Gaza: "Il faut une trêve humanitaire. Un cessez-le-feu complet"

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[Mise à jour du 5 août 2014: l'armée israélienne a retiré la totalité de ses troupes au sol de la bande de Gaza, qui ont mené une destruction systématique des tunnels du Hamas. Les soldats seront redéployés "à l'extérieur" du territoire palestinien, a précisé un porte-parole de l'armée.]

[Mise à jour du 24 juillet 2014: le Gouvernement français va "débloquer une aide de 11 millions d’euros pour faire face à l’urgence (aide budgétaire et aide humanitaire) à Gaza", a annoncé l'Elysée après une rencontre avec les ONG françaises présentes sur place. Le président de la République a aussi annoncé "un fonds dédié qui permettra de mutualiser les moyens des collectivités territoriales qui souhaitent se mobiliser et de l’Etat, autour de projets significatifs pour venir en soutien aux populations." ]

L’armée israélienne a lancé une opération militaire terrestre dans la bande de Gaza, le soir du 17 juillet 2014, pour détruire les tunnels de la branche armée du Hamas, groupe islamiste pro-palestinien. Elle intervient après dix jours d’échanges de tirs de roquettes entre les deux belligérants. Ces bombardements ont tué 230 Palestiniens et 2 Israéliens du 7 au 16 juillet, rapporte le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha). Ils continuent de faire des victimes palestiniennes, dont 74% seraient des civils.

Ce conflit empire dramatiquement la situation humanitaire de la bande de Gaza où ses 1,6 million d’habitants subissent un blocus sur les biens et circulations de personnes depuis 2006. Selon l’Ocha, près de 58.000 enfants qui "sont morts, blessés ou ont perdu leur maison ces dix derniers jours, ont besoin d'un soutien psychologique" post-traumatique.

Youphil.com: Quelle est la situation humanitaire dans la bande de Gaza au lendemain de l’opération terrestre de l’armée israélienne?

Paolo Lubrano: 23.000 Palestiniens sont réfugiés dans 24 écoles de l’ONU. Ce qui posera problème au moment de la rentrée, dans six semaines. Par ailleurs, il y a un risque de déplacements de 94.000 personnes du Nord de la Palestine vers le Sud, car les attaques ont d'abord frappé le Nord. Certaines familles fuient car leurs maisons ont été touchées. Il faut protéger ces civils. Actuellement, dans la ville de Gaza et dans le Sud les gens ne peuvent pas sortir de leur maison en raison de l’opération en cours.

Des Palestiniens parviennent-ils à passer la frontière pour sortir de la bande de Gaza, comme à Rafah, à la frontière avec l’Egypte ?

Non, les frontières sont fermées depuis ce matin.

Outre les déplacements de populations, quelles sont les conséquences humanitaires de l’opération militaire israélienne?

Cette opération provoque des déplacements, mais aussi des destructions d'hôpitaux et d'infrastructures de traitement de l’eau. Six hopitaux ont été touchés et les 19 cliniques qui fonctionnent encore commencent à avoir des problèmes d’approvisionnement de médicaments et de matériel. Elles peuvent difficilement remplir leur rôle avec des coupures d’électricité de 6 à 12 heures par jour.

Environ 50% des pompes d'eaux usées et centres de traitements de l'eau sont hors d'usage. Il y a un risque très fort de contamination de l’eau. Un tiers des habitants de la bande de Gaza, soit 600.000 personnes, risquent de perdre l’accès à l’eau du robinet qui souvent n’est pas potable, notamment à cause d'une forte salinité.
D’autres impacts sont plus indirects. Ils touchent à l’économie et l’agriculture: 3000 à 4000 filets de pêches ont été brûlés et 32 bâteaux détruits.

Le travail de vos équipes est-il entravé?

Il n'y a quasiment que l’Ocha, le Comité international de la Croix-Rouge et la Croix-Rouge palestinienne qui interviennent vraiment sur le terrain, actuellement.

Nous avons fermé nos bureaux. Nos treize employés palestiniens travaillent de chez eux par téléphone et Internet pour contacter nos fournisseurs locaux et organiser les distributions. Notre priorité est de faire des distributions de matériel non alimentaire: kits d’hygiène, pastilles de décontamination de l’eau, matelas et couvertures et de quoi cuisiner. Tout comme Oxfam, présent ici également, notre champ d’action est très limité.

Notre prochaine cible sera le sud et Gaza pour aider à l’accès à l’eau et l’assainissement, à travers des réservoirs, des distributions de systèmes d’eau et des réparations de conduites.

Avez-vous reçu des consignes de la part des autorités israéliennes, comme en ont reçues les journalistes, par exemple?

Non. C’est surtout l’Ocha qui, dans son travail de coordination humanitaire est en relation avec les autorités. Ce sont surtout les autorités de la frontière.

Ce que l’on demande, ici, vraiment, c’est une trêve humanitaire. Il faut une action diplomatique forte pour obtenir un cessez-le-feu complet.

 

Cet article a été publié le 18 juillet 2014.
Gaza, 2008. Crédit photo: Al-Jazaeera/Flickr.

 

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