La capoeira, sport de l'espoir à Damas

En Syrie, une ONG offre des cours de capoeira à de jeunes réfugiés irakiens. Reportage.

Il est trois heures, un après-midi d'été à Damas, dans le quartier chrétien de la vieille ville. Une bande de jeunes réfugiés irakiens déboulent dans une salle, située dans les sous-sols d’une église orthodoxe.

C'est là que deux fois par semaine, ils se retrouvent pour leur entraînement de capoeira. La plupart ont entre 13 et 20 ans, ils sont arrivés en Syrie après le début de la guerre en Irak en 2003. Comme la majorité des réfugiés irakiens à Damas, ils habitent dans le quartier de Germana.

Les filles, maquillées et cheveux colorés, en jeans et tee-shirts moulants, rigolent entre elles. De leur côté, les garçons chahutent. Ils portent de faux tee-shirts de marque ou des maillots de foot, ont des coupes de cheveux à la mode. L’un d’entre eux a son oreillette de portable fixée a l’oreille.

Pourtant, quand Bira, le maître, leur demande de s’asseoir en cercle, ils s’exécutent sans broncher. Avant de reprendre avec lui les refrains des chants brésiliens de capoeira, puis de se porter volontaires pour jouer du berimbo (instrument à corde), du pandeiro (tambourin) et de l’atabaque (tambour).

Un sport non-violent

La capoeira est un sport afro-brésilien qui mélange musique, danse, acrobaties et combats ritualisés. C'est un sport non-violent et il n’y a, en réalité, pas de combats, pas de coups, pas de vainqueurs ou de perdants.

"La Capoeira vient d’Afrique, c'est un instrument de résistance mais aussi l’apprentissage du respect des autres, et une méthode d’intégration sociale," explique Bira.

Ces cours sont mis en place par l'organisation syrienne CapoeirArab, fondée en aout 2007. L'organisation propose aussi des cours de capoeira pour les enfants des camps de réfugiés palestiniens d'Al-Tanf, à la frontière entre l’Irak et la Syrie. Toutes les deux semaines pendant près de six mois, l’équipe se rend dans le camp pour le week-end.

"C’est un désert, il n’y avait rien là-bas, rien à faire, les enfants restaient enfermés dans les tentes, se souvient Moussa, qui pratique la capoeira depuis douze ans et a participé au projet. Au début, seuls quelques enfants prenaient part aux activités, les autres étaient trop timides et restaient dans leur coin."

Patrizia Giffoni, une psychologue qui a participé au projet, estime que la capoeira a eu un “immense impact” sur les enfants d’Al-Tanf. "Certains enfants avaient de sérieux symptômes: cauchemars, repli sur eux-mêmes, etc."

Selon les familles, "ces symptômes se sont atténués de manière drastique à partir du moment où les enfants ont commencé la capoeira, constate-t-elle. Ce sport aide les enfants à exprimer leur colère et leur frustration en douceur," ajoute-t-elle.

"À la fin, ils participaient tous, les parents venaient regarder, et les enfants nous suppliaient de rester plus longtemps," raconte Moussa.

Passionnés, les ados irakiens le sont aussi. À Damas, dans la petite église orthodoxe, ils jouent le jeu. D’eux-mêmes, les élèves reprennent les mouvements deux par deux et appellent les professeurs pour qu’ils les regardent.

"C'est un bon moyen de libérer son énergie, dit Valentina, 17 ans, qui pratique la capoeira depuis un an. Et puis les mouvements acrobatiques, c'est vraiment cool", ajoute Ziko, le plus jeune. Ils connaissent les noms des mouvements et apprennent les paroles des chansons en portugais.

Une langue universelle

"La capoeira est une langue universelle. Je ne parle pas arabe. Mais ils me suivent sur les mouvements, les rythmes, et les chants. C'est vraiment un échange culturel, estime Bira. Ce sport marche bien ici, parce que les gens aiment le Brésil. Le foot, la samba, ça leur plait. C'est un avantage parce que du coup ils sont plus ouverts," ajoute-t-il.

Soutenue par l'Unicef, l'Unrwa, l'Unhcr ainsi que l'Ambassade du Brésil en Syrie, l'ONG souhaite se développer dans d’autres parties du monde, et continuer à travailler avec des enfants défavorisés ou réfugiés. "C'est un modèle qui est flexible, qui peut s’exporter, au Liban, en Palestine, au Kenya, et ailleurs", conclut Ummul Choudhury, directrice du développement de l’organisation.

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Lutte mimée et dansée, la capoeira s’attache à développer des valeurs de respect de l’autre et de non-violence.