Forum de l'eau: la révolte des altermondialistes

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Un enjeu, deux forums. A Marseille, le Forum mondial de l’eau et le Forum alternatif se livrent une guerre médiatique. Récit.

De nos envoyés spéciaux à Marseille.


Nez-rouge sur le nez, trois jeunes militants se lèvent et crient, en anglais: "L’eau n’appartient pas aux multinationales" au milieu de l’assistance d’experts, un brin bousculés. Si ce happening, qui a eu lieu au cours d’une conférence sur l’implication des acteurs privés et public dans les services d’eau a rapidement été calmée, il n’empêche: elle est révélatrice du débat houleux qui se trame autour de l’eau.

"L’eau, c’est la vie". Au Forum mondial de l’eau, qui se tient à Marseille du 12 au 17 mars, les milliers d’experts, politiques et organisations s’accordent sur le constat. Un engagement intéressé, pour les organisateurs du Forum mondial alternatif, qui se tient en parallèle.

"Le simple fait que le président du Forum mondial de l’eau soit le président de la Société des eaux Marseille (filiale de Veolia) est significatif", s’indigne Emmanuel Poilane, le directeur de France Libertés, à 20 Minutes.

Mercredi, les "alter" ont commencé à donner de la voix en organisant une manifestation sur les marches de la gare Saint-Charles pour protester contre les grands barrages.

Parmi eux, Ronack Monabay, militant aux Amis de la terre, fustige: "On prétend que ces barrages sont construits pour donner l'électricité aux populations, ce qui est rarement le cas, car la plupart du temps ils répondent aux intérêts commerciaux et financiers des constructeurs, et des industries aux abord des barrages, qui veulent de l'électricité bon marché."

ONG et Forum mondial de l’eau: y aller ou pas?

Mais pour ces militants, pas question de se rendre au Forum officiel: cela reviendrait, selon eux, à cautionner un cadre qu’ils ne trouvent pas légitime, or de tout processus officiel. Certes, Ban Ki-Moon a enregistré un message pour la cérémonie d’ouverture du Forum, afin de saluer cet événement qui oeuvrait pour la poursuite des Objectifs du millénaire pour le développement. Mais l’évènement n’est pas du tout intégré à un processus onusien.

D’ailleurs, les ONG présentes à cette grande rencontre des acteurs publics et privés de l’eau ne sont pas les plus activistes. Le WWF, par exemple, est connu pour ses partenariats - moyennant finance - avec les entreprises. Certaines organisations de la société civile ont privilégié une présence en mode "espions": accrédités au nom d’un média obscur, ils viennent distribuer des tracts aux dizaines de journalistes venus du monde entier, et présents en salle de presse. D’autres ONG refusent de trancher: elles se rendront aux deux forums, l’officiel et l’alternatif.

Un accord ministériel

Il faut dire que pour le Forum "officiel" offre, pour le moment en tout cas, plus de visibilité. C’est là que les politiques commencent à prendre des engagements. Lundi 12 mars, François Fillon a ainsi déclaré que la France donnerait 40 millions d’euros pour favoriser l’accès à l’eau en Afrique. Le lendemain, le ministre chargé de la coopération Henri de Raincourt a annoncé que 130 pays s’étaient mis d’accord sur une déclaration commune afin d’accélérer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Un texte de 32 points non contraignant donc, mais une avancée quand même. "C’est un texte d’équilibre qui ne répond pas forcément à 100% des demandes de chacun, concède Henri de Raincourt, mais le jour où tout sera appliqué, on pourra arroser cela".


Seule ombre à la photo de famille, tous ne sont pas d’accord avec cette déclaration. A l’image de la Bolivie, qui a d’emblée envoyé un communiqué par la voix de son ministre de l’Eau et de l’Environnement. "Sur le fond, s’est indigné Felipe Quispe au cours d’une conférence de presse improvisée, cette déclaration prétend que l’investissement privé peut garantir le droit à l’eau, ce qui oriente le débat vers une privatisation des systèmes d’eau. Or cette privatisation des services d’eau et d’assainissement a échoué en Bolivie car l’objectif de donner un accès à l’eau n’a pas été respecté."

Le ministre estime ne pas avoir été entendu lorsqu’il a suggéré d’approfondir la notion de droit humain à l’eau. Selon lui, d’autres pays, comme l’Equateur, auraient exprimé leur désaccord en coulisses, sans toutefois en faire part officiellement.

Des voix discordantes qui pourraient se faire entendre un peu plus encore alors que le Forum alternatif doit ouvrir ce mercredi 14.

>Retrouvez toute l'actu du 6e Forum mondial de l'eau.

Photo: Flickr, 6World Water Forum.

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