La société civile bâillonnée en Russie

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L'opinion internationale s'insurge de plus en plus contre le manque de liberté des ONG russes. Une tribune d'Anne Nerdrum, d'Amnesty International France.

Les nouvelles lois adoptées depuis 2012 par les autorités russes pour museler la société civile ne sont que la suite d’une longue série visant à étouffer par tous les moyens l’expression des libertés fondamentales.

Ainsi, une loi sur les ONG avait déjà été adoptée en 2006. Celle-ci renforçait leur surveillance et permettait aux autorités d’ordonner leur fermeture, si elles ne se conformaient pas à ces nouvelles mesures.

A la suite des manifestations massives d’opposants, protestant contre la façon dont s’étaient déroulées les dernières élections législatives de 2011, et l’élection présidentielle de 2012, accompagnée par une violente répression des militants, journalistes et défenseurs des droits humains, le pouvoir a eu un réflexe de défense ancien. En effet, déjà l'URSS pratiquait cette politique, à savoir celle d'inventer sans cesse de nouvelles lois, dictées dans l’urgence, pour contrecarrer les activités des dissidents.

Les ONG perçues comme "agents de l'étrangers"

Nous assistons aujourd’hui au même phénomène avec l’adoption de tout un arsenal de lois répressives envers la société civile: loi limitant la liberté de manifester, élargissement de la loi sur la trahison, loi sur la diffamation, sur la liberté de réunion, loi sur la surveillance de certains sites internet et enfin une nouvelle loi d’encadrement des ONG qui sont sommées de se déclarer comme "agents étrangers" à partir du moment où elles reçoivent de l’argent d’une "puissance" étrangère.

La plupart des ONG de défense des droits humains ont tout de suite déclaré qu’elles refuseraient de se soumettre à cette loi. On a assisté, ces dernières semaines, à une série de perquisitions visant – entre autres - "Memorial", la plus connue des associations russes, mais aussi le Comité des Mères de soldats de Saint Petersbourg, Human Rights Watch, ainsi que le bureau d’Amnesty International à Moscou.
D’autres sont prévues dans les semaines qui viennent et le Bureau du Procureur de Russie a déclaré qu’il comptait inspecter entre 30 et 100 ONG dans chaque région de la Russie.

La scène internationale indignée

Les réactions internationales ne se sont pas faites attendre: à la veille du sommet de l’Union Européenne (UE) avec la Russie du 19 décembre dernier, de nombreuses ONG internationales ont exhorté les dirigeants de l’UE à demander au président Vladimir Poutine l’abrogation de ces lois.

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a adopté, fin mars 2013, une résolution condamnant la loi sur les ONG.
Fait sans précédent, l’ambassadeur de Russie en France a été convoqué et sommé de s’expliquer. La chancelière allemande Angela Merkel, elle, a protesté publiquement auprès du président russe, lors de sa récente visite en Allemagne.

Ajoutons que ces lois sont contraires à la Constitution et aux textes internationaux que la Russie a ratifiés. Avec cette nouvelle législation, ce pays s’éloigne chaque jour d’un véritable Etat de droit.

> Plus d'infos sur le site d'Amnesty France

 

Crédit photo: Kalyan02/Flickr
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