“Incroyables comestibles”: des légumes gratuits en plein Paris

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Ce mouvement né en Angleterre consiste à planter des légumes en ville pour les partager avec tout le monde. Reportage à Paris.

> Cette initiative figure dans notre dossier "Les 10 initiatives solidaires de 2012 à retenir"

Le rendez-vous est donné non loin de la gare Montparnasse. Il est 14h00 ce samedi et c’est bientôt la fin du marché au métro Edgar Quinet, où quelques Parisiens se promènent avec des sacs remplis de fruits et légumes.

Au milieu des passants, Amélie Anache est un peu moins discrète avec son cageot garni de toutes sortes de légumes à planter et ses pancartes estampillées “Nourriture à partager” qui lui tombent des bras.

La jeune femme fait partie de la communauté des "Incroyables comestibles". L'idée de ce mouvement est de planter des légumes en ville pour les partager avec le plus grand nombre. En clair, remplacer les bacs à fleurs... par des bacs à légumes.

L'idée de ce mouvement baptisé "Incredible Edible" en anglais, a germé en 2008 en Angleterre dans la tête de Pam Warhurst. Cette femme d’affaire et habitante de la petite ville de Todmorden (dans le Yorkshire) a décidé d’utiliser les espaces urbains laissés vacants pour y planter fruits et légumes de saison, à disposition de tous.

> Regardez le reportage réalisé à Todmorden

Depuis, tous les habitants ou presque de cette petite ville s'y sont mis et le mouvement a progressivement essaimé un peu partout dans le monde.

Se réapproprier les espaces verts

De l'autre côté de la Manche le mouvement prend peu à peu. À Paris, c'est Amélie Anache qui organise cette quatrième journée de plantation. 

Avec la dizaine d'autres "Incroyables" ils ont tout prévu, sauf peut-être la pluie. Mais pas de quoi les décourager: "ça fera pousser les légumes", s'amuse l'un d'entre eux. Certains ont apporté des graines de moutarde ou des pois, d'autres du pourpier maraîcher, de la salade ou de la roquette. “Reste à savoir si les légumes vont s’acclimater à l’air du 15e arrondissement”, plaisante l'un des planteurs.

Une fois le carré de verdure repéré au milieu d’un trottoir, les plus prévoyants dégainent pelle et griffe de jardin pour retourner la terre. Sous les regards un peu interloqués de certains passants.

Une dizaine de variétés de légumes et de graines ont été plantés en plein Paris, non loin de la station de métro Edgar Quinet.

 

Les quelques 500 espaces verts de Paris relèvent de la direction des espaces verts et de l'environnement (Deve). Sur l'un de ses blogs, la ville de Paris encourageait d'ailleurs la participation à cette journée de plantation urbaine.

Un coup de pouce pour nos jardiniers parisiens, qui estiment simplement “se réapproprier de manière pacifique les espaces verts, pour en faire bénéficier ceux qui le souhaitent”, explique Jean, l’un des "Incroyables".

"On plante, on arrose et on partage"

Le message écrit sur la dizaine de pancartes disposées un peu partout est clair: les passants sont invités à emporter les pots chez eux et à rejoindre le mouvement.

Paris n’est pas la première ville en France à organiser ces sessions d’agriculture urbaine, comme le montre cette carte interactive. Elles ont d'abord vu le jour à Colroy-la-Roche (Alsace), la région d’origine de François Rouillay qui a importé l'idée en décembre 2011.

Quand j’ai découvert le concept, j’ai été surpris de voir que le système fonctionnait, mais que personne n’en parlait en France”, explique ce conseiller en développement territorial. S’il ne sait pas exactement combien de villes se sont mises au partage de nourriture, François Rouillay se réjouit qu’ “environ une nouvelle initiative naît chaque jour sur le territoire. Nous sommes en train de devenir une tribu mondiale."

Abondance partagée

Lors de cette journée parisienne, certains passants s’amusent de la démarche tandis que d’autres accélèrent le pas lorsque les membres des "Incroyables comestibles" leur propose d’emporter quelques légumes. La “notion d’abondance partagée” est la clé du mouvement, selon François Rouillay.

Un brin utopique, il ose même parler d’autosuffisance alimentaire en cette période de crise économique: “Le système fonctionne et l’autosuffisance n’est peut-être pas tant un rêve que cela”.

Ce nouveau mode de consommation et d'échange doit encore trouver sa place. Mais la plupart des membres de la communauté parisienne estiment que "les gens sont prêts. C’est pour ça que le concept fonctionne si bien en Angleterre."

 

Crédits photos: Romain De Oliveira
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