Associations: des entreprises comme les autres?

Réflexion sur la professionnalisation des associations à l'occasion d'un colloque international à Paris.

Aujourd’hui, elles représentent environ 3,4 % du produit intérieur brut, 1 050 000 emplois et 15 millions de bénévoles.

Alors que les exigences de leurs partenaires se renforcent, il est convenu de penser que les associations répugnent à rationaliser leur gestion. Au cours des dernières décennies, la situation est devenue complexe.

Intrusion managériale

Au scepticisme vis-à-vis du management qui reste marqué dans certains contextes associatifs, s’est ajoutée une diffusion des techniques du management dans beaucoup d’associations.

Cette tendance peut s’expliquer par la fascination à l’égard de ces outils émanant d’une nouvelle génération de dirigeants.

Le problème posé est donc celui d’une tension entre deux groupes : le premier voit l’association uniquement à travers son projet et refuse toute intrusion managériale qui pourrait le détourner, le second perçoit l’association exclusivement à travers sa rationalisation gestionnaire et souhaite sortir de l’amateurisme pour accéder au professionnalisme. Le premier groupe expose l’association au risque de la marginalité, le second à celui de la technocratie.

Un fonctionnement plus démocratique qu’en entreprise

Entre ces deux positions extrêmes, l’enjeu est donc de mettre en oeuvre une approche de la gouvernance et du management qui soit en mesure de respecter les spécificités des associations.

Il s’agit de considérer que les associations ne sont pas des entreprises de seconde zone dont l’amateurisme handicape le fonctionnement. Au contraire, les associations sont des structures dont l’originalité doit être intégrée à la réflexion et à l’action.

Dans les entreprises, le système de gouvernance se voit assigner un objectif d’amélioration du processus d’efficience, tandis que la gouvernance associative se distingue par une conception dynamique de démocratisation des rapports internes qui s’explique par son statut.

A condition, toutefois, que ses responsables se donnent pour but d’améliorer la prise de parole des parties prenantes.

Professionnalisation : la fin de l’engagement?

Dans le cas contraire, le fonctionnement associatif se trouve confronté à une professionnalisation qui conduit à négliger avec le temps la dynamique sociale des engagements. En effet, les ressources humaines des associations s’appuient à la fois sur la gestion des salariés et celle des bénévoles.

La professionnalisation des salariés doit être suffisante pour autoriser le développement mais également limitée pour respecter les valeurs du projet et de l’implication des volontaires non salariés.

La gestion des associations doit aussi intégrer leur autre spécificité, à savoir le fait qu’elles puisent leurs ressources dans trois pôles de l’économie: une économie marchande par la vente de biens et services, une économie non marchande où elles reçoivent des contributions dans le cadre des revenus de transfert, une économie non monétaire où les apports viennent d’engagements volontaires et bénévoles.

Le drainage d’une partie des ressources marchandes est-il motivé par les objectifs sociaux ou sociopolitiques de l’association? A partir de quel type de régulation publique les ressources non marchandes sont-elles obtenues? Quelles sont les formes de bénévolat et d’engagement volontaire mobilisés?

Une grille d’analyse a été conçue pour intégrer ces éléments et mise en oeuvre dans des recherches regroupant sociologues, économistes et gestionnaires.

La méthode émanant d’un dialogue pluridisciplinaire mené dans la durée peut contribuer au débat sur un sujet qui suscite une attention grandissante au niveau international, celui de la gouvernance des associations.

La conférence internationale sur la gouvernance des associations aura lieu les 7 et 8 septembre au Conservatoire national des arts et métiers. Pour plus d'informations, cliquez ici.
Pour en savoir plus:

La gouvernance des associations. Sociologie, économie, gestion, dirigé par Christian Hoarau et Jean-Louis Laville, Toulouse, aux éditions Erès.
Voir aussi la collection « Solidarité et société » chez Desclée de Brouwer

Commentaires

Métamorphoses du monde associatif

malamy

@bob: pour en savoir plus sur les salariés du monde associatif, tu peux te reporter aux travaux de Mathieu Hély et plus spécifiquement à son ouvrage: " Les métamorphoses du monde associatif " - Edition : Puf - 2009 - Collection Lien social

les salariés des associations

je m'interroge sur le volet social de la gouvernance des associations, en France, concernant la gestion des salariés. Ceux-ci ont une place particulière et difficile à gérer parfois, tant dans le lien avec les dirigeants qu'avec les bénévoles.
Dans une période où l'on parle plus facilement du risque de surcharge mentale dans l'environnement de travail mais où l'on a encore du mal à cerner ce risque et à le prendre en compte, les associations me semblent y être encore moins sensibilisées que les entreprises. Le risque est-il supérieur dans le monde associatif pour les salariés ? Y a-t-il des travaux sur cette problématique ?