Un sursaut de générosité pour la Corne de l'Afrique?

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Alors que la famine sévit dans la Corne de l'Afrique, les campagnes de dons de la part des ONG se font rares. Et les Français manifestent leur profonde lassitude.

Famine rime avec fatalité. Alors que, selon les Nations Unies, 12 millions de personnes sont victimes de la faim dans la Corne de l'Afrique, les ONG commencent tout juste à enregistrer les prémices d'un élan de générosité. Au 12 août, 13 millions d'euros ont été collectés par les organisations humanitaires, alors que les campagnes de dons se font plutôt rare. Selon les ONG, plusieurs facteurs expliquent cette absence.

Pour beaucoup de Français, "la famine fait désormais partie du paysage africain", déplore Valérie Daher, directrice de la communication et du développement à Action contre la Faim. Cette association ne peut, en effet, se réjouir des 5,1 millions d'euros collectés au 10 août. "On est toujours loin du compte par rapport aux besoins des populations vulnérables de la région. On avait évalué notre capacité opérationnelle à 40 millions d'euros", commente Valérie Daher.

Une générosité sélective

Cette crise humanitaire rappelle à la mémoire la famine qui avait touché l'Ethiopie en 1984, et une immense lassitude est son unique écho. Pourtant, l'UNICEF ne cesse de le répéter: "il s'agit d'un phénomène exceptionnel. C'est la plus grave crise alimentaire vécue par la région depuis 60 ans". Depuis le 13 juillet, cette organisation des Nations Unies a encaissé près de 5 millions d'euros. Elle avait cependant lancé un appel de 220 millions d'euros pour couvrir ses besoins jusqu'au mois de décembre.

Le temps des collectes exceptionnelles réalisées lors du Tsunami qui avait dévasté l'Asie du Sud-Est (350 millions euros) et le séisme à Haïti en 2010 (150 millions d'euros) est donc révolu. Ces catastrophes naturelles étaient marquées par un caractère immédiat, soudain et brutal; un avant et un après prompt à réveiller les consciences. Or, la sécheresse sévit dans la Corne de l'Afrique depuis deux ans. "Même si un enfant sur deux meurt, les Français sont plus touchés par la destruction d'une maison. De plus, il existait une réelle proximité culturelle", justifie Ann Avril, directrice du développement à l'UNICEF.

L'Afrique paie donc le prix de son instabilité politique, de sa mauvaise réputation et des accusations de corruption. Pour assurer une réelle transparence des collectes, le comité de la charte du don en confiance veille, cependant, aux contrôles de ces appels à la générosité. Les préjugés des Français sont également entretenus par l'oubli médiatique. 

Un travail acharné

Face à la dictature de l'agenda médiatique, couplée aux vacances scolaires, de nombreuses associations ont renoncé à mettre en place des campagnes d'appels aux dons publics de grande ampleur. Parmi elles, le Secours Catholique et la Croix Rouge.

Les autres peinent à récolter les fruits de leurs efforts. Depuis début juillet, les journées de l'équipe d'Action contre la Faim sont rythmées par l'envoi d'emails et de courriers aux donateurs potentiels. Et toutes les ressources humaines sont ainsi sur le pied de guerre pour communiquer, trier et collecter. Cette campagne a coûté la modique somme de 100.000 euros à l'organisation.

L'UNICEF, de son côté, a envoyé plus de 200.000 mails aux donateurs. Pour l'instant, seuls 10.000 ont répondu. Quotidiennement, ce sont 60% de ses effectifs qui sont mobilisés dans l'opération Corne de l'Afrique. Les salariés travaillent également dans la communication de crise auprès des médias et des donateurs. "Afin de relayer les informations, il est essentiel de disposer suffisamment de contenu. On reste donc en contact avec les équipes présentes sur le terrain pour pouvoir expliquer aux donateurs le type d'actions mené et définir les personnes secourues", explique Nguyen Thuy-An, responsable de la collecte à la Croix Rouge.

Tous les moyens sont donc déployés pour rappeler le caractère exceptionnel de la situation actuelle. Pour répondre à cet objectif, l'association a prévu d'organiser une campagne d'affichage, à compter du 10 août. Les photographies permettent en effet de sensibiliser "efficacement le public sur la gravité de la crise et l'urgence des secours à apporter, sans tomber dans le misérabilisme".

