Quand les robots boostent l'agriculture durable

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Les concepteurs de robots s’intéressent de plus en plus au monde agricole. Découverte d’une technologie qui se met au service des pratiques paysannes vertes.

Et si les robots donnaient un second souffle à l’agriculture durable? Souvent assimilé à une activité très contraignante et peu rémunératrice, le métier de paysan ne fait pas vibrer les foules. La robotique va peut-être changer la donne. Les ingénieurs, eux, travaillent déjà à casser cette image.

C’est le cas d’Aymeric Barthes et Gaëtan Séverac, deux ingénieurs en robotique et en informatique, qui ont conçu le robot tracteur Oz. Récompensés, à Toulouse, du Grand prix des trophées de l’économie numérique, fin mai 2014, les jeunes diplômés de la société toulousaine Naïo technologies ont voulu faire profiter les paysans de leur savoir-faire. C’est ainsi qu’ils ont conçu ce petit tracteur désherbant, particulièrement apprécié des maraîchers qui ont banni les pesticides de leur culture.

Tous deux se disent "convaincus que la robotique va permettre de redonner de l’humanité à l’agriculture" et sont soucieux d’accompagner le développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement. "Plus nous utilisons des méthodes néfastes à l’environnement, plus nous détruisons notre patrimoine végétal et animal", affirment les ingénieurs sur leur site internet.  

> Voir le robot Oz en action:

Pour Emmanuel Hugo, responsable de l’Irstea (Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture) de Clermont-Ferrand, la robotique répond aux problématiques de l’agriculture durable. Parlant de "tournant" dans les pratiques, le responsable de l’Irstea table sur l’évolution d’une agriculture mixte ou hybride, dans laquelle l’utilisation d’intrants ou de pesticides pourra être remplacée par la mécanique des robots.

Pratique, mais onéreux

Remplacer le chimique par le mécanique, c’est exactement ce que tente de faire le robot Oz. De petite dimension, il permet de passer entre les rangées de légumes pour éliminer les herbes indésirables, de façon écologique, sans utilisation de pesticides. C’est ce que l’on appelle le "binage", étape de la production maraîchère tant redoutée. Une façon de simplifier le travail de la main-d’œuvre agricole, dont l’effectif s’amenuise d’année en année.

La robotique permet aussi de gagner du temps. L’agriculture diversifiée demande beaucoup plus de temps qu’une agriculture productiviste mécanisée à grande échelle. D’autant plus que les revenus qui y sont associés sont parfois maigres. Un enjeu auquel le robot Oz a aussi essayé de répondre en optimisant le temps de travail. Ce petit tracteur peut désherber 100 mètres de poireaux en 20 à 30 minutes sur la saison (à raison de 5 minutes à chaque fois). Cette tâche, effectuée manuellement, prend entre 6 et 10h et ne peut pas être effectuée régulièrement.

Reste un problème: le coût. Michel Mathieu, maraîcher installé près de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) avec sa femme Béatrice, a investi dans le robot de Naïo technologies, dont le prix gravite aux alentours de 10.000 euros selon les fonctions choisies. En guise de subventions, il a reçu 3.000 euros de la Sécurité agricole et 1.000 euros du Conseil général. A titre de comparaison, le plus petit modèle de bineuse "classique" manuelle coûte 3.500 euros. Des dispositifs bancaires permettent aussi d'alléger cet investissement. 

Réticences du monde paysan

Si Emmanuel Hugo constate un "réel engouement pour la robotique dans le monde paysan", il convient que le prix d’investissement initial peut effrayer. D’autant plus que la plupart des robots inventés sont encore expérimentaux et demandent à passer le test de l’utilisation opérationnelle.

Pour les concepteurs du robot Oz, la réalité est plus palpable. Avec cinq robots vendus et l’embauche de huit salariés, l’entreprise Naïo technologies est présente en région toulousaine, en Corse et sur l’Ile de la Réunion. Ses fondateurs réfléchissent déjà aux moyens d’adapter leur robot à différents types de cultures tels que la vigne ou les cultures tropicales.

D’autres robots ont déjà fait leurs preuves, comme les drones, utilisés pour mieux doser les engrais ou repérer les besoins en eau des cultures. L'Irstea, associé à l’Inra, utilise aussi les drones pour le phénotypage, c'est-à-dire la sélection génétique de variétés de plantes, pour étudier des milliers de parcelles en un seul vol. Un changement d’échelle qui démultiplie encore une fois la force de travail.

Pour autant, les robots n’ont pas encore sonné l’heure de la révolution agricole. "Je ne suis pas certain que l’on puisse s’affranchir d’un modèle agricole productiviste car il faut quand même nourrir la planète. Par contre, je pense que l’on peut la réconcilier avec les problématiques environnementales", prédit Emmanuel Hugo. Et pour cela, les robots pourraient se révéler précieux.

 

Crédit photo: Naïo Technologies.
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