Des initiatives israéliennes et palestiniennes en faveur de la paix

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Les négociations de paix directes entre Israéliens et Palestiniens s'ouvrent ce jeudi 2 septembre.

A l’occasion de la réouverture des négociations de paix directes entre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le 2 septembre 2010 à Washington, Solenn Assathiany, présidente de FFIPP France (Faculty For Israeli-Palestinian Peace) présente des initiatives de réconciliation. FFIPP est un réseau d'étudiants et d'universitaires né aux Etats-Unis et importé en France en 2007, qui souhaite sensibiliser à la "réalité du conflit israélo-palestinien sur la base du respect du droit international et des résolutions des Nations Unies".

Youphil: Selon vous, ces négociations directes peuvent-elles aboutir à un accord de paix?

Solenn Assathiany: Nous souhaitons un accord de paix qui soit juste. Or, sur le terrain, la grande crainte des Palestiniens est la signature d’un accord de paix qui normaliserait l’occupation.

Quand on est sur place, on sent un certain relâchement des tensions en Cisjordanie – pas à Gaza- mais ce n’est qu’illusoire, la situation n’est en rien réglée. Cela fait peur aux Palestiniens parce que s’ils acceptent cet état de fait, il n’y aura pas de résolution à leurs yeux.

Mais il est probable que les conditions posées par les Israéliens, comme les Palestiniens, pour l'aboutissement de ces négociations ne soient pas remplies.

Youphil: Sur le terrain, des actions conjointes entre Israéliens et Palestiniens sont-elles possibles aujourd’hui?

Solenn Assathiany: Oui, elles existent. J’en ai quelques-unes en tête, comme "Combattants for peace". Ils organisent régulièrement des rencontres entre d’anciens soldats israéliens et des Palestiniens pour faire tomber les barrières entre eux et favoriser le dialogue. On constate souvent que lorsqu’on va dans des camps de réfugiés, un Israélien n’est qu’un soldat. Ces rencontres leur montrent le contraire.

Je pense aussi à "Other Voice". Toutes les semaines, "Other Voice" organise des conversations téléphoniques entre des Israéliens de Sdérot (ville longtemps touchée par des roquettes tirées depuis la bande de Gaza, ndlr) et des Palestiniens de Gaza.

L'AIC rassemble aussi des Israéliens et des Palestiniens qui travaillent pour produire une information alternative à ce qui est donné par les principaux médias locaux.

Ou encore, le Palestine Israel journal a été créé au moment des accords d'Oslo (accord de paix signé en 1993, ndlr), dans une démarche de dialogue pour aboutir à une solution démocratique et juste. Cette organisation rassemble des académiques, des journalistes, des activistes, des membres d'ONG israéliens et palestiniens qui publient des articles pour apporter une analyse pointue sur la complexité de la situation.

Au-delà de la résolution politique du conflit, il faudra que le processus de paix s’engage aussi sur le terrain, comme le font ces organisations. Plus il y aura d’ignorance de l’autre, moins cela marchera.

Youphil: Que voulez-vous dire?

Solenn Assathiany: Avec la construction du mur, les checkpoints... depuis plusieurs années, il y a une réelle fermeture et une ignorance de l'autre. Cela apporte une difficulté supplémentaire au vivre ensemble. Tant que cela sera comme ça, il y aura de plus en plus de préjugés et de peur vis-à-vis de l'autre.

Youphil: Ce genre d'initiatives conjointes est-il fréquent?

Solenn Assathiany: On observe plus fréquemment des organisations israéliennes et palestiniennes qui poursuivent les mêmes objectifs: l'application et le respect des droits de l'Homme, la volonté de créer les conditions pour une paix juste. Cela passe soit par une solution à deux Etats, soit un Etat dans lequel Israéliens, Palestiniens et Palestiniens d'Israël auraient les mêmes droits et devoirs.

Tous les organisations qui sont nos partenaires (nous en avons une quarantaine au total, en Israël et en Palestine) travaillent en ce sens. Nous travaillons d'ailleurs uniquement avec des organisations qui se rattachent à ces objectifs de paix et de fin de l'occupation. C'est aussi ce qui nous permet d'avoir des partenaires des deux côtés.

Youphil: Concrètement, comment FFIPP agit-il pour la paix?

Solenn Assathiany: Nous n'intervenons en rien dans les négociations! Notre objectif est de sensibiliser la communauté internationale et les universitaires sur la situation.

Pour cela, nous avons deux grands types d’activités. Tout d’abord les "tournées conférences" sur différents campus européens. Cela consiste à faire venir des intervenants israéliens et palestiniens pour discuter de thématiques transversales au conflit. Par exemple, le partage des ressources d’eau, la microfinance dans les territoires palestiniens pour rendre l’économie viable… On intervient donc dans les universités soit sous forme de conférences, soit sous forme d’ateliers.

Notre programme de stages au Proche-Orient est l’autre activité phare. Nous recrutons une quarantaine d’étudiants internationaux qui partent pendant un mois en Israël-Palestine. Sur place, ils ont une semaine d’orientation où ils rencontrent des journalistes, analystes, universitaires… Ils visitent également des camps de réfugiés et éventuellement des colonies.

Ensuite, pendant trois à quatre semaines, ils sont stagiaires volontaires dans des organisations partenaires, israéliennes et palestiniennes, comme l’ICADH à Jérusalem ou l’AIC, notamment. Ils sont alors en immersion et découvrent le quotidien du conflit: les checkpoints, le Mur… Enfin, nous avons également des démarches annexes de sensibilisation: expositions photos, projections…

On ne s’affiche pas comme une organisation pro-israélienne ou pro-palestinienne. On milite pour une résolution juste du conflit incluant le droit au retour des réfugiés palestiniens, une reconnaissance multilatérale d’Israël, le retour aux frontières de 1967, le partage de Jérusalem… Nous abordons le conflit avec pour prisme le droit international. Nous n’appelons pas à manifester car il est important pour nous de travailler avec les Israéliens et les Palestiniens.

Notre démarche est essentiellement éducative et porte sur du long terme. Les étudiants que nous recrutons en France sont à l’université ou à Sciences Po. Ce sont de futurs leaders. Certains seront diplomates, d’autres membres du gouvernement, d’autres encore travailleront dans des ONG. Il est important de les confronter à la réalité.

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Crédit photo: Julie Schneider

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