10:10, l'événement écolo politiquement correct

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Ce dimanche a lieu une journée d'action pour le climat, moins de deux mois avant le sommet de Cancùn. Une très forte mobilisation est attendue à l'échelle mondiale. Mais pour quels engagements?

"La plus grande journée de mobilisation politique de l'histoire". C'est ainsi que CNN avait qualifié la journée d'action instaurée par 350.org l'année dernière. 4000 événements avaient eu lieu dans 170 pays.

Ce dimanche 10 octobre, on attend bien plus de monde encore, pour cette deuxième édition de la journée d'action pour le climat. "Un nouveau type de mobilisation!, veut croire Evandro Oliveira, coordinateur de la campagne de 350.org en Europe. Ce chiffre fait référence aux 350 ppm (parties par million), le taux maximal de CO2 acceptable dans l'atmosphère.

Les militants sont mobilisés sur la toile: Evandro compte 300.000 supporters, un chiffre basé sur le nombre de fans sur Facebook, d'abonnés à la newsletter, ou de followers sur Twitter.

Sur le site de l'événement, une carte interactive répertorie toutes les actions, et propose à l'internaute de publier des photos ou encore de créer lui-même un événement.

Ainsi, on peut voir que des étudiants se mobiliseront à Kaboul, qu'un grand atelier de vélo sera mis en place à Auckland en Nouvelle Zélande ou encore que des arbres seront plantés à Aarhus, au Danemark.

Une campagne de communication mondiale

7014 événements devraient avoir lieu dans 188 pays. Concerts, flashmobs géantes, photos partagées sur les réseaux sociaux... L'objectif affiché est d'inciter chacun à réduire volontairement ses émissions de gaz à effet de serre de 10% d'ici à 2010. 

"Nous voulons réunir le plus de monde possible", annonce Dorothée Martin, chargée de la collaboration de 10:10  [un nom choisi en référence à la date de l'événement, le 10 octobre, NDLR] avec les entreprises en France.

Mais encore? Evandro Oliveira veut, lui, "réclamer un accord aux hommes politiques."Sur le reste, il est un peu plus flou: pas de date butoir, pas de précisions sur la mise en pratique. Un accord, quel qu'il soit.

Apolitique

En fait, cette campagne est avant tout un plaidoyer visant à sensibiliser l'opinion publique à la lutte contre le réchauffement climatique: "Ce n'est pas à nous de voir dans le détail, poursuit Evandro. Nous avons plus de 500 ONG partenaires. Elles, elles proposent concrètement." Difficile, pour autant, de réunir des ONG si différentes autour d'une même stratégie politique.

N., un militant altermondialiste au sein d'une ONG, préfère garder l'anonymat. Il enrage: "on sort complètement de tout contexte politique. C'est très bien, ironise-t-il, moi aussi je voudrais que le racisme disparaisse, ainsi que la pauvreté. On ne peut pas faire croire que c'est apolitique et écarter la question du 'comment' de manière générale. Ce n'est que de la com' pour faire la com': des gens qui sont la pour être sur la photo, mais il n'y a aucun travail de fond".

En France, l'événement, organisé par GoodPlanet, la fondation de Yann Arthus-Bertrand, mobilise même les entreprises. Ce vendredi 8 octobre avait lieu, par exemple, une conférence Medef/10:10, où les entreprises expliquaient à quoi elles s'engageaient en signant ce partenariat. Dorothée Martin résume: "Nous sommes très exigeants. Nous établissons un bilan carbone avec l'entreprise, puis elle s'engage à diminuer de 10% par an leurs émissions."

Greenwashing

N., lui, n'est pas du même avis. Il y a selon lui "un risque de greenwashing" dans la mesure où "des acteurs peuvent se faire passer pour des écolos grâce à un petit logo".

Pas de caractère contraignant, en effet: les entreprises établissent elles-mêmes leur bilan carbone initial, et suivent son évolution. Il n'y a pas d'autorité indépendante pour vérifier. "Nous ne pouvons pas les surveiller, on doit présupposer qu'elles seront honnêtes" concède Katie Griggs, coordinatrice de la campagne 10:10 en Allemagne. A-t-elle, parfois, des doutes sur la sincérité des partenaires? "Oui", admet-elle, gênée.

Même si ce n'est pas affiché clairement, on se rend compte que des groupes accusés de nuire au développement durable dans des pays pauvres peuvent tout à fait être présents sur la liste des partenaires, dans la mesure où seul leur impact sur le territoire français est pris en compte.

"Cela dé-responsabilise les gens de manière générale, et apaise les conscience à bas prix, mais c'est complètement creux, s'attriste N. C'est un peu la consommation de l'engagement: tu cliques, tu sors prendre la photo, et c'est bon", résume-t-il. 

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