4 millions de Somaliens en otage et affamés

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Les gestionnaires de l’aide n’atteignent plus les populations à cause des violences. Des émissaires onusiens demandent aux puissances d’intervenir rapidement.

Comment sortir du bourbier somalien? Il a toujours été difficile de secourir cette partie de l’Afrique. Mais la rentrée 2009 s’annonce plus inquiétante pour les acteurs humanitaires de la corne et de l’est du continent.

Non seulement la sécheresse a fait croître de façon brutale le nombre de personnes ayant besoin d'une aide d’urgence, mais en plus les fonds sont de plus en plus rares. Même les plus optimistes désespèrent face à la logique guerrière des islamistes extrêmistes d’Al-Chabab. Il y a quelques jours, certains observateurs prédisaient un répit avec le mois du ramadan. Niet.

Au contraire, divers chefs miliciens, qui viennent par ailleurs de nouer une alliance contre l’ "ennemi pro-occidental" annoncent profiter du mois saint pour tenter de vaincre le gouvernement soutenu par la communauté internationale.

Le président Sharif Cheikh Ahmed, qui n’arrive pas à contrôler le pays malgré la présence de la force onusienne de maintien de la paix (ONUSOM), avait demandé une trêve pour permettre "aux croyants d’observer le jeûne". La réponse des parties adverses n’a été qu’une surenchère verbale.

Près 4 millions de Somaliens en otages. Pendant ce temps, les civils non armés sont pris en otage. Dans les provinces du centre et du sud de la Somalie, les gestionnaires de l’aide ne peuvent plus accéder aux populations. Près de 4 millions de personnes seraient menacées à la fois par les combats et par la sécheresse.

Cette crise survient dans un contexte déjà difficile pour l'aide humanitaire. Dans la région est de l'Afrique, l’insécurité alimentaire menace plus de 15 millions de personnes, notamment à cause de l'absence de pluie. Pourtant, "l’aide disponible dans cette région doit être répartie entre les différentes populations nécessiteuses", rappelle un responsable du Programme alimentaire mondial (PAM).

Extrême urgence humanitaire. La Somalie reste la principale source de préoccupation. Comme le rappelait la semaine dernière, à New York, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, "il existe, en plus de la catastrophe humanitaire qui se déroule sous nos yeux, des risques réels de déstabilisation de toute la région."

Les voix se sont élevées ces derniers jours pour demander "plus de présence auprès des Somaliens." Parfois avec une certaine incompréhension. "On parle de la Somalie quand il y a des pirates qui menacent les cargaisons ou quand il y a des otages occidentaux. Mais on a oublié, depuis longtemps, les Somaliens", a-t-on pu entendre.

En octobre dernier, un collectif d’une quarantaine d’ONG avait déjà tiré la sonnette d'alarme sur leurs difficultés à secourir les civils prisonniers dans le centre et le sud du pays.

À l’époque, elles demandaient aux parties belligérantes et aux puissances en présence dans la région de tout faire pour assurer - voire imposer - le respect du droit humanitaire, la fin de l’impunité et du recrutement des enfants.

A présent, elles estiment que la situation a empiré, et craignent "le pire si la communauté internationale ne change pas de stratégie." 

La communauté internationale pourrait prendre des risques. Parmi les voix qui appellent au changement de stratégie internationale, celle du représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ahmedou Ould-Abdallah.

Ce diplomate mauritanien a notamment fait ses armes dans les Grands Lacs et en Côte d’Ivoire. Il vient de solliciter à New York l’autorisation d’aller lui-même au front, à Mogadiscio. Il a en effet demandé à ce que son bureau déménage de Nairobi à la capitale somalienne, pour être présent au plus près des populations.

"Le soutien de la communauté internationale et du Conseil de sécurité s’avère plus que jamais nécessaire pour stabiliser la Somalie", a-t-il déclaré devant le Conseil de Sécurité, soulignant qu’"il est désormais temps d’agir."

Mais, au siège onusien, les puissances ne semblent pas prêtes à se mouiller. Un observateur de la radio Voice of America spécialiste de la région de la corne de l’Afrique, résume la position des cinq puissances: "Ils sont prêts à donner quelques sous, à condamner des pays qui soutiennent les islamistes armés comme l’Erythrée. Mais aucun grand pays n’accepte d’aller sécuriser les zones civiles et les opérations humanitaires. Au Conseil de Sécurité, on refuse même que la Représentation spéciale des Nations Unies aille à Mogadiscio."

Incompréhension. Cette attitude de la diplomatie devient de plus en plus incompréhensible aux yeux des acteurs de terrain. Surtout que les puissances ne rechignent pas sur les moyens lorsqu’il s’agit de protéger les zones d’influence commerciale. Ould-Abdallah estime que "si le maintien d’une présence internationale au large des eaux somaliennes - comme l’opération Atalante de l’Union européenne - demeure indispensable pour lutter contre la piraterie, elle doit être accompagnée par la mise en place de services somaliens de sauvegarde maritime et d’une réflexion pour faire décliner le chômage des jeunes."

Un de ses proches conseillers aurait déclaré, selon le journal kenyan Daily Nation: "Si les Nations Unies et les grands pays n’ont pas le courage d’être présents aux côtés des populations somaliennes, aidons au moins ceux qui prennent des risques, notamment les humanitaires et les soldats de la mission africaine." A espérer que cet appel soit vite entendu. À bientôt.

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