Haïti: qui va toucher le pactole?
Après l’émission d’appel aux dons "Hope for Haïti", une première enveloppe de 35 millions de dollars va être répartie entre six ONG.
Les Quichuas équatoriens redécouvrent leur culture grâce… aux touristes. Nous avons testé pour vous deux agences de tourisme communautaire.
Pour défendre leur identité ou résister contre des projets miniers, deux organisations, Runa Tupari et Ricancie, ouvrent leurs communautés aux étrangers. Par le tourisme communautaire, elles mettent en relation les autochtones avec les voyageurs. Une initiative courante dans un pays qui compte près de 200 agences du même genre d’après le quotidien Hoy.
A Otavalo, au Nord de Quito, l’agence Runa Tupari est située sur la place des Ponchos, un marché où sont vendus des textiles réputés et courtisés des vacanciers. Fausto Gualsaqui, l’administrateur, propose, photos à l’appui, des randonnées de plusieurs jours menant au sommet de volcans ou encore des visites d’ateliers. Dans des vitrines trônent des produits bios estampillés de la marque gérée par l’agence: Mikuy.
Le bureau est bien plus modeste à Tena, à cinq heures de route au Sud de la capitale, aux portes de l’Amazonie. Chez Ricancie, pas d’objets à vendre, les photos des tours proposés sont jaunies par l’humidité. L’offre allie ici aussi aventure et culture: randonnées dans la jungle, promenades en pirogues ou participation à une cérémonie chamanique.
Runa Tupari a accueilli 1127 touristes en 2007, profitant indirectement à 610 familles réparties sur 5 communautés. Le travail de Ricancie bénéficie lui à 9 communautés, comptant près de 300 familles. Cette dernière a reçu 982 touristes l’an passé.
"Ici, les cultures sont petites et font difficilement vivre les familles. Le tourisme est donc une aide additionnelle non négligeable", explique le gérant de Runa Tupari, Christian Garzon.
Il soutient que les familles accueillant les étrangers gagnent en moyenne 120 à 150 dollars par mois (entre 81,5 et 102 euros). Une source de revenus importante quand on sait que le salaire minimum équatorien officiel est de 148 euros par mois. 39℅ des bénéfices sont reversés aux familles accueillant les voyageurs, 3℅ à la communauté. L’agence s’octroie seulement 13 ℅ des gains, le reste allant aux frais de communication, transports, aux commissions des tours operators…
A Tunibamba, petit village à flanc de montagnes, à une demi-heure de piste d’Otavalo, Mercedes gagne 8 dollars par touriste hébergé et par nuit. Suffisant, selon elle, pour abandonner son métier de femme de ménage à Quito.
Pourtant, elle et son mari ont fortement investi. La grande cuisine dont elle rêvait et la chambre de sa petite fille attendront. A la place, ils ont aménagé une grande chambre pour ses hôtes avec salle de bains et WC privatifs alors que sa petite famille dort dans une même pièce, les toilettes à l’extérieur.
Pour Bjornar Hallset, l’argent revenant aux familles n’est pas suffisant. "Volontaire" norvégien dans une pépinière dépendant de l’organisation mère de Ricancie, l’UNORCAC (Union des organisations des agriculteurs de Cotacachi), il a aidé sa logeuse à faire ses comptes : "Sur les 20 dollars que nous payons à Ricancie, il ne lui reste plus grand-chose. Si on soustrait le coût de notre nourriture, l’eau chaude et l’achat d’eau purifiée, elle ne gagne que 50 centimes par personne et par nuit."
A Ricancie 75% des bénéfices sont directement reversés aux communautés, qui devront prendre en charge la restauration des bâtiments dédiés aux touristes.
Cesar Cerda, le gérant de Ricancie, dit gagner 250 dollars mensuels (170 euros). En tant que guide Roberto Alvarado gagne 6 dollars (4 euros) par jour alors que son travail est rémunéré 20 dollars (13,50 euros) à la communauté. Il accompagne les étrangers seulement 3 à 4 jours par mois. Comme avec Runa Tupari, les guides travaillent à tour de rôle afin qu’un maximum de personnes puissent profiter du tourisme. Pas de doute pour Roberto, la venue de vacanciers est une chance : "Nous pouvons envoyer nos enfants faire des études."
Dans la jungle, les touristes ne dormiront pas chez l’habitant mais un peu à l’écart de la communauté dans de hautes huttes de bois sur pilotis de deux étages respectant l’architecture traditionnelle. Sans électricité, avec des salles de bains collectives, le confort est plus rudimentaire. Les membres de la communauté se passent le relais pour préparer les chambres, cuisiner les repas… Même le chamane est mis à contribution. Les étrangers peuvent assister à des cérémonies.
La participation des Indiens amazoniens au tourisme communautaire a des contreparties. Les participants au programme doivent limiter leurs cultures à la seule consommation familiale, le déboisement est interdit et aucun projet minier ne peut être accepté sur ces terres.
"Ricancie est né en 1990, pour résister aux projets mettant en péril notre forêt. Des villages avoisinants ont accepté la venue de prospecteurs. Nous, non", affirme avec fierté Cesar Cerda. Il poursuit : "Pour nous, la nature est tout: elle nous donne la vie, nous nourrit et nous soigne."
Tous les habitants de la forêt connaissent les plantes et leurs vertus médicinales. Un savoir partagé avec les voyageurs. Dans l’Amazonie, à cinq heures du matin, certains touristes se lèvent pour boire une sorte de maté vitalisant. Cette culture, un moment perdue, a été redécouverte.
Dans les Andes, Mercedes est toujours vêtue de sa chemise blanche aux motifs fleuris et porte à ses pieds des sandales de tissu comme toutes les habitantes du village. Il n’en a pas toujours été ainsi.
Elle raconte: "Je ne portais pas l’habit traditionnel, pas tous les jours, mais comme ça plaît aux touristes aujourd’hui j’ai totalement abandonné les vêtements occidentaux. Je n’ai plus qu’un pantalon !" Mercedes pense que les étrangers la respectent bien plus que les Equatoriens : "Ils nous méprisent. Les touristes, eux, aiment nos traditions." "Nous étions en train de perdre notre culture et nous ne nous sommes réveillés que récemment", complète son mari.
De l’Amazonie aux montagnes andines tous les acteurs du tourisme communautaire se défendent de développer une culture artificielle, folklorique. Les deux agences argumentent en démontrant que les groupes de touristes ne peuvent excéder une dizaine de personnes pour ainsi préserver l’intimité des Indiens.
Nos hôtes, Mercedes et Milton, tentent eux d’enseigner le Quichua à leur fille Pacha, ainsi nommée en référence à la Pachamama, la Terre-Mère.
C mignon
voxrromorum