
Youphil: Pourquoi lancer l’année européenne du bénévolat et du volontariat en 2011? Comment la décision a-t-elle été prise?
Susana Szabo: En 2001, les Nations Unies avaient lancé l’année internationale du bénévolat. Depuis 2007, nous avons oeuvré pour que 2011 soit l’année européenne du bénévolat et du volontariat. Cela nous permet de faire un bilan des progrès qui ont été accomplis entre 2001 et 2011. Mais nous avons eu de nombreuses difficultés.
Youphil: Quelles ont été ces difficultés?
S.S.: La première est que le bénévolat n’a pas de base légale dans les traités européens. Il est mentionné sporadiquement pour ce qui concerne les associations sportives, mais cette section n’a même pas de base légale. En réalité, l’intitulé de cette année est: "année européenne des activités des volontariats pour la promotion de la citoyenneté civile". La citoyenneté civile est la seule notion à avoir une base juridique. Mais c’était trop long, alors tout le monde s’est entendu pour raccourcir ce titre.
Ensuite, avec les élections européennes, il y a eu de nombreux retards. Mais nous avons eu le soutien d'institutions, comme le comité des régions ou même le comité économique et social. On peut dire que cette année a été le fruit d’une grande coopération des différents réseaux européens. C'est la première fois pour une année européenne!
Youphil: Quels sont les objectifs?
S.S.: Il y en a quatre. Le premier est d’œuvrer pour la mise en place d’un cadre légal propice au bénévolat et au volontariat dans l’Union europeénne. En effet, en fonction des pays, la législation n’est pas la même. En France, on s’est battus pour qu’on utilise les deux termes, mais dans le monde anglosaxon, il n’y a pas de différence. Et dans certains pays, il n’y a même pas de statut.
Un autre objectif est de donner les moyens d’agir aux organisations de promotion de l’engagement et d’améliorer la qualité des formes d’engagement. Le troisième est de récompenser et de reconnaître les activités de bénévolat et de volontariat. Enfin, le but est de sensibiliser l’opinion publique à la valeur et à l’importance de ces formes d’engagement.
Youphil: Concrètement, quels types d’actions vont être mises en place?
S.S.: Concrètement, à l'Alliance, nous avons une centaine de personnes qui sont réparties en six groupes de travail. Ils se penchent sur le cadre légal du bénévolat et du volontariat en fonction des pays et comment harmoniser cela, mais aussi sur l’amélioration de la qualité du bénévolat, sur la reconnaissance des bénévoles, sur les conditions, sur les infrastructures et sur le bénévolat de compétence. Le but est de sortir un livre blanc, au niveau européen, sur le bénévolat à la fin de l’année.
Au-delà de ces groupes, on va organiser des conférences thématiques pour faire avancer les débats.
Une tente va aussi tourner dans toute l’Europe. Elle sera à Paris du 14 au 20 avril sur le parvis de l’Hôtel de ville. Il s’agit d’un espace de rencontres où les associations présentent leurs activités et où le tissu associatif européen est mis en valeur.
Youphil: Quels sont les enjeux pour les associations?
S.S.: Le bénévolat fait parti du tissu même du secteur associatif. Il y a quelques années, une campagne du Conférence Permanente des Coordinations Associatives disait: "Que serait la vie sans association?" Maintenant, on pose: "Que serait la vie sans bénévole?"
Cette année européenne va donner une certaine visibilité aux bénévoles. Cela va nous permettre d’améliorer l’image de ces personnes, qui colle souvent à celle de bons petits scouts. Il faut mettre en avant le fait qu'elles participent activement aux enjeux de la société.
Ensuite, cette année européenne va nous permettre de développer des collaborations entre des groupes qui n’en avaient pas l’habitude. Par exemple, les scouts n’ont jamais travaillé avec France Bénévolat. De nouveaux partenariats pourront se mettre en place de manière plus transversale.
L’autre bénéfice est que cela va ouvrir une fenêtre vers d’autres associations européennes. Les associations vont pouvoir rencontrer d’autres réseaux. Le côté international est souvent négligé dans le secteur. De bonnes pratiques pourront être échangées.
Youphil: On parle beaucoup de e-volontariat. Qu’est-ce-que c’est? Est-ce-que vous allez en faire la promotion?
S.S.: Je ne suis pas une experte en e-volontariat. Mais je sais que cela marche très bien en Espagne. Ces "cyber-volontarios", comme on les appelle, aident à distance certaines personnes. Ils apportent un soutien aux associations, au public, en utilisant les outils de communication. Beaucoup de personnes handicapées qui ne peuvent pas se déplacer ou des jeunes qui font leurs études sont par exemple des e-volontaires.
Des associations espagnoles nous ont demandé de participer à certains projets, mais nous, nous sommes saturés et nous manquons d'expertise. Nous avons essayé d’identifier des associations françaises qui pourraient le faire, mais nous n’en avons pas vraiment trouver. Nous avons du retard à ce niveau que nous devrons rattraper.











