Hit Radio, la radio marocaine qui brise les codes

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Hit radio est une radio marocaine, un mix entre Skyrock et NRJ. À 40 ans, Younes Boumehdi, son président, nous raconte l’épopée de sa création, dans un contexte où rap et radio libre se heurtent au conservatisme.

Respect Mag: Comment est née Hit radio?

Younes Boumehdi: Au Maroc, dans les années 1980, on n’avait pas grand chose pour écouter de la musique. Ni satellite, ni Internet, ni CDs. Les radios publiques marocaines s’arrêtaient à minuit. La musique étaient ignorée, et les jeunes oubliés. Alors quand je suis arrivé à Paris pour faire mes études en marketing et communication, j’ai écouté la bande FM de manière frénétique!

Je suis rentré au Maroc en 1993 avec une idée en tête: créer une radio qui s’adresse aux jeunes. J'ai fait ma première demande au Ministère de l’Intérieur. En vain! Entre temps, j'ai travaillé en tant que commercial. Et j’ai écrit tous les mois aux ministres.

En 2003, Mohamed VI a réformé la loi sur l’audiovisuel. S’en est suivi la création du CSCA (Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle). En 2005, j'ai reçu un courrier. Le process était lancé. 

Sept nouvelles stations sont créées. Indépendantes de l’État et de tout groupe d’influence. Ni politisées, ni confessionnelles. Après une rude compétition, je signe le cahier des charges le 17 mai 2006.

Et le 1er juillet, c’est le jour J. On est diffusé sur 7 fréquences, dans l’axe Rabat – Casablanca - Marrakech. Au début, on était 5. On faisait un peu du bricolage. On passait surtout de la musique: hip-hop, rap, RnB. On était dans un format Top 40. Un mix entre Skyrock et NRJ.

Aujourd’hui, 40% de la programmation musicale est marocaine. Tous les animateurs sont bilingues (français et darija, le dialecte marocain). On s’adapte au langage des auditeurs. On a créé l’émission quotidienne de libre-antenne en 2007. Diffusée entre 20h et minuit puis en morning. Tous les sujets sont autorisés. C’est la première radio libre des pays arabes. On avait déjà bouleversé les mœurs en passant du rap à l’antenne…

Respect Mag: Vous avez été sanctionné trois fois par le CSCA. Pourquoi?

Y.B.: La première sanction est tombée en novembre 2007, pour la libre antenne. Verdict? Dix mille euros d’amende et l'obligation de diffuser un message d’excuses. On nous a accusé de défaut de maîtrise d’antenne. Quelques jours avant, une auditrice avait raconté le viol qu’elle avait subi, parce qu’elle ne savait pas à qui parler.

D’autres auditeurs ont réagit, pour partager leur expérience, la soutenir, lui rappeler son statut de victime. On s'est fait incendier par les journaux conservateurs. Mais, on a assisté à un véritable élan de solidarité de la part des auditeurs.

A la suite de la description plutôt imagée d’un acte sexuel par une auditrice, nous avons reçu la deuxième sanction: quinze jours d’interdiction de libre antenne.

Quant à la 3ème sanction, il s'agit d'un retrait d’un an de licence. Dans une reprise parodique d’ "Alors on danse" de Stromae, les paroles ont été traduites en arabe. Avec un peu d’imagination, à la place du "Alors on", on peut entendre "sexe". C’est ridicule. Beaucoup de chansons sont vraiment plus explicites sur ce thème. Mais ils ont considéré que l’on récidivait donc on a écopé d’une peine plus lourde.

En tout cas, on a contribué à libérer la parole, en favorisant la prise de parole à l’antenne, en suscitant des débats. Les conservateurs ont compris que leurs enfants vivaient une autre réalité que la leur.

Au Maroc, on a une jeunesse très libre face à de vieux conservateurs. Nous, on assume le risque d’être insolents et décalés. La loi interdit de blasphémer sur l’Islam, de parler des affaires judicaires en cours. Quant aux critiques sur le roi, c’est plus souple. La presse écrite se permet des choses que nous on ne peut pas. Parce que la loi sur l’audiovisuel est plus stricte.

Respect Mag: Vous dites avoir soutenu le Printemps de la jeunesse marocaine. Comment?

Y.B.: En donnant la parole. On ne s'est pas positionné. Je ne pense pas qu’un média a le droit de se positionner politiquement. Du fait d’être leader sur les jeunes, on a une responsabilité. On est très engagés sur le terrain. Mais pas politiquement. On crée le débat. Il faut que la jeunesse s’approprie la politique, la chose publique. Si on peut les inciter à s’inscrire sur les listes électorales, tant mieux!

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