Vénus Beauté version solidaire

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Lucia Iraci a lancé il y a un an, le premier "salon de beauté social" de France. Nous republions son portrait.

"Féministe mais pas à moustaches!" La formule, piquante, en dit long sur celle qui se définit ainsi. Lucia Iraci, coiffeuse pour dames, manie à la perfection le ciseau et le français, qui est pourtant sa langue d’adoption. De la Sicile, qu’elle a quittée à l’âge de seize ans dans des circonstances familiales douloureuses, cette petite femme très mince a gardé un accent charmeur et cette élégance si italienne.

Enfin, quitte à tomber dans les poncifs liés à la nature latine, disons d’emblée que cette femme a un caractère bien trempé, "révolté" même, annonce-t-elle avec un regard qui ne permet pas d’en douter. Ce qui n’empêche pas la coquetterie, comme le prouve ce refus souriant de donner son âge.

Dans son salon chic du VIe arrondissement de Paris, les fauteuils en cuir accueillent toute la semaine les clientes du quartier, dans l’ensemble relativement aisées. Mais un lundi par mois, ce sont d’autres femmes, plus cabossées, aux parcours moins favorisés, qui viennent observer avec appréhension leur image dans les grands miroirs brillants. "Ces femmes sont brisées", commente sobrement Lucia, qui a décidé de leur ouvrir ses portes il y a plus d’un an après s’être rendue plusieurs mois à leur rencontre dans les quartiers.

Chômeuses de longue durée, victimes de violences conjugales… Pas question de leur demander leur histoire une fois franchie la porte du salon. "Parfois elles me racontent des petites choses, parfois rien, confie Lucia. L’idée, c’est de leur donner un moment où elles déposent leurs bagages, très lourds, pour s’amuser et dire pleins de bêtises." Les services sociaux et des associations comme l’Armée du Salut ou Force Femmes leur font connaître le salon.

Un nid à bénévoles

Ce lundi matin d’octobre, elles arrivent au compte-goutte, les traits fatigués, le regard apeuré en découvrant le petit monde de Lucia: des clientes "classiques" désireuses d’aider cette petite entreprise, un maquilleur, une shampouineuse et une poignée de journalistes.

En l’espace de deux heures pourtant, leur méfiance s'est envolée. Les mains expertes révèlent le galbe des pommettes et rendent une coupe aux cheveux abîmés. Des échanges s’instaurent, d’une futilité parfaite. "Moi, j’ai l’habitude de mettre du nacré", ose l’une d’elles en découvrant ses lèvres peintes en rouge carmin. "La couleur, ça rehausse votre teint", lui répond le maquilleur professionnel David Biard qui livre avec enthousiasme ses petits secrets.

Son implication bénévole, il l’explique ainsi: "Ce qui m’intéresse c’est le réel et dans ces femmes on trouve beaucoup de réalité". Comme Brigitte ou Marie-Claude, de passage au salon ce jour-là, il a découvert en lisant les journaux l’action de Joséphine pour la beauté des femmes, l’association que Lucia a créée en 2006 et qui a reçu le prix Mandadori 2010 (en pdf). Séduit par l’idée d’aider les autres en utilisant son savoir-faire, il a installé depuis quelques mois ses fards à paupières et ses crayons à lèvres dans le salon de beauté. Il va bientôt les déménager, car, au grand dam de ceux qui ne verraient que frivolité dans l’action de Lucia, un lieu entièrement dédié à ces femmes va voir le jour.

Le "Salon Solidaire Joséphine" bientôt ouvert

Lucia Iraci inaugurera en effet en mars le premier "salon social" français, destiné à ces femmes en souffrance. Cinq jours sur sept, l’association accueillera ainsi celles qui le souhaitent dans 120 mètres carrés. Comme Salhea, 50 ans, qui s’y rendra, "c’est sûr", au risque d’en ressortir comme la première fois qu’elle a quitté le salon de Lucia: "en larmes".

Quatre salariées et quatre bénévoles offriront aux plus démunies des soins de maquillage, de coiffure et d’esthétique. Un vestiaire sera également mis à la disposition des femmes ayant besoin de tenues pour un entretien d’embauche et des rédactrices mode prodigueront leurs conseils à celles qui le désirent.

Avec ce Salon Solidaire Joséphine, le rêve de Lucia -accessoirement Chevalier de la Légion d'honneur depuis 2009- se réalise, en partie grâce au soutien d’un certain nombre de partenaires (des entreprises comme Meetic ou L’Oréal, des fondations mais aussi l’Hôtel de Ville et la mairie du XVIIIe). La phrase du poète Pierre Reverdy "L’éthique est l’esthétique du dedans", semble avoir trouvé son incarnation.

Un grand merci à la photographe Diane Grimonet qui a eu la gentillesse de nous permettre d'utiliser ses photos.

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