Israël/Palestine: les entrepreneurs, acteurs de la paix?

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Pour Denis Jacquet, président de l’association Parrainer la croissance, des solutions économiques peuvent faire avancer le conflit entre Israël et la Palestine.

J’ai eu l’occasion, il y a quelques temps, de me rendre en Israël et dans les territoires palestiniens. Sur place, les propos des uns et des autres m’ont poussé à dresser le constat suivant: les populations sont lassées de leurs représentants politiques, qu’elles jugent "irresponsables", "déconnectés" et "aveugles". La majorité des Israéliens souhaitent en effet vivre en paix avec les Palestiniens et stopper les colonisations. L’ambassade de France, via son conseiller économique, a ainsi estimé que le PIB de la Palestine augmenterait de plus de 6,8 milliards de dollars si le conflit s’achevait. Sans même évoquer l’impact positif sur l’économie israélienne.

En attendant, les entrepreneurs avancent, se parlent, coopèrent. Leurs armes sont économiques. Le patronat israélien, lui aussi, ronge son frein, sachant qu’une plus grande ouverture et la fin d’un conflit pourrait dynamiser l’économie du pays, dont une partie fait entendre sa voix face à l’augmentation du coût de la vie, notamment sur la question de l’immobilier.

A Jérusalem, Erel Margalit, qui vivait il y a quelques années encore à New York, a bâti un incubateur exceptionnel, JVP. Cinq à sept entreprises à la fois, dotées chacune d’un million de dollars au moins, dont 400.000 dollars donnés par l’état israélien au total. Dans les cinq dernières années, plusieurs introductions en bourse d’entreprises (IPO) valorisées à plus de 300 millions de dollars ont couronné cet incubateur qui dès lors croule sous la demande de start-up plus performantes les unes que les autres.

A Ramallah, Ahmed el Farrah et ses amis ont monté une association (Pita) destinée à aider les entreprises technologiques. Toutes les pépites palestiniennes - plus de 500 - y sont inscrites. Et la prochaine étape, avec Parrainer la Croissance, sera de constituer une chaîne vertueuse, afin de développer des entreprises performantes… à partir d’idées.

De l’idée au concept. Un programme de trois mois permet, sur la base d’une aide financière de 50.000 dollars par projet, de voir quelles idées ont une chance de se transformer en entreprise fructueuse. A l’issue d’une sélection, environ quatre entrepreneurs reçoivent une aide pour développer leur société.

Du concept à la start-up. La seconde étape permet de valider le concept et le développement de la maquette du produit ou service qui sera testé chez des "clients pilote". Là aussi, un financement adapté est disponible, en mixant l’aide de l’état, des entrepreneurs et des investisseurs en capital risque. La Jordanie a été exemplaire sur ces deux premières étapes.

Financement de la start-up. Une fois que le concept est validé, on finance (capital risque et business angels) la société (de 200.000 à 500.000 dollars) afin qu’elle puisse prendre son envol et se développer au niveau national et international (une étape plus complexe pour les Palestiniens).

Parfois, les entrepreneurs - Israéliens et Palestiniens - échangent. Car les technologies n’ont ni religion, ni frontières. Ainsi des coopérations, échanges, co-investissements se mettent en place afin de donner plus de force à ces technologies ou services qui ont une utilité pour tous. C’est cette coopération qu’il faut pousser et médiatiser, même si les Palestiniens tiennent à montrer qu’ils peuvent réussir seuls comme l’ont fait certains groupes, à l’image de ceux qui ont bâti Padico ou Paltel, le plus gros opérateur télécom Palestinien.

Le développement des nouvelles technologies est donc plus qu’un enjeu économique, il détient les ressorts d’une dynamique sociétale qui pourrait faire oublier, espérons-le, les différences pour se focaliser sur les points communs. Un outil parmi d’autres pour construire la paix.

Crédit photo: UN Photo/Shareef Sarhan.

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer