Ce que les associations attendent de la Conférence sociale

La conférence sociale du gouvernement se concentrera sur l’emploi, et non sur les questions de pauvreté et d’exclusion, au grand regret des associations.

L’emploi d’abord. Pour la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, il faudra patienter. C’est ce qui ressort des consultations entre le gouvernement et les associations de lutte contre l’exclusion. Ces dernières souhaitaient prendre part activement à la conférence sociale des 9 et 10 juillet, mais n'auront finalement pas leur place autour de la table.

Sept tables rondes pour lutter contre le chômage

En effet, cette conférence réunira seulement les partenaires sociaux habituels (syndicats et représentants du patronat). Elle se concentrera sur les questions liées à l’emploi (formation tout au long de la vie, rémunérations, retraites, fonction publique), autour de sept tables rondes

Avec plus de 10% de chômage en France (un chiffre qui augmente chaque mois), il est certain que la lutte contre ce fléau est une priorité pour sortir de la crise. Cette conférence est une première étape de travail pour établir la feuille de route du gouvernement.

"N’oubliez pas les plus précaires"

Mais les acteurs associatifs qui luttent contre l’exclusion sont inquiets: "Le RSA, ou les minimas sociaux ne seront pas abordés. Il faut un autre sommet pour s’atteler à ces questions, explique François Soulage, président du Secours Catholique avant de demander au gouvernement de "ne pas oublier les plus précaires".

N’attendant donc pas grand-chose de ce sommet, plusieurs autres grandes associations rassemblées notamment dans le Collectif Alerte, contre la pauvreté, ont demandé l’organisation d’une "Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion". 

Pour un renforcement du suivi des chômeurs

Outre l’inquiétude concernant la pérennité de leurs financements, les associations souhaitent surtout renforcer l’accompagnement des chômeurs ou personnes en situation d’exclusion, via un accès plus souple au RSA pour les jeunes, ou encore un meilleur suivi par le Pôle Emploi (dont le renforcement a été promis par le Premier ministre, dans son discours de politique générale).

"On constate des grandes difficultés dans l’accompagnement, ce qui amène souvent à une désociabilisation, des problèmes familiaux, de logement….tout dérape. C’est une spirale", déplore Matthieu Angotti, directeur général de la Fédération national des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS).

Les garanties encore timides de Marisol Touraine

La ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a voulu prouver son engagement pour lutter contre l’exclusion en organisant une table ronde sur le sujet, le 2 juillet. Elle veut rompre avec la politique de "stigmatisation des pauvres" du gouvernement précédent et ne plus parler d’ "assistanat, mais d’accompagnement, de soutien et d’inclusion".

Autre rupture, la volonté de ne pas afficher d’objectifs chiffrés, comme s’y était risqué Nicolas Sarkozy en promettant une France avec "zéro SDF": "le seul objectif, c’est d’aller le plus loin possible contre la pauvreté", a affirmé la ministre qui veut "décréter la guerre à tous ce qui vient exclure, à ce qui amène toujours plus de pauvreté dans notre pays".

Dans l'attente du plan quinquennal promis par Hollande

Du côté des associations, les attentes sont énormes. Consultées à plusieurs reprises dans les différents cabinets ministériels, elles veulent croire aux promesses de François Hollande pendant la campagne présidentielle. En particulier celle d’un "plan quinquennal contre l’exclusion". Ce plan, approche transversale pour tacler les problèmes de pauvreté, est en discussion, selon la ministre, qui ne s’est pas risquée à donner un calendrier.

Elle a également refusé de dévoiler un quelconque chiffrage ou plus de précisions sur la politique qui sera menée. "Nous ferons des annonces à l’automne", promet-elle.

Aide médicale d'Etat: suppression de la franchise du gouvernement Fillon

Cette spécialiste des questions de santé a tout de même annoncé la suppression imminente de la franchise obligatoire de trente euros pour les immigrés sans-papiers bénéficiaires de l’Aide médicale d'Etat (AME). Une mesure du gouvernement Fillon que François Hollande, candidat, s'était engagé à supprimer. 

La politique sociale passera-t-elle à la trappe à cause de la crise?

Marisol Touraine l'a promis, elle fera "de la lutte contre la pauvreté une politique publique, malgré la crise". Pourtant, l’étau budgétaire se resserre après que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a demandé aux ministères de baisser leurs effectifs de 2,5% (sauf dans l’Education, la Justice et à l’Intérieur) et l’audit de la dette par la Cour des comptes qui préconise d’avantage de rigueur budgétaire.

La question des financements, nerf de la guerre des associations, des entreprises d’insertion ou encore des centres d’hébergement, n’a pas encore été mise sur la table. Beaucoup craignent une "politique budgétaire court-termiste" qui reléguerait les questions d’exclusion au second rang, alors que la France compte plus de 8 millions de pauvres.

Photo: Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales. Crédit: philippe grangeaud / solfé communications.