Rayhana déterminée après son agression

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Rencontre avec l’auteure d'origine algérienne, réfugiée en France, victime d’une tentative d’immolation ratée.

Il y a deux semaines, j’ai reçu un message du Manifeste des Libertés, m’invitant à me rendre à la Maison des Métallos (Paris, XIème) vendredi 15 janvier pour assister à la soirée co-organisée avec Pluri Elles Algérie: une pièce de théâtre soutenue par ces associations; suivrait un débat avec l’auteure, Rayhana et son équipe.

Personne n’avait imaginé que nous nous retrouverions jeudi 14 janvier à une conférence de presse: Rayhana venait de se faire sauvagement agresser alors qu’elle se rendait à la représentation de sa pièce, aspergée d’essence puis une cigarette jetée sur son visage. La barbarie à Paris. Sur Facebook, l’information s’était répandue en quelques heures.

Arrivée à la maison des Métallos, je croise quelques visages connus d’associations laïques et féministes.

Rayhana, entourée du directeur de la Maison des Métallos et du metteur en scène s’installe pour donner cette conférence de presse. Rayhana a le regard étonné mais grave. Etonnée, car sans doute pas habituée à être assaillie par les caméras et les micros. Grave car les circonstances sont dramatiques, même si l’enquête n’a pas encore déterminé si les agresseurs sont des individus isolés ou un réseau intégriste organisé.

Pourtant, Rayhana se plie à l’exercice mais ne plie pas. Elle raconte d’abord son agression puis répond aux questions: "Non, je n’ai pas peur pour moi, mais parfois pour mes proches, en Algérie", "non je n’ai jamais pensé à la peur en écrivant ce texte", "oui je suis une militante féministe", "oui, j’ai écrit ce texte qui pourrait se passer partout ailleurs, en Espagne où les violences faites aux femmes sont la première cause de mortalité, mes personnages s’appellent Samia … elles pourraient tout aussi bien s’appeler Françoise", "oui la Maison des Métallos est située non loin d’un hammam et d’une salle de prière réputée intégriste, mais je n’ai jamais eu de problème dans le quartier", "oui, j’ai déjà subi une agression verbale de la part de 2 barbus en sortant de chez moi 'mécréante, putain, on sait bien qui tu es!', mais si j’avais porté plainte, je n’avais pas voulu rendre cette agression publique". "Cette pièce c’est l’histoire de la résistance des femmes aux violences, les femmes résistent depuis si longtemps que c’est presque inscrit dans les gênes!".

Après la conférence, nous la rejoignons pour boire un café ensemble: lorsque je lui présente le soutien des réseaux féministes, Rayhana m’étreint, les larmes aux yeux. "Je n’allais pas faire comme les femmes battues, me cacher, me taire", ajoute-t-elle. Et nous sortons fumer dehors, trop de pression. "Tu as lu l’article dans El Watan?", demande-t-elle, "et les critiques? Beaucoup disent que ce n’est pas bon de fumer"*… "C’est l’humour algérien, dit-elle en éclatant de rire, j’en suis sûre!".

Il fait froid. Une amie l’enveloppe de son châle.  Ses grands yeux couleur noisette brillent. Rayhana a décidé, avec son équipe, de continuer jusqu’au bout les représentations de sa pièce.

* La pièce qu'a écrite Rayhana s'intitule "A mon âge, je me cache encore pour fumer", tous les renseignements ici

Un rassemblement est prévu devant la Maison des Métallos samedi 16 janvier à 17h30 en soutien à Rayhana.

>>> Voir notre dossier sur les femmes engagées:

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