Syndicats et ONG: une compétition de façade

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Aux côtés des syndicats, qui manifestent aujourd’hui, les ONG sont, elles aussi, devenues des interlocuteurs privilégiés par les entreprises. De là à concurrencer les organisations syndicales?

On entend, ça et là, que les ONG et les syndicats seraient deux types d’organisations de nature "concurrentes" dans leur relation à l’entreprise. A l’origine de cette supposée rivalité, l’émergence des questions liées à la responsabilité sociale des entreprises (RSE), et l’idée, assez répandue, selon laquelle les syndicats ne seraient plus représentatifs de grand-chose.

Certes, les ONG ont, depuis une petite dizaine d’années, vu leur influence et leur crédibilité augmenter aux yeux du public, des entreprises et des pouvoirs publics (notamment via la Directive Reach, le Grenelle de l’Environnement, la Directive sur les émissions de CO2 en Europe, et surtout la multiplication des partenariats avec les entreprises).

Il est aussi vrai que les syndicats ont été jusqu’alors peu présents sur les grandes réflexions et les enjeux de définition de la RSE.

Des salariés défendus par… des ONG

Chez Wal-Mart, la défense des salariés est organisée par Human Rights Watch, une ONG de défense des droits de l’Homme. Des liens se tissent entre ces deux univers: Nicole Notat, ancienne patronne de la CFDT, analyse ainsi son activité chez la société d’audit en responsabilité sociale Vigeo comme le prolongement de son activité syndicale. 

Une manière de dire qu’un syndicat est limité dans sa capacité à influer sur les politiques des entreprises? En clair, doit-on voir dans ces signes une forme de résignation ou d’affaiblissement du modèle syndical? Je ne le crois pas. Chez Gaz de France par exemple, la relation aux ONG se fait en concertation avec les syndicats.

Concurrence ou coopération?

Les situations sont en fait très différentes selon les cultures  d’entreprise et la place qu’occupent réellement les représentants des salariés. Sur la question des droits humains fondamentaux et de la protection des salariés des entreprises dans les pays émergents, par exemple, les ONG et les syndicats peuvent voir leur champ de travail se recouper, voire entrer en concurrence.

Mais il est également vrai qu’ils peuvent aussi mutualiser leur force, notamment lors de grands rendez vous comme le Forum Social Mondial au cours desquels ils peuvent tisser des liens, adopter des positions communes et décider d’actions à mener de concert.

Partenaires plus que contradicteurs

Si, de leur côté, les entreprises ont eu tendance ces dernières années à favoriser les collaborations avec les ONG plutôt qu’avec les syndicats "maison", c’est aussi parce que la mondialisation est passée par là.

Comment, en effet, demander à un syndicat avec lequel on est généralement dans une relation de négociation de vous aider à mieux informer les salariés sur la prévention du VIH sida dans une unité de production d’une de vos filiales en Afrique? A-t-il le savoir-faire nécessaire? La capacité, le mandat? Pas sûr. Et pourtant, c’est un sujet au cœur de la gestion des ressources humaines en Afrique.

Sur cette question, les entreprises ont trouvé des interlocuteurs différents, plus partenaires que contradicteurs et souvent aussi plus pragmatiques: les ONG. Les résultats de ces collaborations sont loin d’être mauvais. Pour preuve, les progrès effectués dans le cadre de la lutte contre le VIH par Lafarge, grâce aux conseils de l’ONG CARE.

Les groupes qui travaillent sur la question de la relation entre ONG et syndicats ont toujours existé, mais ils se sont renforcés ces derniers mois ; dans les coalitions d’ONG françaises, mais aussi dans les plateformes internationales où se retrouvent syndicats (Confédération syndicale internationale), associations de juristes qui défendent la liberté syndicale (Justiça Global), et ONG de développement  et de défense des droits de l’Homme (FIDH, OXFAM, CCFD etc.)

Les bénéficiaires? Les salariés, les populations locales… mais aussi les entreprises

Pour les entreprises, et notamment les multinationales, construire un pont entre ces deux univers et ces deux types d’interlocuteurs n’est pas un réflexe naturel, mais il commence à surgir.
Ainsi, les portes ne sont pas fermées, il suffit parfois de les pousser! J’ai pu, par exemple, avoir cette discussion il y a quelques temps avec deux grands groupes français. Une fois à l’initiative de l’entreprise, l’autre fois à l’initiative d’une ONG!

L’enjeu, à mon sens, n’est donc pas d’opposer un type d’organisation à une autre, mais plutôt de comprendre comment faire avancer la prise en compte d’enjeux de RSE, ensemble, au bénéfice des salariés, mais aussi des populations locales et de l’entreprise.

Cet article a été publié la première fois en octobre 2009

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