. Au départ, la fusion des deux dispositifs visant à corriger leur inefficacité devait être à "coût constant" par rapport au système actuel, que le rapport Sirugue de juillet 2013 évaluait à 4 milliards d’euros. Ce qui permet de lâcher un peu de leste pour ceux qui travaillent sur le dispositif et veulent maximiser sa portée.

Mais Christophe Sirugue, président du groupe d’étude de l’Assemblée nationale sur la pauvreté, prévient: "Il ne faut pas faire l’erreur de créer une allocation attachée à la politique familiale ou sociale, mais un système individualisé d’accompagnement vers l’activité". "Une allocation sociale peut être perçue comme discriminante ou stigmatisante, nous explique-t-il. D’ailleurs, beaucoup ne veulent pas la demander. Il faut donc un dispositif individualisé, réactif (mis à jour au moins tous les trimestres) et facile à demander, dès le premier euro d’activité jusqu’à 1,3% du SMIC." 

La réforme du RSA activité-PPE figure dans le projet de loi de finance pour 2015, sans aucune précision. Mais pour Christophe Sirugue, une mise en place effective au 1er janvier 2016 est possible: "Dans notre proposition, on prévoit un délai de six mois de mise en marche. On est dans les temps."

Logement: point faible de la lutte contre l’exclusion

Dans les temps, le gouvernement n’y est en revanche pas du tout concernant la construction et l’accès au logement. C’est "le point faible du plan de lutte contre la pauvreté, malgré les places d’hébergement d’urgence créées", selon Christophe Robert, délégué général adjoint de la fondation Abbé Pierre qui a exprimé avec verve son mécontentement. Tandis que Louis Gallois, président de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS), a déploré l’absurdité des hébergements en chambre d’hôtel: "il y a 500 familles qui vivent à l'hôtel depuis plus de 5 ans, en Ile-de-France."

Des efforts sont réalisés, ici et là, pour maintenir des centres d’hébergement en dehors de la période hivernale, mais l’accueil d’urgence fonctionne toujours "au thermomètre", malgré la volonté politique de l’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot d’y mettre fin. Les associations critiquent aussi le recul du gouvernement sur la Garantie universelle et solidaire des risques locatifs, annoncé par le Premier ministre Manuel Valls à la fin du mois d’août 2014.

Parmi les acteurs autour de la table, l’ancienne élue centriste et nouvelle présidente du Secours catholique, Véronique Fayet, propose le développement des pensions de familles ou "maison relais", comme une solution d’accès au logement qui coûte peu d’argent aux collectivités. Un avis partagé par plusieurs responsables associatifs. Pas de réponse à cette proposition de la part du chef de l’Etat.

François Hollande: "si vous enviez la pauvreté, essayez-là et vous verrez!"

Ségolène Neuville s’est prononcée, quant à elle, sur la simplification des démarches administratives pour les Français, avec, notamment une "simplification des formulaires" et un "simulateur des droits". "Nous souhaitons les mettre en place (au moins en phase de test dans plusieurs régions) dès le début de l’année 2015", a-t-elle affirmé à Youphil.com. Une façon de lutter contre le non-recours aux aides. Car, contrairement aux idées reçues, la majorité des personnes ayant droit à certaines aides sociales ne les demandent pas, en raison du manque d’information et de la complexité des démarches, mais aussi par fierté ou refus d’être "assisté".

"Le mot 'assistanat' continue à trainer", dénonce François Soulage, président du Collectif Alerte. Nous avons besoin de la parole publique pour changer le regard sur les pauvres." A ceux qui font passer les pauvres pour des profiteurs, François Hollande a répondu: "si vous enviez la pauvreté, essayez-là et vous verrez."

Nouvelle négociation pour les chômeurs de longue durée

La priorité pour lutter contre la pauvreté reste l'emploi, même si les résultats attendus par le président ne sont toujours pas au rendez-vous. Pour le relancer, il veut déployer la Garantie jeunes (inscrite dans le Projet de loi de finance 2015) et s'attaquer aux problèmes des chômeurs de longue durée en lançant une négociation avec les partenaires sociaux. L'idée sera, pour les entreprises, d'"accueillir des chômeurs de longue durée dans un statut d'alternant et que les crédits de la formation professionnelle pourraient être utilisés pour ces chômeurs de longue durée", a expliqué François Hollande. Il compte sur la bonne volonté ou le "devoir moral" des entreprises à s'engager dans cette voie. Des mesures qui pourraient être considérées comme les fameuses contreparties au pacte de responsabilité, que, tour à tour, le Premier ministre et le président de la République ont associé au mot "solidarité".

 

> Consultez le texte du plan de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale

Photo: François Hollande, Porte de Clichy, 14 octobre 2014. Crédit: Romain De Oliveira.
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