Prendre le temps d'innover... vite!

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Face à l’évolution des innovations technologiques, les collecteurs de fond doivent proposer des modes de collecte innovants pour incarner le "fundraising de demain".

"Innover ou mourir". Tel aurait pu être le titre de cette tribune, si nous n'avions craint de passer pour de tristes alarmistes. Ce qui ne nous a pourtant pas empêchés de placer notre séminaire annuel dédié à la collecte de fonds sous le sceau de l'innovation. Pourquoi, plus que jamais, les organisations collectant des fonds doivent-elles innover dans leur pratique du "fundraising"?

La crise, un mal pour un bien

D'abord, et avant tout, parce que la crise économique les y oblige. Elle aboutit à cet "effet ciseaux" bien connu qui fait qu'avec moins d'argent public, les associations, universités, ou institutions culturelles doivent faire plus. Nourrir plus de bouches et loger plus de familles, accompagner plus d'étudiants nécessitant une bourse, aider plus de visiteurs de musées à payer leur entrée...

Autre conséquence des baisses de subventions: l'afflux de nouveaux entrants sur le "marché" de la philanthropie. Aujourd'hui les universités et les collectivités locales. Demain, le secteur hospitalier... Autre constat à verser au moulin de l'innovation: Internet, cette terre fertile du "crowdfunding" incite désormais tout un chacun à se faire "fundraiser" de sa propre cause sans plus avoir besoin de la médiation d'une structure, l'association devenant, de fait, quasiment contingente. Last but not least: le nombre de donateurs annuels stagne depuis trois ans.

Moins d'argent, plus de besoins, de plus en plus de concurrence entre les collecteurs, des donateurs lassés d'être la cible de modes de sollicitations dépassés... Tous ces éléments nous ordonnent d’innover. Et cela tombe bien. Les professionnels du fundraising que nous fédérons au sein de l’Association Française des Fundraisers (AFF) se questionnent et cherchent sans cesse de nouvelles pistes pour développer encore davantage la culture du don en France.

C'est que l'innovation est inscrite dans l’ADN du secteur associatif et des ONG, historiquement bien obligés d'être toujours en pointe pour répondre aux problèmes sociétaux.

"Pour innover, il faut prendre des risques"

Mais au fond, qu'est-ce qu'innover? Ce n'est pas un hasard, si la Croix-Rouge a choisi, pour sa dernière campagne, de développer le don par SMS: le digital et le micro-don sont sans aucun doute au cœur du fundraising de demain, les modes de collecte traditionnels devant se réinventer avec les changements technologiques et générationnels.

Internet et le téléphone mobile sont venus bousculer notre quotidien, nos modes de consommation. Et le don n’échappera pas encore longtemps à cette évolution, même si, hélas, la rencontre entre les porteurs d’innovation et les associations tarde à se faire, notamment parce que les "geeks" manquent souvent de connaissance du monde de la collecte de fonds et de l'univers non-profit, ce qui peut conduire à l'émergence de solutions totalement à côté des besoins.

Reste que si les nouveautés technologiques sont un élément d'innovation, il n'est pas le seul. Pour innover, il faut une prise de risque. Loin de l'obsession du ROI (retour sur investissement) de court terme - pourtant légitime tant, répétons-le, les besoins vont croissant face à la baisse de subventions - il s'agit donc de dépasser le diktat de la rentabilité immédiate pour se projeter dans une vision de long terme.

Mais aussi, de sortir de la culture du "dépenser peu" que condamnait avec brio Dan Pallota lors de son intervention à la conférence Ted. Se donner les moyens de prendre son temps pour innover... Par les temps qui courent, cette feuille de route est, en soi, presque révolutionnaire.

 
Crédit photo: julianrod/Flickr.
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