Cinq solutions pour lutter contre la solitude

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Un Français sur huit est seul, selon une étude de la Fondation de France.

Ils seraient cinq millions de Français à n'avoir presque pas de relations sociales, d'après le rapport annuel de la Fondation de France sur la solitude, publié le 7 juillet 2014. Soit un million de plus qu'en 2010. Les personnes âgées de plus de 75 ans sont les premières touchées. 27% d'entres elles sont "seules". Ce sont aussi les demandeurs d'emploi et en particulier ceux de plus de 50 ans. D'autres facteurs, comme le handicap, peuvent aussi intervenir.

Un constat affligeant quelques jours après l'annonce des chiffres de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale: 8,7 millions de Français vivraient en dessous du seuil de pauvreté. Ce constat est aussi l'occasion pour la Fondation de France de mettre en avant le secteur associatif qui lutte contre toutes les formes d'exclusion. Elle affirme financer chaque année près de 1000 initiatives avec un budget de 15 millions d'euros. 

Que ce soit pour aider à redonner vie à un quartier ou aider des personnes éloignées de l'emploi, ces initiatives recréent du lien social. En voici quelques exemples.

1. Nouer des liens avec son quartier

Selon l'étude, 36% des Français n'ont pas d'autres interactions avec leurs voisins que le "bonjour/au revoir" habituel. De nombreux lieux solidaires peuvent aider à créer des liens avec son quartier, c'est le cas de la Veilleuse de Belleville. Dans ce bistrot coopératif du 20e arrondissement de Paris, les clients peuvent s'échanger des services via des dizaines de post-it collés sur le mur, du cours de cuisine aux divers ateliers de bricolage.

Pour sortir les habitants d'un quartier de leur isolement, d'autres préfèrent aller les chercher chez eux. C'est le cas d'Anne Charpy. Elle a créé Voisin Malin, une entreprise sociale qui vise à impliquer les habitants dans les projets de leur quartier. Des voisins volontaires vont expliquer les projets de la ville ou d'entreprises privées aux habitants et leur demandent leur avis via des questionnaires. Ils proposent aussi d'autres services, comme une aide pour les démarches administratives.

2. Redonner confiance pour affronter le monde du travail

Le plus difficile lorsque l'on est éloigné de l'emploi depuis longtemps est de reprendre confiance en soi. Au-delà des milliers d'entreprises d'insertion par l'activité économique sur le territoire français, quelques projets visent à préparer les candidats pour affronter le monde du travail dans la sérénité.

C'est ce que fait la Cravate solidaire. Cette association créée en 2012 par deux étudiants offre des vêtements et donne des conseils à des personnes en recherche d'emploi. Leur projet fait d'ailleurs partie des quinze innovations sociales retenues par l'Elysée en juin 2014, dans le cadre de son projet "La France s'engage". Dans le même sens, Lucia Iraci a lancé le premier "salon de beauté social" en France, en avril 2011. Le "Salon solidaire Joséphine" est une association qui accueille gratuitement des femmes au parcours brisé, chômeuses de longue durée ou victimes de violences conjugales, pour leur offrir des soins de coiffure et de maquillage.

3. Favoriser les rencontres intergénérationnelles

Pour innover contre l'isolement des personnes âgées, une association rassemble les acteurs mobilisés, institutions comme associations, depuis juillet 2013: MonaLisa. A son bord, des membres des grandes associations françaises: Restos du Coeur, Croix-Rouge, Petits frères des pauvres, etc., mais aussi des personnalités comme Martin Hirsch, directeur de l'AP-HP. L'idée est de mettre en réseau les acteurs qui veillent à créer du lien social avec les personnes âgées.

Aide à domicile, ateliers de loisirs, commerçants itinérants, les initiatives sont nombreuses. Certains mettent plutôt l'accent sur la solidarité intergénérationnelle en promouvant la colocation, comme l'association Un toit 2 générations, ou le bénévolat dans son quartier, comme les Kolocations à projets solidaires (Kaps).

4. Se reconnecter au monde à travers l'art

Le handicap est un facteur fort d'exclusion sociale. Il suffit de regarder autour de soi le nombre de lieux difficiles d'accès pour les personnes handicapées ou leur taux de chômage élevé. Parfois, l'isolement commence jeune, quand les parents d'un enfant handicapé recherchent désespérément à le placer à l'école.

Les personnes atteintes d'un handicap mental sont d'autant plus exclues, qu'elles ont souvent du mal à communiquer avec le monde. Alors, pour certains, l'art est un moyen d'aborder l'autre. C'est le crédo de l'atelier Corners, au Japon, qui a confié à des adultes handicapés un appareil photo, pour les laisser s'exprimer. Résultat: une exposition assez frappante et touchante. C'est le cas aussi de Catherine Boni. Cette cantatrice fait chanter des jeunes autistes qui y ont trouvé une nouvelle manière de s'exprimer.

5. Comprendre que les personnes démunies n'ont pas besoin que de nourriture

Communiquer, donner son avis, être remarqué. Parfois un luxe pour les personnes les plus démunies. Beaucoup ont perdu un peu de leur dignité lorsqu'elles se sont retrouvées à la rue ou ont fait la queue à la soupe populaire pour la première fois. Alors, des initiatives, parfois critiquées car elles ne "donnent pas un toit", tentent de leur redonner une voix. Une citoyenneté qu'elles ont l'impression d'avoir perdue. Car lutter contre l'exclusion sociale, ce n'est pas seulement fournir une aide alimentaire ou humanitaire. C'est aussi permettre de regagner cette dignité.

De nombreux artistes, entrepreneurs ou associations l'ont compris. Comme Luigi Li, qui a mis son talent d'humoriste au profit de sans-abris croisés dans la capitale, en leur donnant des panneaux en carton avec des messages humoristiques. Une façon d'attirer l'oeil. D'ailleurs, il en a tiré une exposition.

On peut penser aussi à cet Américain, Mark Horvath, dont l'association Invisible people vise à former les personnes de la rue aux nouvelles technologies. Il a conçu un réseau social qui leur est spécialement dédié: We are visible. Sur les réseaux sociaux traditionnels, ces personnes ne se sentent pas libres d'échanger, nous avait-il confié.

Un élément d'explication, peut-être, à un autre chiffre de l'étude de la Fondation de France: les réseaux sociaux sur Internet sont surtout utilisés par les gens qui ont déjà une vie sociale assez riche. Ils "ne sont pas une compensation au manque de liens sociaux: 80% des personnes en situation de solitude objective ne les fréquentent pas."

 

Crédit photo: Flikckr/Sili[k].
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