Ces cartes qui révolutionnent l'aide humanitaire

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La présidente de CartONG, Maeve de France, explique quel rôle peuvent jouer les cartes dans l'humanitaire.

Voilà un objet que nous prenons pour acquis et que nous sommes pourtant loin de connaître: la carte (au sens d'informations géographiques sûres et structurées) est un support crucial qui fait souvent défaut lors des catastrophes naturelles ou des crises humanitaires.

Elle constitue pourtant un instrument d’aide à la décision indispensable dans des régions et des situations complexes. Mais une carte fiable et efficace ne se construit pas en un jour.

Une bonne carte vaut mieux qu’un long discours

Les nouvelles technologies géographiques peuvent servir l'humanitaire, nous en sommes convaincus. Une carte à jour est un outil de synthèse précieux pour la compréhension de situations d’urgence souvent chaotiques.

Elle permet, entre autres, d’évaluer les dommages d’une catastrophe naturelle après analyse des images satellitaires, d’orienter les secours grâce à la remontée de données depuis le terrain, ou de décider des actions à mener pour atténuer une épidémie de choléra en zone urbaine, par exemple.

La carte réalisée ci-dessous pour une ONG humanitaire française au cours du Printemps arabe, montre les différentes informations nécessaires pour les personnes en charge de la gestion d'une crise (les “logisticiens”): les noms de villes, la localisation des camps de réfugiés, des transports ou des centres de santé.

Extrait de la carte réalisée en Syrie

 

La réactivité des organisations capables de produire de telles cartes doit être parfaite pour répondre efficacement à une crise.

Les logisticiens sont parfois prévenus quelques jours seulement avant leur déploiement et peu d’organismes internationaux ont les compétences ou le temps pour les réaliser.

Anticiper, sensibiliser, aider à reconstruire

Il faut garder en tête qu'une crise se décline en plusieurs phases, même si seule la phase de réponse immédiate fait souvent la une des médias. Les données géographiques sont utiles, voire même essentielles, durant chacune de ces phases.

Elles servent à anticiper une crise sur un territoire, s'y préparer et tenter d’en limiter l'impact. Mais aussi à sensibiliser les acteurs humanitaires ou le grand public et favoriser la reconstruction après la crise.

Si l’on n’anticipe pas un minimum une crise en terme d’information géographique, lorsque celle-ci arrive le cartographe est dépassé: l’urgence fait que la rapidité pour fournir une donnée prime sur sa qualité.

D’où viennent les données?

Les données proviennent de sources différentes. Les informations de contexte sont souvent issues de l’Open Data, qui prône l’accessibilité et la réutilisation libre des données.

Elles peuvent concerner les routes ou les points d’intérêts particuliers (sites touristiques ou magasins) provenant de la base de données collaborative Open Street Map, les limites administratives, via Natural Earth, ou les villes et leurs populations grâce à Geonames.

Néanmoins, quand on parle d’humanitaire, tout ne peut pas être “ouvert”. Il y a trop de risques associés: certaines données comme la localisation des entrepôts dans lesquels l’aide est acheminée ou la répartition de la population par groupes ethniques, ne sont pas diffusées en dehors de la communauté des travailleurs humanitaires.

L'utilisation des nouvelles technologies

S’assurer que les données en question sont fiables est l’objectif essentiel. La carte doit se comprendre comme un palimpseste, un objet constamment mis à jour pour qu’il ait du sens dans le contexte en question.

De ce point de vue, les nouvelles technologies offrent de nombreuses possibilités, car elles facilitent la remontée des données géographiques.

La simplicité des applications de collecte de données spatiales permet de mettre en place des systèmes de gestion de celles-ci par des non-spécialistes de la cartographie, avec une formation basique.

En Ouganda par exemple, toutes les données liées aux opérations du Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR) dans la région du West Nile (nord-ouest du pays) ont été cartographiées en utilisant des téléphones équipés de GPS et divers outils cartographiques sur le web.

Cela concerne entre autres les écoles et leur capacité d’accueil, les centres de santé, les routes ou les ponts. Les données sont créées, mises à jour et utilisées sur place.

On peut s’appuyer dessus en toute confiance pour développer des indicateurs qui servent ensuite à améliorer le sort des populations.

Une cartographie utile pour tout le monde

Ce type de démarche permet de soutenir le développement à long terme des territoires en question, et pas uniquement lors d’une urgence. La cartographie collaborative (où n’importe quel habitant disposant d’internet peut participer) fait pleinement partie de ce mouvement.

Ainsi, cet exemple kenyan montre l’utilisation de la technologie Ushahidi (rendue célèbre par son efficacité lors du séisme de 2010 en Haïti) et comment celle-ci permet aux habitants, par un simple envoi de sms, de remonter différentes données clés pour les diabétiques. Ces derniers n’ont plus qu’à se rendre sur la plateforme web-cartographique pour connaître les heures d’ouvertures ou la localisation des centres de soin adaptés.

Ce fort ancrage local et à long terme des données a deux avantages notables. Tout d’abord il assure la présence des données sur le terrain, où l’utilisateur va s’y confronter, les exploiter, les modifier pour les rendre plus pertinentes, au bénéfice de tous (donc parfaitement adaptées lors d’une d’urgence).

Mais de manière tout aussi importante, il garantit une transmission des compétences en matière de nouvelles technologies. Des compétences qui peuvent constituer l’assise du développement local post-crise des populations.

> Le forum GeOnG se déroule les 5 et 6 novembre 2012 à Chambéry, autour du thème “Du cloud au terrain”.

 

Crédit photo de une: hmomoy/Flickr
Crédit carte et photos: CartONG
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