Pourquoi veulent-ils devenir enfants soldats ?

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A Nairobi, rencontre avec des enfants soldats.

 

Kibera, zone sous-urbaine de la capitale kenyane. Plus précisément à la frontière avec la vraie ville, en face du célèbre Royal Nairobi Golf Course, symbole de la modernité culturelle locale.

A cette heure de la journée, comme chaque fin d’après-midi, la route draine vers le terrain vert les meilleures fortunes du pays. Mais sur les trottoirs de Ngong Road, ce sont des petits garçons, quelques fillettes, et un jeune homme qui s’amusent à lancer quelques mots provocants aux passants. Ils crient, en swahili : « Nous sommes des guerriers. Nous aurons votre peau. »

Contre qui sont-ils en colère ? J’approche. Le grand garçon est «KO», comme ils disent, terrassé par les effets de la colle prise, dit-on, pour calmer la faim. Mais aussi par habitude…

A Kibera donc, ils n’ont pas encore d’armes, mais déjà, de petits chefs de guerre aux yeux sanguinolents. L’année dernière, ils ont terriblement souffert des violences postélectorales. Mais ce n’est pas comme au Congo avec ses enfants soldats, les Kadogo.

Dans les zones qui n’ont pas encore connu les vraies sales guerres, celles qui durent des années, celles des femmes éventrées et du supplice du collier par dizaines de milliers, le childsoldier demeure un héros des récits urbains et de cinéma.

Mais surtout, il faut dire que l’enfer n’est pas loin à Kibera. Tout le monde, même les enfants, tout le monde veut se barrer de là. Personne ne veut rester terré dans ces ruelles impraticables où vieillards malades et enfants affamés se disputent un morceau de carton pour juste « poser la tête». Alors, tant qu’il est encore temps, partir ailleurs quel qu’en soit le prix. Se réfugier dans tout ce qui leur permettrait de ne pas «mourir assis». «Ne pas finir comme des chiens», «comme nos vieux», disent- ils…. Ils n’ont pas encore les armes, mais la guerre du ventre est déjà féroce.

A ce moment, je pense immédiatement aux vrais Kadogo que je viens de laisser sur les bords du Tanganyika, plus loin à l’est... Au Burundi et au Congo, les armes à leur portée de main, et terriblement faim. Là où la guerre est passée, les ex-Kadogo ne sont plus des personnages de télévision.

Ce sont des petits monstres, des êtres seuls, psychologiquement fragiles pour la majorité d’entre eux ; rejetés, craints et méprisés par leur communauté. Pour ces enfants, il n’y a pas plus cruel que la «guerre du ventre (…) quand les intestins font mal et remontent dans la tête pour réveiller les souvenirs », lance Kadogo Fiacre, un enfant soldat qui a combattu au Congo.

Comme beaucoup d’acteurs de terrain, je suis donc inquiet de voir des centaines de milliers d’enfants démobilisés et retirés des mains des chefs de guerre ces dernières années pour retourner immédiatement dans l’errance. Sans aucun accompagnement.

On est surpris pourtant par la simplicité de leur demande : revivre normalement, devenir autonomes, aller à l’école, ouvrir un petit commerce. Quoi qu'il en soit, ne plus retourner à la merci de leur communauté, puisqu’il s’agit de ça justement, dans nombre de cas…

 

Quelques liens pour en savoir plus :

Enfants soldats : rapport mondial 2008 (Coalition pour mettre fin à l'utilisation d'enfants soldats)

Unicef : «À la Journée universelle de l'enfant, l'accent est mis sur les effets de la guerre.»

Étude de l'ONU sur la violence contre les enfants

Child rights information network  

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Commentaires
guialel

Merci Edgar pour ce portrait qu'il me sera difficile d'oublier, si tu pouvais nous donner à l'avenir des nouvelles de cet ex-enfant soldat, ce serait fantastique.
A