Consommer local : effet de mode ou changement durable ?

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Depuis le lundi 8 août 2016, selon le Global Footprint Network, nous vivons à crédit : c’est-à-dire que l’Homme a consommé en 8 mois l’ensemble des ressources que la Terre peut produire en une année.

Consommer local : effet de mode ou changement durable ?

 

Les sociétés occidentales prennent peu à peu conscience de l’urgence et de l’ampleur du danger. Cependant, pour le consommateur qui veut responsable, il est difficile de trouver des moyens d’agir concrets face à des problématiques complexes comme le changement climatique, l’exploitation des enfants chinois ou le chalutage en eaux profondes.

Parmi les plans d’action les plus simples à comprendre et à mettre en place : consommer local. Les mentalités ont déjà évolué : selon une étude Ethicity, 85% des consommateurs privilégient les produits locaux.

Mais cela ramène inévitablement  une question : acheter local, consommer local, ça veut dire quoi?

 

L’agriculture… Mais pas que !

L’expression « consommer local » évoque tout d’abord les changements alimentaires. Les nombreux scandales de ces dernières années (encéphalopathie spongiforme bovine ou « maladie de la vache folle », dioxine dans le poulet, présence de viande chevaline dans les lasagnes Findus ou les boulettes de viande Ikea…) ont incité le consommateur à se renseigner sur la provenance des aliments présents dans son assiette. Si consommer local n’est pas forcément une garantie de qualité, cela fait partie d’un mode de consommation plus sain : privilégier les produits de saison, et/ou issus de l’agriculture biologique, connaître les fermiers ou producteurs locaux…

Cependant, consommer local ne se limite pas à la nourriture. La France a en effet des atouts majeurs dans d’autres domaines : parmi eux, la préservation de ses savoir-faire, notamment textiles. Depuis les années 2000, la Chine a pris un ascendant considérable sur les autres pays dans la production de prêt-à-porter, suivie désormais par des nations comme l’Inde ou le Bangladesh. L’industrie textile française est en crise, la plupart des usines sont délocalisées, comme par exemple Lejaby en Tunisie. Les principales régions touchées sont celles de l’Alsace, du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie.

Pour enrayer cette chute, de nombreuses initiatives ont vu le jour, incitant les consommateurs à acheter des produits locaux. On peut par exemple citer France Terre Textile, qui met en avant le savoir-faire textile français tout en créant un label contrôlant que les vêtements manufacturés sont réellement « Made in France ». En effet, ce terme a tendance à être galvaudé par certaines marques qui n’effectuent qu’une étape de fabrication du vêtement (le tissage ou la teinture, par exemple) en France pour ainsi se prévaloir du terme Made in France.

Certaines marques comme Armor Lux ont d’ailleurs surfé sur cette vague : cette entreprise est devenue célèbre grâce à Arnaud Montebourg, qui avait posé fièrement à la une du Parisien en marinière pour inciter les consommateurs à acheter des produits locaux. Ironie de l’histoire : si les marinières Armor Lux, entreprise bretonne créée dans les années 30 à Quimper, sont effectivement fabriquées en France, il n’en est pas de même des nombreux autres produits de la marque. Manteaux, pantalons et jupes proviennent de Bulgarie, du Maroc ou de la Tunisie, et certaines pièces sont même fabriquées en Inde ou en Chine. 

 

Pourquoi les Français misent sur les produits locaux

La mise en place de labels permet de garantir au consommateur souhaitant acheter local que les produits sont effectivement fabriqués sur le sol français. Le conséquente immédiate d’une telle démarche est la sauvegarde des emplois des secteurs menacés, mais il existe bien d’autres avantages liés à l’achat de produits locaux.

Tout d’abord, si les entreprises sont françaises et localisées en France, elles paient également leurs impôts sur le territoire : les taxes sont donc distribuées à l’Etat français. Indirectement, l’Etat économise également du fait de la sauvegarde des emplois : en effet, les salariés cotisent, paient eux-mêmes des impôts, tandis que des employés laissés sur le carreau en cas de délocalisation représentent un coût supplémentaire, et indemnités de chômage par exemple.

Les Français désirent également consommer local pour des raisons plus patriotiques : dans un contexte de retour aux valeurs de la Nation (le drapeau tricolore n’est plus l’apanage des extrémistes, par exemple), les individus sont fiers de porter les couleurs de la France. Certaines marques jouent habilement sur ce sentiment de fierté patriotique, comme le Slip Français, qui décline tous ses modèles en bleu, blanc et rouge, tout en précisant bien que ses produits sont 100% fabriqués en France. 

La volonté de faire confiance aux produits locaux traduit également le sentiment de repli sur soi qui s’est instauré ces dernières années dans l’Hexagone. La mondialisation et l’élargissement européen, jadis perçus comme bénéfiques, avait déjà pris un sacré coup dans l’aile lorsque l’Union Européenne s’était ouverte aux pays d’Europe de l’Est : la population craignait une arrivée massive de main d’œuvre qualifiée et sous-payée qui allait faire exploser le chômage (on se souvient du célèbre « plombier polonais »). 

Si cette crainte était largement disproportionnée, les attentats tragiques ayant eu lieu ces dernières années sur le sol français ont accentué cette crainte de l’extérieur et cette volonté de repli : comme toute entité attaquée et malmenée, la société française se regroupe autour de ses valeurs d’égalité, de fraternité, de solidarité.

Consommer local devient, à cet égard, un véritable acte politique. 

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