Faire face à la fatalité de l’insécurité alimentaire

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Une crise alimentaire majeure, et dans certaines zones une véritable famine, sévit dans la Corne de l’Afrique depuis le printemps 2011. Treize millions de personnes sont confrontées à une urgence alimentaire majeure déclenchée par une sécheresse sévère et une flambée des prix agricoles qui exacerbent la vulnérabilité des communautés dans l’ensemble de cette région. En Somalie, le contexte de guerre débouche même sur une famine.

A quatre ans de la date butoir fixée pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), le premier d’entre eux - réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici à 2015 par rapport à 1990 - est bien loin d’être atteint. Près d’un milliard d’enfants, de femmes et d’hommes continuent à souffrir de la faim, un chiffre qui ne baisse pas depuis 1990.

Plus de trente pays, la plupart en Afrique, sont en risque permanent de basculer dans l’insécurité alimentaire, voire la famine, comme aujourd’hui dans la Corne de l’Afrique. Une action plus déterminée de la communauté internationale est nécessaire pour les aider à sortir de cette impasse.

Plus généralement, la hausse récente des prix agricoles, et plus encore leur volatilité, constitue une menace pour la pérennité de la sécurité alimentaire mondiale et expose de nombreux foyers et groupes vulnérables à un risque accru de souffrir de la faim, y compris dans les pays ou l’équilibre alimentaire semblait à peu près stabilisé.

La crise de 2008, avec un doublement des prix des produits de base a fragilisé, partout dans le monde, les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables qui souffrent évidemment le plus lorsque les prix grimpent ou fluctuent de façon imprévisible. Cette crise, qui semble inaugurer une période de forte instabilité des prix alimentaires, a des conséquences potentiellement dévastatrices pour les populations les plus vulnérables.

Des solutions existent. Il faut avoir le courage de les promouvoir, aussi bien pour renforcer la résilience que pour atténuer les effets de cette volatilité.

Malgré quelques progrès, la faim reste à des niveaux absolument inacceptables

Certes la faim dans le monde diminue depuis 1990, puisque l’indice 2011 rendu public mardi 11 octobre* (PDF) montre que le pourcentage de la population mondiale malnutrie se situe aujourd’hui autour de 15,5%, contre 19,5% en 2000. Mais, en chiffres absolus, le nombre de personnes sous-alimentées stagne, et a même légèrement augmenté entre le milieu des années 1990 et 2009. Les progrès réalisés en matière de réduction de la faim sont donc insuffisants. Très insuffisants.

Le nombre de pays en situation d’insécurité alimentaire a lui aussi diminué sur la période, passant selon l’indice 2011 à 26 pays, contre 43 en 1990. Un chiffre encourageant, mais qui ne saurait cacher les disparités. De nombreux pays ont vu leur situation se détériorer, en général, du fait de conflits ou d’instabilité ou de blocages politiques. L’Afrique reste toujours malheureusement au centre de la problématique de la faim.

Au delà de la Corne de l’Afrique, si tristement d’actualité, au Burundi, au Tchad, en République Démocratique du Congo et Côte d’Ivoire et en Erythrée, la sécurité alimentaire s’est détériorée.

Toute aussi préoccupante, la volatilité excessive des prix alimentaires, depuis la crise de 2008, fait peser une menace extrêmement sérieuse sur les progrès accomplis depuis 20 ans en matière de sécurité alimentaire. Cette volatilité soudaine, qui fait suite à 40 années de stabilité des prix alimentaires de base, est un danger majeur pour la stabilité alimentaire des pays les plus fragiles. Selon l’Indice, en 2008, ce sont 26 pays qui font face à un niveau de faim alarmant ou extrêmement préoccupant.

Au-delà des conditions météorologiques exceptionnelles et des conséquences du changement climatique, ainsi que la demande croissante de biocarburants, l’accélération de l'activité financière sur les marchés des denrées de base, semble bien en cause.

L’indice montre ainsi que le volume des contrats à terme échangés sur le blé, le maïs et le soja ont doublé, voire triplé par moment, depuis 2007. Cette instabilité pénalise doublement les populations les plus fragiles, puisque les consommateurs subissent de plein fouet ces augmentations, qui poussent dans l’instabilité alimentaire, alors que les producteurs locaux ne sont pas armés pour faire face à cette instabilité.

Des recommandations pour une sécurité alimentaire

Les prix alimentaires continueront de fluctuer en réponse aux variations de l’offre et de la demande. Cependant, une volatilité excessive des prix alimentaires complique considérablement les efforts visant à réduire les niveaux de faim parmi les communautés les plus vulnérables, et entrave même l’activité des producteurs de denrées agricoles les plus fragiles.

Des solutions existent, qui sont reprises et commentées par l’Indice. Trois principaux leviers font consensus et sont présentés, avec leurs composantes:

> S’attaquer aux causes sous-jacentes des chocs et de la volatilité des prix alimentaires, avec trois types d’interventions:

- Revoir d’urgence les politiques sur les biocarburants

- Règlementer l’activité financière sur les marchés agricoles et alimentaires

- S’adapter aux phénomènes météorologiques extrêmes et au changement climatique pour en atténuer les méfaits

> S’attaquer aux caractéristiques des marchés mondiaux affectant la volatilité et les chocs des prix:

- Equilibrer les structures commerciales mondiales des marchés d’exportation grâce à la promotion de la croissance agricole en faveur des pauvres

- Constituer des réserves alimentaires

- Partager les informations sur les marchés alimentaires

> Atténuer les effets des flambées et de la volatilité des prix:

- Mettre en place des systèmes nationaux de protection sociale

- Amélioration de la préparation aux situations d’urgence

- Renforcer la résilience grâce à des investissements dans les petites exploitations et dans l’agriculture durable et d’adaptation au climat

- Promouvoir et soutenir de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs dans les zones rurales et améliorer les perspectives économiques des populations vulnérables dans les zones urbaines

La mise en place d’une réponse globale aux chocs et à la volatilité excessive des prix alimentaires a un coût élevé, mais étant donné le coût humain des crises des prix alimentaires, le résultat serait largement positif et rentable.

Le G20 ne peut ignorer cette situation et devra être  décisif dans l’adoption d’une série de directions qui permettront d’envisager – enfin – une décrue durable du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde.

 

* Précisions sur l’Indice de la faim dans le monde (édition 2011, PDF)

Publiée par l’Institut international de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI), Welthungerhilfe et Concern Worldwide, en partenariat avec l’ONG française ACTED, en prévision de la Journée mondiale de l'alimentation (16 octobre), cette sixième édition annuelle de l’Indice suit l’évolution de la faim au niveau mondial, en mettant en évidence les pays et les régions où la situation est alarmante et demande une action immédiate, et en appelant à la mise en place de politiques de lutte contre la faim, tant au niveau national qu’international.

Selon l’édition 2011 de "l’Indice de la faim dans le monde. Le défi de la faim", 26 pays ont un niveau de faim alarmant ou extrêmement préoccupant, et tous ceux appartenant à cette dernière catégorie, à savoir le Burundi, l'Érythrée, la RDC et le Tchad, sont en Afrique subsaharienne.

Photo: distribution du Programme alimentaire mondial via Oxfam East Africa/FlickR

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Commentaires
Scipion81

Bonjour,

J'ai écrit quelques commentaires sur votre article dans mon blog:
http://seniorsolidaire.blog.youphil.com/archive/2011/10/20/l-insecurite-...
Bien à vous.

Jean-Claude Feys