La Russie s'enfonce dans l'homophobie

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La Russie a adopté une loi fédérale contre la "propagande homosexuelle".

[Mise à jour du 14 juin 2013: le Parlement russe a adopté la loi contre la "propagande homosexuelle" le 11 juin 2013. Votée à la quasi-unanimité, la loi punit la promotion de l’homosexualité et réprime les "offenses aux sentiments religieux". ]

Alors que l'Assemblée nationale française a voté la loi autorisant le mariage pour les couples homosexuels, un projet de loi contre la "propagande homosexuelle" a été adopté en première lecture le 25 janvier dernier en Russie. 

Depuis 2011, des lois semblables ont déjà été adoptées dans plusieurs villes russes, notamment à Saint-Pétersbourg où la loi traite la "propagande" de l’homosexualité de la même manière que celle de la pédophilie, c’est-à-dire, comme une activité criminelle, ce qu'elle a d'ailleurs été jusqu'en 1993. La loi a été sévèrement critiquée par le Parlement européen, Amnesty International et bien d’autres organisations et personnalités politiques et humanitaires.

Museler les activistes homosexuels

La loi n’explicite pas le terme de "propagande", mais elle indique clairement qu’il faudrait interdire la propagande de l’homosexualité "comme une norme de comportement". Ceci veut dire qu’en pratique, la loi risque de provoquer des violations régulières de la liberté d’expression, de l’interdiction de discrimination et d’autres droits humains.

Le plus inquiétant est que la loi rend les homosexuels, notamment les activistes de la communauté LGBT, extrêmement vulnérables. Les activistes qui organisent des actions contre ces projets de loi, dont la mobilisation pour "le jour des baisers" devant la Douma [Assemblée fédérale russe] à Moscou, font régulièrement l’objet de violences de la part des radicaux orthodoxes et de l’extrême-droite. La police reste relativement passive.

Des cas inquiétants d’application de cette loi avant même son adoption ont eu lieu récemment. D’abord, un enseignant au collège de Moscou, Ilya Kolmanovsky, d’ailleurs hétérosexuel, marié avec deux enfants, a participé à une des actions contre l’adoption de la loi fédérale et a failli être licencié et l’aurait été sans une forte pression sociale. Le présentateur télé Anton Krasovskiy a fait son coming-out pendant son émission, le 25 janvier, et a été viré le lendemain.

Une loi homophobe en phase avec l'opinion

Les sondages d’opinion organisés par le centre sociologique Levada en juillet 2010 montrent que la population russe reste extrêmement homophobe. 38% des sondés considèrent l’homosexualité comme une perversion ou une mauvaise habitude; 36% comme une maladie ou un résultat d’un traumatisme psychique; et seulement 15% comme une orientation sexuelle qui a le même droit d’exister que l’hétérosexualité.

Seulement 25% des sondés pensent qu’il faut laisser les homosexuels en paix, alors que 24% croient qu’il faut leur apporter de l’aide psychologique, les soigner, pour 21%, les isoler de la société, pour 18%, et même les liquider, pour 4%. 41% croient qu’il faut limiter les droits des homosexuels. 41% considéreraient normal de pouvoir à nouveau procéder à des discriminations sur la base de l’orientation sexuelle des personnes. Le taux d’attitudes homophobes ne cesse d’augmenter, si l'on se rapporte aux sondages en 1998 et 2005.

Le projet de loi reflète parfaitement les attentes de la majorité de la population. Ainsi, la version du pouvoir "démocrate" à la russe consiste à soutenir la majorité (sans être d’ailleurs élu légalement par cette majorité), tout en reprimant les libertés basiques de la minorité. Ce que, en XXI siècle, on peut facilement appeler une perversion de la démocratie.

 

Crédit photo: Koraxdc/Flickr.
 
Cet article a été publié le 18 février 2013.
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