Paroles de volontaires

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Ils ont voulu aider des organisations à l’étranger. Ils sont parfois revenus déçus. Témoignages. 

«Le grand malentendu»

Mélanie*, à la recherche d’un emploi dans le domaine de la solidarité et du développement local, 25 ans. Partie au Mali en 2008 avec l’Association française des volontaires du progrès (AFVP) devenue France Volontaires.

«Je ne suis pas allée au bout de ma mission. Je suis restée un an au lieu de deux, comme c’était pourtant prévu. A Gao, dans le cadre d’une coopération décentralisée entre une Communauté de communes en Meurthe-et-Moselle et trois communes maliennes, ma mission était de renforcer ce partenariat et d’apporter un appui aux élus locaux au niveau de l’informatique, de l’archivage et de l'animation de réunions. Je voulais savoir comment se gère une mairie au Mali, comment on établit un budget communal… J’ai finalement appris le fonctionnement de la décentralisation et des communes par moi-même. Je n’étais pas attendue pas les élus locaux et me suis donc sentie inutile. J’ai baptisé cette situation le grand malentendu. Les communautés ont fait des propositions que les autorités maliennes ont accepté sans pour autant exprimer ce qu’elles attendaient réellement de cette coopération. Je pense que les élus ne voulaient pas nécessairement d’un volontaire, mais ont accepté de peur que plus aucune aide ne vienne des Lorrains par la suite. L’AFVP n’a pas été à l’écoute de mes problèmes et n’a pas assuré le suivi de ma mission. La Communauté de communes française n’a pas non plus été suffisamment présente et connaissait mal les réalités du terrain. Cette année de volontariat n’est pas facile à vendre auprès d’un employeur en France!»

 

«Ils n'avaient pas besoin de nous, juste de notre argent»

Françoise Freslon, professeure d'EPS, 51 ans. Partie trois semaines au Bénin en 2004 avec Planète Urgence.

«Ma mission n’était pas en adéquation avec mes compétences. Je suis professeure d’Education Physique et Sportive (EPS) et je devais assister des scientifiques pour recenser une espèce de singes que personne n’avait jamais vue, au Bénin… Les autres membres de l’équipe avaient entre 18 et 23 ans, donc pas forcément les mêmes attentes. Pour eux, c’était l’occasion de premières vacances loin de leurs parents. Moi, j’avais financé seule ce voyage, je voulais être utile.

Sur place, on a compris que notre aide n’était pas indispensable, et que ce sont surtout nos dons qui les intéressaient. J’ai du donner 1500 euros pour couvrir les frais d’hébergement, de nourriture et de transport sur place, pour une mission de trois semaines. Puis Planète Urgence m’a demandé de signer un papier afin de leur céder les droits de défiscalisation sur mon billet d’avion, que j’avais payé moi-même. C’était ma première mission, j’étais un peu crédule. J’ai appris ensuite que j’aurais pu avoir droit à une déduction fiscale sur le prix de mon billet d’avion car il s’agissait d’une mission humanitaire.

J’ai quand même décidé de repartir, mais cette fois en posant des questions plus précises aux associations (le nom du contact, ma fonction exacte, les conditions d’hébergement sur place…). L’une d’elles, à Madagascar, a d’ailleurs arrêté de répondre suite à mes appels...

J’ai finalement envoyé mon CV à Développement sans frontières (DSF), et j’ai été retenue pour former un professeur de sport. On m’a demandé de préparer en amont cette formation. Quand je suis arrivée, la personne que je devais former n’avait toujours pas été recrutée. Il faut savoir s’adapter ...»

 

«J’ai décidé de chercher des projets par mes propres moyens»

Charlotte Derobert Back, étudiante infirmière, 25 ans. Partie au Guatemala en 2006 avec World education program (WEP), une organisation belge.

«J’ai du payer 1769 euros pour un mois de cours d’espagnol et cinq mois de logement chez l’habitant, sans compter les billets d’avion que j’avais payé 600 euros. L’organisation m’avait proposé une mission dans une école primaire à Antigua. Je devais aider bénévolement un professeur. Mais sur place, il y avait déjà cinq volontaires pour une école de trois classes ! Avant le départ, l’organisation belge avec laquelle je suis partie semblait sérieuse. Elle me donnait des informations sur le Guatemala, les missions sur place. Mais à mon arrivée j’ai déchanté. Les tarifs me paraissaient disproportionnés par rapport au coût réel de la vie. Au bout d’un mois, j’ai décidé de chercher des projets par mes propres moyens, afin d’être vraiment utile. J’ai d’abord proposé mes services à une association qui aidait une école défavorisée. J’apprenais à lire et à écrire à des enfants âgés de 6 à 7 ans. Je voulais quitter Antigua mais je me sentais prisonnière de la famille qui m’hébergeait. J’y suis finalement restée les cinq mois obligatoires. Ensuite, je me suis rendue dans une école en pleine jungle, à cinq-six heures de bus d’Antigua. Là, je me suis vraiment épanouie. Agés de 3 à 15 ans, les élèves étaient pratiquement tous orphelins. Il y avait un réel besoin de professeurs, d’éducateurs et d’aides-soignantes. C’est à ce moment-là que j’ai voulu devenir infirmière.»

 

«J’avais peu d’amis vietnamiens»  

Juliette, ingénieure, 28 ans. Partie au Vietnam avec le Service coopération au développement (SCD).

«Le contact avec la population était difficile. J’avais peu d’amis vietnamiens. Il existait une sorte de réserve envers les étrangers. Certains sujets, comme la politique, ne pouvaient être abordés. Du coup les discussions n’étaient pas spontanées et sortaient rarement du cadre strictement professionnel. Au début, j’étais un peu frustrée. Mais au bout de six mois, je me suis faite une raison. Ce n’est pas la peine de courir après quelque chose d’impossible… Je prenais les moments de camaraderie avec mes collègues vietnamiens comme ils venaient, sans forcer les choses. Dans mon travail, j’étais à l’écoute des demandes, des propositions de mes collègues vietnamiens. Pour franchir ses barrières culturelles, il faut parvenir à se vider des idées reçues, observer et accepter les différences. En cela ma formation avec le SCD m’a aidé. Elle permet de se poser les bonnes questions, comme celle de savoir pourquoi on part.»  

* Le témoignage a été modifié suite à la demande de la personne interviewée.

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