Philanthropie: 5 tendances à suivre en 2013

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Petit tour des mutations, grands débats ou tendances qui vont se confirmer en 2013 dans le monde de la philanthropie, avec l’analyse de Virginie Seghers.

Que ce soit à travers le mécénat d’entreprise, les fondations de grands philanthropes ou la façon de donner, le secteur de la philanthropie se réinvente et trouve de nouvelles formes de générosité. Ainsi, loin de nous est l’image de la philanthropie décrivant une grande famille fortunée faisant des bonnes œuvres.

Avec l’aide avisée d’une spécialiste du secteur, Virginie Seghers (Maître de conférence à Science po et consultante pour les fondations et entreprises), nous avons sélectionné quelques grandes tendances ou débats à suivre de près en 2013.

Non-profit ou for-profit? Des frontières de plus en plus troubles

"Les frontières entre la philanthropie et le monde du business sont de plus en plus poreuses", analyse Virginie Seghers. Avec l’accroissement des fonds d’investissement philanthropiques ou des produits financiers comme l’impact investing la philanthropie utilise de plus en plus les outils du monde des affaires pour se développer. C'est une tendance qui se confirme, et s'amplifie.

Ces produits s’ajoutent à une lame de fond qui se développe au sein des fondations depuis quelques années: la venture philanthropy, dans laquelle le conseil pour orienter la stratégie, voire les "business plan", des fondations prend une part importante. Une façon d’importer les méthodes des entreprises dans le secteur du non-profit.

Pour elle, ce phénomène est plutôt positif car cela "élargit l’action en faveur de l’intérêt général". Elle reconnaît néanmoins que l’"on n’est plus dans la philanthropie classique, charitable". En effet, avec l’impact investing par exemple, l’investisseur finance un secteur à visée sociale ou environnementale, mais il obtient un retour sur investissement.

"Co-création": quand l’entreprise prend des initiatives, au-delà du don

Co-création, co-construction… De nombreuses conférences en 2012 ont fait de ce concept l’alpha et l’omega des politiques à mettre en place pour un développement plus durable. Dans beaucoup de cas, comme pour le sommet de Rio+20, la co-construction est restée un vœu pieux. Les acteurs de la société civile et du monde politique se sont réunis, mais cela n’a pas abouti à de réelles avancées.

Apparemment, le secteur privé met aussi en application ce concept de co-construction à des fins philanthropiques. Virginie Seghers observe de plus en plus de partenariats entre des entreprises (ou fondations d’entreprises) avec des acteurs sociaux comme les entreprises sociales, par exemple: "De plus en plus, elles vont au-délà de la contribution et du mécénat de compétence. Elles prennent l’initiative d’aller chercher des entreprises sociales pour construire un projet."

"Récemment, plusieurs entreprises m'ont sollicité pour faire de la collecte de dons auprès de leurs clients et fournisseurs pour sa fondation", raconte Virginie Seghers qui conseille les entreprises. Pousser plus loin l’action philanthropique de son entreprise en cherchant à impliquer (par le don, mais pas seulement) ses clients et sous-traitants: ce pourrait être une tendance forte en 2013.

Exilé fiscal et philanthrope?

On n’y pense pas, mais les grandes fortunes qui décident de quitter la France pour des raisons fiscales abandonnent souvent par la même occasion leurs actions philanthropiques (qui leur ouvraient, d’ailleurs, le droit à des déductions fiscales).

Pourtant, nous affirme Virginie Seghers, certains expriment le souhait de continuer à participer à financer des projets en France: "Il est intéressant d’observer que dans des pays connues pour accueillir des exilés fiscaux français, comme la Suisse, par exemple, des banques financent des projets… en France."

La notion d’"intérêt général", sujet à controverse

En France, la notion d’intérêt général est extrêmement importante dans le monde associatif, et, plus largement, dans la philanthropie. En effet, être estampillé organisation "d'intérêt général" permet d’ouvrir le droit à la défiscalisation des dons pour ladite organisation.

Dans une doctrine fiscale de janvier 2012, cette notion d’intérêt général est interprétée de manière plus stricte par l’administration fiscale française. Cette dernière met en avant la notion de "territorialité du don", c'est-à-dire que certains dons ne seraient plus défiscalisés parce qu'ils concerneraient une organisation qui agit en dehors de la France et des urgences humanitaires.

Dès le début de l’année 2012, ce texte avait provoqué une grande inquiétude des acteurs du mécénat qui dénoncent une hiérarchisation des causes et des retombées qui seraient désastreuses sur les dons. Ce texte est en cours d'examen par une commission du Conseil d'Etat, après avoir été très critiqué par le Haut conseil à la vie associative. Le Premier ministre devrait donner un arbitrage sur cette doctrine au début de l'année 2013. Affaire à suivre, donc, pour les organisations comme pour les philanthropes, des plus petits aux plus gros.

> Voir notre enquête sur la défiscalisation des dons

En outre, Virginie Seghers note que l’entrepreneuriat social en France n’est même pas considéré "d'’intérêt général". Au moment où l’Europe s’apprête à créer un Fonds européen pour l’entrepreneuriat social, cette question sera peut-être prise en compte dans la loi-cadre prévue par le ministère de l'Economie sociale et solidaire qui sera discutée au printemps. 

Cap sur l'Europe avec un fonds pour l'entrepreuneuriat social

En 2013, le secteur aura effectivement les yeux rivés sur les institutions européennes, car elles devraient créer d'ici la fin de l'année (via la Banque européenne d’investissement) un Fonds européen de l’entrepreneuriat social pour les entreprises sociales répondant aux critères définis par les différents groupes de travail sur le sujet.

"Au niveau européen, de plus en plus d’organisations encouragent la philanthropie et l’entrepreneuriat social, comme European Venture Philanthropy Association ou encore la Big Society Bank", rappelle Nicolas Hazard, vice-président du groupe SOS.

 

Merci à Virginie Seghers, consultante auprès de grandes entreprises et ONG, spécialiste du mécénat et de l’entrepreneuriat social, et maître de conférence à Science Po.

 

Crédit photo: Flickr/Mrlins.
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