Calais, symbole de l'Europe forteresse
Le Danois Carsten Snejbjerg a reçu le Grand prix CARE du reportage humanitaire, au festival Visa pour l’image de Perpignan. Il commente ses clichés pour Youphil.
Spécialiste mondiale de l'entrepreneuriat social, Pamela Hartigan explique pourquoi les entrepreneurs sociaux peuvent construire un capitalisme durable.
Depuis une quinzaine d’années, le concept de l’entrepreneuriat social occupe les esprits et suscite l’intérêt des responsables des secteurs publics, privés ou sociaux. Les entrepreneurs sociaux existent depuis que les communautés humaines ont vu le jour, mais l’éclairage actuel sur la pratique entrepreneuriale appliquée au changement social est certainement nouveau.
Ceci est dû en partie aux défaillances des Etats, des marchés et des organisations à but non lucratif qui peinent à inventer des solutions durables et à grande échelle, susceptibles de relever des défis sociétaux de plus en plus complexes.
Il est certain, par ailleurs, que l’intérêt croissant pour ce sujet est nourri par les histoires individuelles d’entrepreneurs sociaux, ayant lutté contre vents et marées pour mener à bien leur vision. Leur trajectoire et leur charisme fascinent, devenant par là même des emblèmes de l’inventivité et de la générosité de l’être humain.
Pour comprendre à quel point ces individus et leur quête peuvent inspirer, il suffit de regarder ce que Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix, a réussi à transformer ; en créant la Grameen Bank et en faisant accepter l’idée selon laquelle les plus pauvres méritent qu’on leur prête de l’argent.
Entrepreneurs avant tout, ils relèvent en permanence les contradictions du système capitaliste. C’est parce qu’ils sont en quelque sorte “déraisonnables” et qu’ils ont cette âme pionnière, qu’ils peuvent réaliser des transformations sociales et environnementales souvent radicales.
Il est intéressant, dans ce contexte, de rappeler la réflexion sur les fondements du développement économique de l’économiste Schumpeter qui, dans les années 1930, a mis en avant la figure de l’entrepreneur, dont “la fonction est de réformer ou de révolutionner le modèle de production”. Pour lui, les entrepreneurs se concentrent sur des besoins nouveaux, contrairement aux managers des grands groupes ou aux fonctionnaires qui restent sur leurs acquis.
La clé pour un capitalisme durable est de chercher à obtenir des bénéfices raisonnables et non pas de maximiser les bénéfices. Le système actuel ne fonctionne plus, nous devons le repenser de fond en comble, et la crise économique nous force à faire exactement cela.
Les entrepreneurs sociaux peuvent aider à trouver le bon chemin. Ils ont compris que les problèmes de l'inégalité économique et sociale sont trop complexes pour être laissés entre les mains d’un seul secteur, qu’il soit privé, public ou associatif.
Ils savent que les problèmes auxquels nous faisons face actuellement ont surgi précisément à cause de notre monde divisé - où les sphères qui produisent de la richesse financière sont séparées du reste de notre vie quotidienne et de nos valeurs humaines.
Les entrepreneurs sociaux sont des révolutionnaires, mais ce sont des révolutionnaires pragmatiques, qui croient en la dynamique des marchés. Ils sont portés par de réelles valeurs, conjuguant à la fois le développement économique, social et environnemental de façon durable – l’argent et les gains restant un moyen et non une fin en soi.
Mais seuls, ils ne peuvent pas changer le monde. Leurs efforts doivent être étroitement associés avec le secteur privé, les gouvernements et les organismes de la société civile. Leur rôle est d’allumer le feu de la transformation sociale. Cette flamme doit être consolidée par ceux qui comprennent l’esprit d'entreprise social et qui croient en ce qu'elle peut réaliser - avec l'aide de tous.
Commentaires
Occasion historique de transformation sociale!
A noter aussi l'occasion qu'"offre" la crise actuelle à des salariés dont l'entreprise aurait fermé ses portes de se constituer en Société coopérative de production (Scop) pour reprendre leur entreprise. Et devenir à leur tour des entrepreneurs sociaux.
A l’heure où les défaillances d’entreprises (redressement ou en liquidation judiciaire) croissent de manière inquiétante (selon les dernières statistiques de l’Insee, le chiffre a bondi de 17,2 % au troisième trimestre 2008), il s'agit là d'une possibilité historique de d'élargir l'entrepreneuriat social.