"Seuls 25% des Sud-Soudanais ont accès aux soins"

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Jane Coyne, responsable de programmes de MSF au Sud-Soudan, explique à Youphil dans quel état se trouve ce tout nouveau pays.

Youphil: Le Sud-Soudan est né le 9 juillet. Que peut-on dire de la situation humanitaire dans ce nouvel Etat?

Jane Coyne: On est face à une situation extrêmement compliquée, provoquée par un conflit interethnique, des groupes divers qui s’opposent au nouveau gouvernement, des déplacements de populations et une crise sanitaire permanente.

Le Sud-Soudan est un pays où les taux de mortalité maternelle et infantile sont très élevés. Environ 25% seulement de la population a accès aux soins. Dans ce pays, une petite fille a plus de chance de mourir au cours de sa naissance que d’aller un jour au collège.

Youphil: Quelles sont les zones les plus difficiles?

J.C.: Tout dépend quels indicateurs on envisage. On considère que le Nord Bahr el-Ghazal, une région du nord-ouest du pays, est l’état le plus pauvre du pays. Son économie est basée principalement sur l’agriculture, la plupart de ses habitants sont illettrés.

Les états du Warab, de Jonglei, d’Unité et des Lacs sont les zones où les conflits sont concentrés pour le moment. Une pression économique forte frappe les habitants de ces régions; comme les camions ne passent plus, les prix ont été multipliés par trois sur les marchés.

Quant à la crise sanitaire, elle frappe sans distinction tout le pays.

 

Youphil: C’est une région qui sort de vingt ans de guerre civile. Quelle répercussion humanitaire peut avoir le retour des Sud-Soudanais chez eux?

J.C.: Depuis les accords de paix de 2005, des milliers de déplacés reviennent du nord du Soudan ou des pays voisins. [Ce mouvement s’amplifie depuis le référendum de janvier selon l’ONU]. Comme le pays est encore en proie à des conflits, ces retours sont encore très dangereux.

Sur le plan humanitaire, ces déplacements de populations s’accompagnent forcément de besoins en eau, en nourriture, en soins…

Youphil: En terme de santé publique, quels sont les défis pour le nouveau gouvernement?

J.C.: Le premier budget pour le Sud-Soudan semi-autonome a été adopté en 2007. Le ministère de la Santé et les fonctionnaires qui s’y rattachent n’existent que depuis 2008-2009. C’est très récent. Alors oui, des structures médicales ont été construites, on voit une évolution très positive de ce point de vue. Mais il faut bien se rendre compte que le Sud-Soudan n’est pas un pays en reconstruction, mais un pays en construction!

Le problème majeur réside dans le manque de ressources humaines qualifiées. Dans les structures de soin qui existent actuellement, seules 30% des personnes sont formées. Le gouvernement a récemment déclaré qu’il faudrait au moins vingt ans pour avoir le personnel nécessaire.

Youphil: Quelles sont les maladies et les urgences auxquelles vous devez faire face?

J.C.: On a des maladies normalement bénignes, comme la rougeole, qui pourraient être éradiquées par des campagnes de vaccination, qui tuent encore. Depuis fin 2009, la leishmaniose viscérale, connue aussi sous le nom de kala-azar, sévit dans le pays. Si elle n’est pas prise en charge, c’est une maladie qui a un taux de mortalité de 100%. On connaît actuellement une épidémie dans les zones de conflit.

Par ailleurs, on rentre dans la période de soudure, qui correspond aux pics de malnutrition.

Youphil: A MSF, comment voyez-vous l’évolution de votre présence?

J.C. : Nous sommes présents dans le pays depuis vingt ans. Cinq sections sont opérationnelles et le nombre de projets a été développé ces deux dernières années. Pour l’instant, c’est impensable de partir.

> Regardez une vidéo présentant l'action de MSF au Sud-Soudan:

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer