[Entretien] Carbone bleu: "Trois milliards d’individus en dépendent"

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Près de 83% du carbone circule via l’océan. Sa préservation est un enjeu essentiel pour lutter contre le réchauffement climatique.

Kirsten Isensee, docteur en biologie marine, travaille sur le carbone bleu à la Commission intergouvernementale océanique (COI) de l’Unesco et se bat pour sa reconnaissance.

Youphil.com: Qu’est-ce-que le carbone bleu?

Kirsten Isensee: Le carbone bleu, contrairement à son nom, est vert. Ce terme désigne la flore maritime et côtière, plutôt en milieu tropical: des mangroves, grandes herbes du littoral et des prairies sous-marines. Sa particularité? Elle capture cent fois plus de carbone que les autres végétaux et le garde mille fois plus longtemps: de l’ordre d’un kilo de gaz par mètre carré et par an, pendant des millénaires. Selon The Blue Carbon Initiative (un groupe d’experts scientifiques), 83% du carbone circule via l’océan. Sa préservation est un enjeu essentiel pour lutter contre le changement climatique et les tsunamis.

Pourquoi leur destruction est-elle dangereuse?

La disparition de cette flore provoque une libération élevée de carbone dans l’air. Plus que le réchauffement climatique, cette libération acidifie les océans à proximité et représente une menace pour la pêche et donc l’économie locale.

On estime à trois milliards le nombre d'individus qui dépendent directement de l’océan. Pour les populations qui vivent de la mer, la préservation du carbone bleu est donc essentielle. C’est pourtant l’aquaculture, l’agriculture, l’exploitation des forêts de mangroves et l’industrie côtière qui détruisent cette flore.

C’est actuellement l’écosystème végétal le plus menacé avec 340.000 à 980.000 hectares détruits chaque année par l’activité humaine. On estime que 67% des mangroves et 29% à 35% des marais et prairies sous-marines ont déjà été ravagés.

Qu’espérez-vous du sommet COP21?

Le concept du carbone bleu ne figure pas dans les textes relatifs à la préservation de l’environnement. Ces végétaux ne sont protégés qu’au travers de la protection des littoraux, des forêts tropicales. Nous nous battons pour une reconnaissance et une protection spécifique du carbone bleu. Il est urgent pour la communauté scientifique de sensibiliser les responsables politiques et la communauté internationale.

Les connaissances scientifiques actuelles sont suffisantes, depuis plusieurs années, pour inclure ces écosystèmes dans les efforts de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Cela devrait être encouragé à l’international mais également au niveau national, en particulier dans le cadre d’un nouvel accord climatique. La COP21 peut être l’occasion d’une reconnaissance écrite du carbone bleu et de la nécessité de sa préservation.

Plusieurs rendez-vous de la communauté scientifique sont à venir en vue de la conférence Paris Climat 2015. Notre but étant d’organiser des conférences deux fois par an dans le but d’affiner nos méthodes et de toucher les décideurs politiques pour mettre en œuvre une disposition législative contraignante: une interdiction stricte de détruire le carbone bleu.

 

Crédit photo: NOAA/Flickr.
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