Mon cher détenu…
Des centaines de Français correspondent avec des prisonniers qu’ils n’ont jamais rencontrés. Un moyen pour ces derniers de maintenir un lien avec l'extérieur.
Au Mali, le gouvernement a reculé sur sa réforme du code de la famille visant à instaurer l'égalité des sexes. Des manifestations géantes ont eu lieu dans la capitale.
Le dimanche n'est plus seulement un jour de mariage à Bamako. Depuis quelques semaines, des leaders d'associations laïques se réunissent dans les salons de thé de la capitale ici et là, s'activent, tentent de sauver le texte du nouveau code de la famille que les traditionalistes ont refusé. Ils se sentent seuls, et sans moyens.
"Nous avons tous été bluffés par l'ampleur des manifestations convoquées par les imams. Mais il faut continuer le combat", lit-on sur les tracts parvenus à Chemk'Africa. Rappelons ce qui a été l'un des moments sociaux et politiques majeurs du Mali contemporain.
"La femme doit rester la femme, l'homme doit rester l'homme". De mémoire de Bamakois, jamais la constestation d'une réforme n'avait autant mobilisé la foule dans la rue. En tous cas pas avec pareille virulence. Sans compter les manifestations dans les villes secondaires, ils auraient été, le 15 août dernier, près de 50 000 à marcher contre le texte-cadre qui propose pourtant de mettre la femme au même niveau que l'homme.
Alors que le Parlement venait d'adopter la réforme à une large majorité et n'attendait que la promulgation par le chef de l'Etat, le Haut Conseil islamique a ainsi réussi un coup de maître en montant la majorité des Maliens contre le nouveau code régissant la famille.
Il a ainsi rappelé que les religieux restaient puissants dans pays à 90% musulman, bien que la laïcité soit consacrée par la Constitution. Au cours des manifestations, les imams ont menacé de boycotter les députés qui ont "trahi Allah", de ne plus prier pour eux et leurs familles lors des multiples cérémonies qui exigent la présence du religieux. "La femme doit rester la femme, l'homme doit rester l'homme", "la culture occidentale est un péché", scandaient-ils en menaçant de "résister avec tous les moyens et toute l'énergie d'Allah".
A la présidence, où le "Code" est resté sur le bureau du chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré, l'ordre avait été donné de "temporiser", avant le fameux discours à la télévision qui n'annonçait rien d'autre que le retrait temporaire du texte.
La Fédération nationale des collectifs d'organisations féminines du Mali (Fenacof), défenseuse traditionnelle de la réforme, préfère rester discrète et propose de maintenir "l'unité nationale au-dessus de tout". Pour les observateurs, les musulmans conservateurs ont gagné, tout simplement.
"Puissance paternelle vs. autorité parentale". "Il s'agissait pourtant du minimum en matière de démocratie et de droits des femmes", me commentait, déçue, une étudiante malienne habitant Dakar. Dans la logique de partager les charges familiales entre l'homme et la femme, le texte adopte par exemple la notion "d'autorité parentale" en lieu et place de "puissance paternelle" qui en dit long sur la place de la femme dans la famille malienne.
En ce qui concerne le droit de succession, les enfants naturels, tout comme les filles, devraient être traités au même pied d'égalité que les garçons. Car d'après la coutume, une fille hérite de moitié moins que son frère.
L'âge du mariage est relevé à 18 ans -l'ancien code ne précisait rien- ce qui permettait des dérives comme des mariages à 13 ans, "et même moins", d'après des affirmations locales. Seuls les mariages célébrés devant l'officier d'état civils allaient par ailleurs être reconnus. Et au cas où le mari ne cohabitait pas de façon prolongée avec la femme, les nouvelles législations proposaient de reconnaître le droit au divorce en faveur de la femme.
Et à la grande satisfaction des associations pionnières, le législateur revient sur l'actuel devoir d’obéissance de la femme à l’égard de son époux consacré par les textes en vigueur. Il propose la notion de "respect mutuel entre les époux ".
Textes en vigueur non conformes aux traités internationaux. Par menaces, chantages et démonstrations de force, les adversaires du texte, rassemblés derrière le président du Haut conseil islamique Mahmoud Dicko, ont balayé les espoirs de nombreuses Maliennes, "cette majorité silencieuse qui n'en peut plus de crouler sous des traditions archaïques", précise une voix anonyme révoltée.
Le nouveau code avait été adopté le 3 août dernier par l’Assemblée nationale, après 10 ans de discussions; la question ayant toujours été au centre de divers enjeux de pouvoir et de conflits, entre rénovateurs et traditionalistes dans le pays.
Pour les porte-parole de la société civile, le vote des élus était également l'aboutissement de plusieurs années de plaidoyer associatif. Des lois en vigueur dénoncées fréquemment par les défenseurs des droits humains et sociaux de par leur non-conformité aux conventions et traités internationaux ratifiés par Bamako.
Déficit de pédagogie. Ici et là dans les médias locaux, dont l'attitude globale est toutefois jugée ambiguë par nombre d'analystes indépendants, l'échec annoncé de la réforme est imputé à un manque criant de pédagogie. Un chroniqueur de L'Autre Mali analyse "qu'il aurait fallu d'abord expliquer davantage en quoi l'homme et la femme sortent tous gagnants de ces nouvelles lois. Et non pas seulement scander que c'est pour se conformer à la modernité et à la démocratie".
Son confrère de l'Essor (journal gouvernemental) rappelle, lui, que le contexte n'a pas été favorable : "Nous vivons un moment où les Maliens se réfugient dans des supposées valeurs traditionnelles ou religieuses pour faire face à une mondialisation brutale, économique et culturelle (...)".
Modibo Keita, chercheur malien en sciences sociales à Grenoble contacté par mail, opine pour sa part: "Je ne suis pas convaincu que l'ensemble des défenseurs de ce texte nouveau comprennent eux-même le fondement des droits des femmes. Il manque encore fondamentalement une appropriation malienne de ces valeurs".
Le président Amadou Toumani Touré a promis d'expliquer, de consulter, de communiquer et de soumettre le texte à une deuxième lecture. Pour Modibo, sceptique mais résolument réformiste, "le débat et la nouvelle lecture risquent de se faire longtemps attendre". En attendant, ce sont des plaisantins qui colportent les rumeurs de opposants , souvent par lâcheté ou par ignorance.
Un journal rapporte les nombreuses interprétations fantaisistes, comme ce professeur d’enseignement secondaire qui se laisse aller à des amalgames en s'exclamant : "J’ai appris que le nouveau code aboutira au mariage homosexuel !"... A bientôt.
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laguepie