L’économie collaborative est-elle solidaire?

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Cette économie, basée sur le partage, représente aussi un business juteux… qui ne profite pas forcément à tous.

Echanger une heure de ménage contre une heure de soutien scolaire, votre lave-vaisselle contre un frigo… L’économie collaborative consiste à partager plutôt qu’à acheter, et ce afin de vivre mieux. Cela peut être du troc, de l’échange de biens, de services ou de savoirs entre particuliers, mais aussi du travail collaboratif, avec la multiplication de nouveaux espaces de coworking.

 

L'espace de coworking BeeOTop, à Paris, dédié à l'innovation sociale. Parmi les locataires, des ONG, des entreprises sociales et... Youphil.com! 
 

Avec les nouvelles technologies, cette économie du partage a connu un essor incroyable. Depuis cinq ans, l’économie collaborative se développe, avec des sites de financement participatif. Par exemple, sur le site HelloMerci, vous pouvez financer des projets d’entreprises et de particuliers directement. L’idée, c’est de court-circuiter les banques!

D’autres sites se multiplient pour faire du covoiturage, échanger des billets de train, des vêtements, des maisons. Sur Homesitting par exemple, des retraités partent en vacances gratuitement, en devenant gardiens de maison. Autre site intéressant si vous aimez les magazines: Troc de Presse. Le principe? Echanger des revues avec ses voisins, plutôt que de les jeter, ce qui permet d’économiser le prix d’abonnements supplémentaires.

Remplacer les anciens patrons par des nouveaux

Mais l’économie collaborative présente aussi certaines dérives. Airbnb, qui permet de louer un logement entre particuliers, est une entreprise tout à fait classique, qui permet à beaucoup de multipropriétaires de louer des appartements à des prix faramineux.

À Paris, c’est devenu la hantise de la mairie, car les propriétaires préfèrent louer à des touristes plutôt qu’aux Parisiens eux-mêmes, à un moment où l’on traverse une crise du logement qui fait baisser un peu plus encore le pouvoir d’achat. Pour Neal Gorenflo, cofondateur du mouvement sur l’économie collaborative Shareable, des initiatives comme Airbnb consistent simplement à “remplacer les anciens patrons par des nouveaux”. 

ESS et économie collaborative: des liens à construire

Des liens existent entre l’économie sociale et solidaire (ESS) et l’économie collaborative. Cette dernière peut répondre à des besoins sociaux, donner une deuxième vie à des objets, permettre de lutter contre le gaspillage alimentaire…

"L’économie collaborative est fondée sur la confiance, la contribution individuelle et le lien social, explique Jacques Dasnoy, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves). On retrouve cette même volonté d’éviter de surconsommer."

De plus en plus de jeunes entrepreneurs sociaux proposent d’ailleurs des initiatives liées à l’économie collaborative. C’est le cas de la Ruche qui dit Oui, qui permet grâce au web de se regrouper entre internautes pour acheter à des producteurs locaux. Vous mangez mieux, et les agriculteurs gagnent correctement leur vie.

Ces deux économies gagneraient à échanger davantage. Par exemple, les associations, pas toujours très branchées sur l’open data et le numérique, pourraient s’inspirer des innovations de l’économie collaborative dans ce domaine. Selon Anne-Sophie Novel, auteure de "La Vie Share, mode d’emploi", l’économie sociale et solidaire peut apprendre de l’économie collaborative sur "l’agilité, la fluidité des processus, la façon d’interagir avec les communautés."

"L’économie collaborative est un peu l’économie sociale et solidaire de demain", veut croire Flore Berlingen, cofondatrice du mouvement OuiShare. Mais ces deux secteurs, dont les contours sont, pour l’un et l’autre, assez flous, devront apprendre à se connaître. Un choc des anciens et des modernes d’où pourra émerger, souhaitons-le, l’économie de demain.

 

> Retrouvez cette chronique sur France Inter, et écoutez "Ça va mieux en le faisant", tous les dimanches à 6h20, dans le 5/7 du week-end de Dorothée Barba.

 

Crédit photo: Jeff Kubina/Flickr.
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