Une fois encore, les actions coup de poing sont passées à la trappe. A quoi bon? Les rues sont désertées. "La semaine dernière, on a appelé des personnalités à relayer le combat et à placer leur notoriété au profit de cette cause. D'habitude les célébrités proposent rapidement leur aide pour la réalisation de disques ou de concerts. Là, aucune, si ce n'est Marc Lévy qui s'est rendu au Kenya", critique Valérie Daher. L'Afrique, ce "puits sans fond", est donc boudée par nos stars nationales. A quelques exceptions près. Le journaliste Bernard de la Villardière a prêté sa voix pour l'enregistrement des spots publicitaires d'Action contre la Faim, diffusés à la radio et à la télévision.

Les médias à la rescousse

"Les médias sont des faisceaux convergents. Notre passage sur France Télévisions nous garantit de recueillir 300 dons en une demie heure", commente Ann Avril de l'UNICEF. Dans ce souci de visibilité, l'organisation a noué un partenariat avec TF1.

>Visionner la campagne d'appel aux dons de l'UNICEF:

Ces demandes de diffusion sont relayées aux chaînes par le Syndicat National de la Publicité Télévisée. "Quand le SNPTV juge une cause importante, il demande aux diffuseurs de placer ses spots et d'offrir des espaces sur leurs grilles de programmation", précise Anne-Claire d'Echallens, directrice du département de la régie publicitaire à TF1. De son côté, TV5 Monde diffuse gracieusement le spot de Solidarités International.

>Visionner la vidéo de Solidarités International

Ces courtes vidéos permettent d'informer un large public en quelques minutes. Leur montage est identique: dans une première partie, les images alertent sur la violence de la cause et la gravité de la situation. Suivent ensuite, les secours qui peuvent être apportés dans la région. Et en générique de fin, l'adresse postale et celle du site internet sont enfin mentionnées.

Certes, leur faible nombre - entre 4 et 5 par jour- ne permet pas à tous de les visionner mais il représente un manque à gagner certain pour les chaines. En effet, plus la diffusion est stratégique plus les pertes en terme publicitaires seront élevées. Quoiqu'il en soit, "la diffusion, à titre humanitaire, est rendue généralement obligatoire. Si la communication ne correspond pas à notre cible ni à notre programme, on doit motiver notre refus", ajoute Anne-Claire d'Echallens.

Internet: un outil fondamental

Même si l'UNICEF est plus visible sur les écrans de télévision, toutes les associations bénéficient de ces retombées médiatiques. "Quand on parle de la Corne de l'Afrique à la télévision, les pics de dons sont immédiatement enregistrés sur Internet", souligne le Secours Catholique. Près de 56% de ses dons ont ainsi été recueillis sur le web tandis que la Croix Rouge avoue que les dons du web représentent près de 70% de sa collecte.

"Aujourd'hui, on a reçu un million d'euros de la part du ministère des Affaires étrangères et on a recueilli 800.000 euros auprès du publicOn a estimé le plafond de nos opérations à deux millions d'euros", précise Antoine Peigney, directeur des opérations et des relations internationales à la Croix Rouge. Celle-ci a donc atteint le premier seuil de collecte qu'elle s'était fixée. Après leur mise en oeuvre sur le terrain, elle envisage de lancer un nouvel appel aux dons. 

Cette hyperactivité sur les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook est devenue cruciale dans les campagnes. Pour Action contre la Faim et l'UNICEF, ils constituent un important levier d'information et de mobilisation. "Ce n'est pas un outil de collecte mais grâce à sa spontanéité et sa réactivité, le web permet d'avoir les réactions des internautes à chaud. Le public nous questionne directement sur la nature de notre aide, plaide Ann Avril. Si on n'était pas présent sur la toile, on serait décrédibilisé".

Crédit photo une: Giro555/flickr

Cet article a été modifié le 11 août à 16H30

>Si vous le souhaitez, adressez vos dons sur les sites internet des associations: Croix Rouge, Action contre la Faim, UNICEF, Secours Catholique, Handicap InternationalSolidarités International et Infodon.

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