Dans la famille des philanthropes, je choisis…

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Une étude de BNP Paribas identifie neuf familles de grands donateurs.

Quand on veut faire le portrait du grand donateur type, il est facile de tomber sur des lieux communs: riche (plus ou moins), débiteur envers un système qui l’a fait riche (plus ou moins débiteur) et anxieux de trouver du sens sur le plan personnel (pour lui ou ses proches).

Or, aucun philanthrope ne ressemble à un autre et c’est probablement encore plus vrai en Europe qu’aux Etats-Unis. C’est un entrepreneur prospère qui devient l’avocat vibrant et convainquant du don d’organes, ce sont des héritiers qui racontent comment ils ont refusé de se répartir la fortune du grand-père et ont fait pot commun pour créer une belle fondation qu’ils pensent confier à leurs enfants, ou encore la fille d’entrepreneurs refusant la voie tracée par ses études en école de commerce et qui outre une fondation, crée une entreprise bio et éthique.

Qu’il y a-t-il d’exceptionnel dans tout cela, peut-on se demander. Pour un philanthrope éclairé, combien de personnes qui ont accompli des choses exceptionnelles pour le bien commun avec beaucoup moins de cartes en mains?

Prise de risques

Ce qui est toujours fascinant, c’est de constater, rencontre après rencontre, qu’avant d’être "de riches donateurs", ce sont avant tout des hommes et des femmes avec les mêmes exigences de vérité et de sens, avec des blessures personnelles souvent et une obsession de changer les choses. Rien de plus faux en réalité dans l’expression "donateur désintéressé". Par essence, le grand philanthrope est passionné et intéressé. C’est finalement une personne qui prend des risques: par la responsabilité dans la durée qu’elle  prend envers des gens plus démunis, par l’exposition de ses ressources au grand jour, par sa réputation qu’elle va devoir gérer, par le regard que pourraient poser ses enfants sur une activité non comprise qui grignoterait une partie de la fortune familiale…

Les banques privées et les consultants spécialisés ont progressivement saisi l’opportunité d’accompagner ces clients exigeants dans leurs "placements philanthropiques".

Le manque d’études sur ces clients particuliers en Europe a poussé récemment la BNP Paribas Wealth Management à s’entretenir avec 63 d’entre eux sur leurs motivations.

Constant attendu: le philanthrope européen est différent du philanthrope anglo-saxon, américain en particulier. Pour le premier, la dimension personnelle et spirituelle, ainsi que la motivation familiale et la transmission de valeurs sont centrales, pour le second, donner est une affirmation de sa réussite professionnelle et un élément clé de sa vie sociale.

Neuf profils de philanthropes

De manière plus surprenante, l’étude confiée par la BNP à Jérôme Kohler, directeur de l’Initiative philanthropique et à Marx Abeles, directeur d’études à l’EHESS* dessine les traits de neuf profils de philanthropes: le croyant, l’humaniste, l’activiste, l’héritier, le passionné, le "venture philanthropist" ou investisseur philanthropique, le "self-made man", le mondain et le "réseauteur" (ces deux derniers étant pratiquement absents en Europe). Les composantes ayant servi à bâtir la typologie, à savoir les motivations, les valeurs et les comportements des personnes interrogées, semblent pertinentes et opérationnelles.  Si ces profils laissent entrevoir principalement des hommes, il est intéressant de noter que 50% des philanthropes de moins de 50 ans seraient des femmes…

On peut toujours s’interroger sur la représentativité du panel, les philanthropes rencontrés en face à face provenant essentiellement de pays du Sud de l’Europe (France, Espagne, Italie) ou de pays à forte tradition catholique (les mêmes, plus la Belgique). Une étude complémentaire serait prévue sur d’autres pays.

De la même façon, ce panel prend peu en compte la génération montante des philanthropes, celle des 45-55 ans,  probablement plus imprégnée de la culture anglo-saxonne du don "efficace".

A l’heure où les grandes associations, les universités ou les centres de recherche créent des postes de relations avec les grands donateurs, souvent dans l’urgence en raison des coupures nettes des subventions publiques ou des nouvelles exigences de financement, il serait intéressant de savoir si elle arriveront à obtenir l'aide de ces philanthropes aux profils si différents.

* Auteur de Les Nouveaux Riches, Odile Jacob, 2002

Angela de Santiago est présidente de Youphil

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer