Pourquoi je suis devenu médecin humanitaire

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"Se sentir utile". Dès les premiers mots le ton est donné. Dans Pourquoi je suis devenu médecin humanitaire[1], Rony Brauman, ex président de Médecins sans Frontières (MSF) revient sur son parcours et confie ses réflexions sur l’action humanitaire, qu'il qualifie de "politique du moindre mal".

Selon cette figure de proue de l’aide d’urgence, "les associations humanitaires ne peuvent et ne doivent pas devenir des acteurs des conflits". Et elles ne doivent pas non plus jouer aux "acteurs de paix", prévient Brauman.

Attiré par la radicalité

L'auteur revient sur son histoire familiale, sa naissance en Israël, son adolescence en France sur fond de guerre du Vietnam, et aussi, bien sûr, son engagement politique à partir de la fac de médecine.

D'abord tenté par l'anarchisme, il goûte ensuite à la gauche prolétarienne, attiré par sa "radicalité". Et avoue, non sans un brin de fierté, avoir mis le feu à La Bourse, en mai 68. Quand un de ses amis syndicalistes est abattu alors qu'il distribue des tracts, Brauman admet même songer au terrorisme. Avant de renoncer, "heureusement", à la violence.

Ruser avec les autorités

L’envie de travailler dans des pays du tiers-monde ou dans les bidonvilles français le pousse vers la médecine tropicale et l’épidémiologie. Malgré ses hésitations - n’est-ce pas, après tout, au politique de résoudre les problèmes de développement? - il part, une fois ses études terminées, pour sa première mission, dans un hôpital de brousse, en Afrique.

Là, il devient tour à tour dentiste, obstétricien, il vaccine, anesthésie et pratique des césariennes, sans compétences spécifiques et dépourvu de matériel. Il se souvient de sa première épidémie de choléra.

Il se remémore l’arrivée, quelques années plus tard en Asie, de 30.000 Cambodgiens à la frontière thaï. Des "morts vivants", fuyant l’arrivée des Vietnamiens dans un pays meurtri par l’horreur des Khmers Rouges.

 

Rony Brauman révèle aussi d'autres facettes, moins connues, de son métier. Louvoyer avec les autorités locales, monter un hôpital mobile en zone de conflit pour fuir en cas d’attaque, mettre au point un système d’approvisionnement en eau potable... Autant de "fonctions", pas forcément médicales, qu'il a dû occuper. 

Les pièges de l’humanitaire

En 1978, il est recruté par Xavier Emmanuelli et Claude Malhuret, fondateurs de MSF[2], pour partir en Thaïlande soigner les réfugiés victimes du communisme.

Premier médecin embauché par MSF, il en deviendra le président en 1982, réélu jusqu’à son retrait en 1994.

Cette expérience l'aide à poser un regard critique sur les limites de l’aide, la difficulté de soigner ceux qui peuvent être des criminels et des risques d’instrumentalisation, de toutes parts. Comme en Ethiopie au cours de la terrible famine (1984-85), lorsque la junte militaire au pouvoir profite de l’affluence de paysans affamés autour des camps de MSF pour les arrêter et les déporter vers le sud.

"On n’arrête pas un génocide avec des médicaments"

Comment réagir? Sans verser dans "l’absolutisme moral", Rony Brauman évoque la recherche d'un équilibre entre les compromis, inévitables, et les compromissions, inacceptables.

Achève-t-on cette lecture avec le sentiment que les humanitaires sont des têtes brûlées, ou des doux rêveurs? Certainement pas. Ce récit sobre témoigne de leur caractère passionné mais aussi de leur capacité à se remettre en cause. Et de leurs motivations, demeurées intactes dans ce secteur bouillonnant en perpétuelle évolution.


[1] Rony Brauman, Pourquoi je suis devenu médecin humanitaire, Bayard, février 2009.

[2] MSF est fondée en 1971 par cinq médecins français revenus du Biafra, avec pour objectif d’intervenir rapidement sur des lieux de crise pour y apporter spécifiquement des soins médicaux aux populations.

Retrouvez notre dossier sur les métiers de la solidarité:

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