Ce qu'il faut savoir avant de chercher un job dans l'humanitaire

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> Cet article a initialement été publié le 3 janvier 2013.

Quels sont les profils recherchés par les ONG aujourd’hui?

Marguerite Chevreul: Il n'y a pas vraiment de profil type. Il y a des postes excessivement différents; administratifs, sur la partie financière ou les ressources humaines par exemple.

Il y a aussi d’autres postes, sur le terrain, avec des spécificités techniques. Cela peut être des ingénieurs, des professions médicales, dans le domaine de la santé, de l’agronomie, etc.

Et puis il y a de nouveaux domaines, comme la sécurité.

Pour tous ces postes, l’engagement, l’adaptabilité, l’énergie, la capacité de faire face à des choses difficiles sont très importants. Il faut pouvoir s’adapter à de petites organisations, être capable de faire des choses très variées.

Avec la crise, on observe de plus en plus une quête de sens chez les jeunes diplomés. Sont-ils plus nombreux à postuler pour intégrer des ONG?

Depuis au moins 5 ans, c’est très frappant, il y a cette quête de sens extrêmement forte des jeunes diplomés, y compris chez ceux qui étudient en finance, par exemple.

Je vois aussi des gens plus expérimentés qui après 10 ou 15 ans passés en entreprise sont dans la même quête de sens et ont envie de rejoindre le secteur humanitaire.

En quoi la professionnalisation des ONG a-t-elle changé le type de profil recherché?

Elles sont plus exigentes. Ce ne sont plus des amateurs qui postulent, mais des gens qui ont des compétences bien spécifiques dans des domaines qui intéressent les ONG, par exemple la communication ou le fundraising. Ce sont également des personnes qui ont des compétences par rapport à des langues parlées, comme l’arabe ou d’autres langues plus rares.

Difficile d’entrer dans l’humanitaire. Les salariés peuvent être mis en concurrence avec les volontaires, parfois d’un très bon niveau également...

Oui, mais c’est vrai dans beaucoup de domaines, même si la concurrence dans l’humanitaire est effectivement très forte. Il y a d’une part ceux qui font carrière dans ces métiers-là et ceux qui vont faire une césure. En effet, les deux quelque fois vont se battre pour les mêmes postes.

Aujourd’hui, on fait face à une multiplication des statuts du type VSI, service civique. Est-ce la porte d’entrée vers les ONG?

C’est une porte d’entrée, mais ce n’est pas la seule. Il y a beaucoup d’ONG qui proposent des stages et certaines après proposent des CDD. Il n’y a pas que des VSI.

Une question reste parfois taboue, celle du salaire. Combien une personne diplômée peut-elle gagner dans le secteur humanitaire?

C’est très variable. Quand vous avez un poste au siège, c’est sûr que les salaires ne sont pas très élevés. C’est de l’ordre de 30% de moins que le salaire d’une grande entreprise.

Après, sur le terrain, les salaires versés par rapport au niveau de vie des pays concernés sont relativement généreux. Il ne faut pas raisonner comme si on était à Paris, Londres ou New York.

On parle de “carrière” humanitaire, ce qui peut entraîner une défiance des populations locales à l'égard d'une supposée “jet-set humanitaire”. Est-ce que cela ne provoque pas certaines dérives?

Cela peut provoquer certaines dérives. Mais c’est un métier de passion, et la passion passe par certains renoncements. Je pense que les ONG veulent embaucher des gens pour qui la rémunération n'est pas la motivation principale.

Il faut une juste rémunération qui permette quand même aux humanitaires de faire vivre leur famille, de pouvoir progresser dans leur métier et acquérir des responsabilités. Mais ce n’est pas un métier dans lequel on vient pour faire fortune.

Un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait se lancer dans le secteur?

Il faut bien se renseigner, car c’est un secteur qu’on idéalise beaucoup. Il faut prendre connaissance de la réalité des postes qui sont proposées. Après, s’il y a suffisamment de passion, il y a beaucoup de choses possibles. 

... et à quelqu’un qui voudrait en sortir? 

Il y a tout un accompagnement à faire, car bien sûr, en général, les entreprises voient cela d’un bon oeil, parce qu’elles se disent que c’est quelqu’un de dynamique, de positif.

Il faut pouvoir montrer qu’on est prêt à revenir dans un cadre très différent. Il faut “reformater” les compétences acquises, les valoriser différemment.

Etes-vous sûre que c’est un élément favorable pour les entreprises... et pas seulement un élément de discours?

Personnellement, j’ai été DRH dans de grandes entreprises dans le secteur du conseil, où l’on considérait que c’était un élement très favorable, parce qu’on pensait que c’était des gens qui avaient montré leur adaptabilité.

Le risque, c’est de percevoir ces personnes comme de “dangereux idéalistes”. C'est pourquoi, après un passage dans l’humanitaire, la personne doit montrer à quel point elle choisit l’entreprise pour de bonnes raisons et qu’elle a fait son “deuil" d’un parcours dans l’humanitaire.

 

Marguerite Chevreul est coach, consultante en ressources humaines et enseignante à Sciences Po Paris et à l'Université Dauphine. Cet entretien a été réalisé au cours d'un petit-déjeuner sur les métiers de l'humanitaire organisé par Sciences Po Paris.
 
Crédit Photo Une: RyanMilani / FlickR. Marguerite Chevreul.
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