Cinq tendances économiques anti-crise

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Economie verte, circulaire, collaborative… Petit lexique pour s'y retrouver au rayon des nouveaux concepts économiques.

> Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle "Tendances de l’innovation sociétale" N°52 du 22 février 2013.

 

Économie circulaire

En opposition au mode de production linéaire "extraire-fabriquer-consommer-jeter" dans lequel 80% des matériaux issus de l’industrie manufacturière finissent à l’incinérateur, le terme générique d’"économie circulaire" fait référence à un modèle de production qui s’inspire des écosystèmes naturels, où les déchets des uns sont les ressources des autres. 

D’après le premier rapport de la fondation Ellen MacArthur, la conception et l’utilisation de biens durables (voitures, machines à laver, téléphones portables) en accord avec les principes circulaires, permettraient de réaliser à court terme en Europe une économie annuelle en matières premières de plus de 380 milliards de dollars (280 milliards d'euros).

De plus en plus d’industriels s’inspirent de cette philosophie en repensant leur processus de production avec des objectifs zéro déchet et zéro pollution. C’est par exemple le cas de Desso, fabriquant hollandais de revêtements de sols qui utilise des matériaux biodégradables ou recyclables et dont la majorité des moquettes sont aujourd’hui certifiées cradle-to-cradle.  

Inclusive business ou économie inclusive

Depuis quelques années, des projets menés par des multinationales (Nestlé, Coca-Cola, Starbucks, Pepsi…) se multiplient sur ce modèle commercial. Il consiste à vendre des produits et des services adaptés aux besoins des plus pauvres, tout en les intégrant à la chaîne de valeur de l’entreprise. Cette dernière peut notamment faire appel à des fournisseurs et des distributeurs locaux ou employer de la main-d’oeuvre sur place.

Heineken s’est par exemple fixé l’objectif d’utiliser 60% de matières premières locales pour fabriquer ses bières destinées au marché africain d’ici 2020. En Sierra Leone, le brasseur a partiellement remplacé l’orge par du sorgho. Tout cela dans une logique économique: stabiliser la chaîne d’approvisionnement et réduire les coûts liés à l’importation et à la volatilité des matières premières. Mais cette politique a aussi rempli un objectif social puisque d'après la marque, sur place, 3000 familles d’agriculteurs ont augmenté leur revenus.

Économie positive

Maximilien Rouer, cofondateur du cabinet de conseil Be Citizen revendique la paternité de l'"économie positive". Co-auteur avec Anne Gouyon en 2005 de "Réparer la planète: la révolution de l’économie positive", il définissait l'économie positive dans un entretien: "Nous pensons qu’il existe trois niveaux d’économie. La négative: celle de l’époque contemporaine, celle qui a participé à la dégradation de l’environnement. La neutre: celle des écologistes des années 70, moins polluante mais qui ne résout en rien les problèmes environnementaux existants. Et la positive: celle que nous défendons, qui a une finalité environnementale de restauration, elle prend en compte la dégradation et veut inverser le processus, tout en faisant du profit".

L'économiste Jacques Attali a par la suite défini dans son manifeste comme "positive" une économie "qui rassemble toutes les entités produisant des biens ou des services, marchands ou non marchands, d’une façon économiquement viable et utile à la fois aux employés et aux clients, à leurs communautés et aux générations suivantes".

Cette "économie fondée sur l’altruisme", existe déjà, d’après Attali, qui l'illustre par l'exemple de l’entrepreneur social indien Bindeshwar Pathak. En mettant en place un système de toilettes publiques dans son pays, ce dernier a permis à des milliers d’Intouchables qui nettoyaient les latrines à la main de cesser cette activité et de suivre une formation. Le 21 septembre 2013, Jacques Attali a rendu au président de la République un rapport sur l’économie positive contenant 45 propositions, de la mise en place d'indices de mesure du bonheur à la création d'un tribunal mondial de l'environnement.

Économie du partage

Echanger sa maison, faire du covoiturage, louer le lave-linge d’un voisin, se regrouper pour commander des produits de la ferme, acheter des plats préparés à un particulier… Toutes ces pratiques relèvent de l’"économie du partage" ou de la "consommation collaborative", des modèles économiques où l’usage prime sur la propriété. Dopée par l’essor d’Internet et la crise économique qui affecte le pouvoir d’achat des ménages, l’économie du partage est en pleine expansion.

Avec des résultats à l’appui: plus de 3 millions de personnes dans 235 pays ont déjà pratiqué le couchsurfing (qui consiste à dormir sur le canapé d’inconnus lors d’un voyage), plus de 2,2 millions de trajets en vélo libre-service sont effectués chaque mois dans le monde. Star de cette nouvelle économie, le site Airbnb, qui propose la location de logements entre particuliers, a enregistré plus de 10 millions de nuitées depuis 2007, et pèserait aujourd’hui 1 milliard de dollars, selon les estimations du secteur.

Économie verte

Elle a pris son essor dans le contexte de la crise financière, autour de l’Initiative pour une économie verte, lancée par les Nations unies en 2008. Selon un rapport publié en mai 2012 par l’Organisation internationale du travail (OIT), la conversion à une économie plus respectueuse de l’environnement pourrait générer 15 à 50 millions d’emplois dans le monde au cours des vingt prochaines années. La transition vers une économie verte affectera l’équivalent de la moitié de la main-d’oeuvre mondiale, soit d’1,5 milliard de personnes.

L’ensemble de l’économie sera touchée par ce changement, mais huit secteurs joueront un rôle clé: l’agriculture, la sylviculture, la pêche, l’énergie, l’industrie manufacturière à forte densité de ressources, le recyclage, la construction et les transports. Des dizaines de millions d’emplois ont déjà été créés grâce à cette mutation, par exemple dans le secteur des énergies renouvelables, qui emploie près de 5 millions de personnes actuellement. Mais pour accélérer cette transition, note l’OIT, des changements seront nécessaires, en particulier au niveau des entreprises qui devront mettre en oeuvre des processus de production plus durables.

 

Crédit photo: Horia Varlan/Flickr.
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