Calais, symbole de l'Europe forteresse
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De retour à Bogotá, nous rencontrons une Française. Adeline Fournier veut enseigner l'entrepreneuriat social dans le pays.
Parlez de d’entrepreneuriat social à un Colombien : il y a de fortes chances pour que cela ne lui évoque rien. En Colombie, seule une université réservée à l'élite, Los Andes, parle de cette façon de concevoir l'entraide. L'entrepreneuriat social en est encore à ses balbutiements.
C’est le constat auquel s’est heurtée Adeline Fournier, ancienne étudiante de l’école de commerce ESSEC. En Colombie depuis trois ans, elle tente, tant bien que mal, de développer l’enseignement de cette toute jeune matière. Elle est depuis janvier professeure d’administration financière et d’entrepreneuriat à l'Universidad Central de Bogotá.
Son projet de recherche sur l’entrepreneuriat social et ses démarches pour trouver un emploi l’ont incitée à pousser quelques portes comme celles de la prestigieuse Universidad Nacional. "Ils avaient l’air étonnés et m’ont dit qu’eux traitaient de l’économie avec les communautés, ce qui n’est pas du tout la même chose ", raconte Adeline Fournier. Le terme même de "social" fait peur et est assimilé à la guérilla qui sévit depuis une quarantaine d’années dans le pays.
En Colombie, peu de documents dressent le portrait de l’économie sociale du pays. Au cours de ses recherches la jeune expatriée n'a trouvé qu'une étude datant de 2002: "réalisée pour toute l'Amérique Latine, elle met en avant le cas particulier de la Colombie comme le premier pays en nombre de fondations d'entreprises."
Adeline cite en exemple Corona, franchise vendant du matériel pour les salles de bains, pour les cuisines, ou de la vaisselle. La fondation de cette entreprise développe des projets concernant la santé, l’éducation ou encore contribue à améliorer la compétitivité des micro-entreprises. La liste pourrait s’allonger..."J'obtiens facilement des informations sur ce type d'engagement parce que ce sont les vitrines de bonne conduite des entreprises", explique-t-elle.
Pour la professeure, la faible pénétration de la notion d’entrepreneuriat social s’explique par les traditions culturelles du pays. "L’influence de la religion catholique joue. Il est encore souvent difficile pour les Colombiens d’envisager une forme d’aide allant au-delà du simple don, avec une vision sur le long terme."
L’entraide est souvent synonyme de charité. Dans une société inégalitaire, il est de bon ton, pour les femmes de bonnes familles, d’organiser des galas ou des dîners de bienfaisance.
Changer les habitudes n’est pas aisé. En cours, Adeline Fournier s’évertue encore à expliquer à ses élèves l’élargissement de la notion de "création de valeur" qui n’est plus seulement réduit à l’aspect pécuniaire mais peut aussi avoir des retombées sociales.
Des organisations internationales s’intéressent pourtant au développement de l’entrepreneuriat social comme l’ONG Ashoka, la fondation Schwab ou encore l'organisation AVINA travaillant uniquement en Amérique du sud.
Si parmi les entrepreneurs la conscience d'être "sociaux" est rare, elle n'est néanmoins pas inexistante. Par exemple, Albeiro Vargas développe des relations entre personnes âgées et enfants à l’aide d’activités artistiques, sportives, et en formant les uns à prendre soin des autres. Sa fondation (Albeiro Vargas et les Anges Gardiens) est en passe d'être financée par sa propre maison de retraite de luxe.
Adeline Fournier a bon espoir de voir l’entrepreneuriat social gagner du terrain. Le potentiel du pays est important. D'après le consortium de recherche académique, Global entrepreneurship Monitor, le taux de nouvelles activités entrepreneuriales positionne la Colombie comme l'un des trois premiers pays au monde en terme d'entrepreneuriat (PDF).
L’ouverture du pays et le récent développement du tourisme facilite les échanges d’expériences et accéléreront ainsi l'essor des entrepreneurs sociaux.
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Isabelle