A quoi servent les rapports d'activité des ONG?

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Ces outils de communication sont devenus indispensables pour séduire les bailleurs.

"Tout est détaillé dans notre rapport d'activité". Voici une des phrases fétiches des associations interpellées sur l'efficacité de leur action au moment de dresser un premier bilan, un an après le séisme en Haïti. Mais à quoi servent vraiment ces rapports d'activité?

Plus professionnelles, les associations sont également devenues plus contrôlées ces dernières années. Tandis qu'elles assument des fonctions sociales de plus en plus importantes, elles doivent dans le même temps rassurer les bailleurs et les donateurs dont dépendent leur survie.

Par ailleurs, elles font face à des critiques régulières sur la mauvaise gestion financière ou leurs frais de fonctionnement trop élevés. Récemment, c'est le Parisien qui a déclenché une salve à l'encontre de l'association de lutte contre le sida Aides, jugeant les salaires de ses dirigeants trop généreux. Incitées à être plus transparentes sur leur fonctionnement, les associations accordent plus d'attention à leur rapport d'activité.

Une obligation morale, pas légale

Ce rapport, qui n'est pas obligatoire d'un point de vue légal (sauf pour les fonds de dotation) est, dans les faits, publié chaque année par la plupart des associations.“Il s'agit d'un seul document synthétique, qui doit donner une vision de l'ensemble des questions qu'on peut se poser sur une association, explique Cyrille Cohas-Bogey, directeur du Comité de la Charte, organisme de contrôle des organisations qui font appel à la générosité. C'est un outil de base pour les bailleurs, qui doit pouvoir être envoyé sans frais à tous ceux qui en font la demande”. “Ce n'est pas censé être un exercice de style, ni un pamphlet publicitaire”, complète André Hochberg, président de France Générosités, syndicat professionnel des organismes faisant appel à la générosité.

Concrètement, entre une organisation qui possède un millier de salariés et 58.000 bénévoles comme les Restos du Coeur et une petite association de solidarité locale qui compte trois personnes, un rapport d'activité sera plus ou moins long, plus ou moins précis, plus ou moins bien rédigé. Par exemple, le rapport 2010 des Restos du coeur comporte deux parties (capture d'écran ci-dessous), près de 45 pages, une mise en page aussi travaillée que celle d'un magazine, avec de grandes photos.

En clair, il n'y a pas de règles pour rédiger un rapport d'activité. Voilà pourquoi le Comité de la Charte a mis en place un document de recommandations (que vous pouvez télécharger ici en PDF) dans lequel vous trouverez quelques indications pour rédiger un rapport d'activité.

Ce dernier doit notamment:

> décrire le projet associatif

> donner les événements clés de l'année et des indicateurs chiffrés

> expliquer l'activité de l'année

> la gouvernance

> les ressources humaines

> et contenir le rapport financier

Un rapport des activités... qui ont râté

D'autres ONG ont eu l'idée, comme Ingénieurs sans frontières, d'introduire dans leur rapport d'activité un chapitre consacré... à leurs échecs rencontrés sur le terrain. Une démarche audacieuse, et suivie par trop peu d'ONG. Le rapport d'activité reste en effet avant tout un moyen de communication, parfois un outil pour remercier les donateurs et accessoirement une manière d'informer les journalistes.

Toutes les associations doivent rendre des comptes, mais celles qui ont plus de moyens doivent les faire certifier par un Commissaire au Compte. “Les organisations qui collectent plus de 153.000 euros de dons par an ont l'obligation de fournir un tableau synthétique qui reprend la totalité des missions sociales et des ressources”, détaille Gwenaëlle Dufour, directrice juridique et fiscale de France Générosités.

Depuis cette année, les associations doivent recourir à une nouvelle présentation plus claire des comptes. Chaque association pourra par exemple mieux déterminer ce qui doit être compris dans les frais de fonctionnement, dans les frais de siège, etc.

Le web, nouvelle caisse de résonnance

Si ces rapports d'activité sont un document de référence pour les bailleurs de fonds, ils constituent également un outil de communication très utile pour les associations. Avec Internet, ils bénéficient d'une nouvelle diffusion. La Fondation de France propose par exemple sur son site des vidéos qui détaillent son rapport d'activité. “Sur le web, nous pouvons être plus pédagogiques, en mettant par exemple à disposition nos rapports d'activité toute l'année”, commente Agnès Lamoureux, directrice de la communication.

Ces documents, censés être des rapports de référence, ne sont pas suffisants pour les bailleurs, qui exigent souvent des rapports préliminaires, intermédiaires et finaux pour les projets qu'ils financent. “On passe notre temps à faire des rapports sous prétexte d'évaluer des projets et de rendre compte de ce qu'on fait”, s'énerve Julien Bartoletti, chargé de mission à Médecins sans Frontières (MSF), qui estime avoir rédigé des centaines de rapports dans sa carrière passée au sein de plusieurs ONG. Une exigence de transparence qui comporte le risque, bureaucratie oblige, de ralentir la mise en place des actions sur le terrain.

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer