Climate week 2015: cap sur la COP21 et au-delà!

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Du 21 au 28 septembre 2015, j'ai pu assister à la cinquième édition de la Climate week (Semaine du climat). L’événement réunit chaque année, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, des entreprises du monde entier pour échanger sur leurs positions, actions et attentes concernant les enjeux climatiques. Y participer est donc l'opportunité d'appréhender les attentes générales à l'égard des négociations sur le climat, dans la perspective de la conférence des parties (COP) qui se tient traditionnellement en fin d'année. La semaine écoulée m'a donc permis de tirer trois constats.

Du rôle des acteurs économiques dans la lutte contre le changement climatique

D'abord, les entreprises présentes ont fait preuve d'un volontarisme et d'un engagement très forts dans la lutte contre le changement climatique, dans la lignée de la Climate week précédente. Des entreprises comme Siemens, Coca-Cola, Procter&Gamble, se sont engagées à élever leurs objectifs de réduction d'émissions conformément aux évaluations scientifiques.

Ce dynamisme reflète l'évolution de la perception des acteurs économiques quant à leur rôle dans la lutte contre le changement climatique. Les entreprises ont pris conscience qu'elles étaient au cœur de la définition et de la mise en œuvre des solutions qui permettront de réaliser la transition bas carbone de nos économies, et atteindre l'objectif de stabilisation de la hausse des températures à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle. En France l'ensemble des énergéticiens développent des énergies renouvelables ou bas carbone et les industries intensives en énergie ont recours à l'effacement en cas de pointe de consommation.

Plus encore, un nombre croissant d'entreprises intègrent la composante carbone dans leurs stratégies. Ainsi, un millier d'entre elles ont soutenu la déclaration en faveur de l'adoption d'un prix carbone, lancée à l'occasion de la Climate week de 2014 et soutenue par la Banque mondiale. Les entreprises le considèrent désormais comme un moyen efficace pour orienter leurs investissements vers les technologies "propres" au meilleur rapport efficacité-coût. De fait, beaucoup d'acteurs économiques ont fixé un prix du carbone en interne et d'autres sont en passe de le faire.

Des attentes très fortes du futur accord sur le climat

Deuxième constat: au-delà de leurs propres engagements, les entreprises ont exprimé des attentes très fortes concernant le contenu du futur accord sur le climat. En effet, le développement et le déploiement des solutions requises pour atteindre les objectifs fixés soulèvent des enjeux technologiques et économiques considérables. D’abord le déploiement de solutions à l'échelle mondiale requiert des investissements massifs, risqués, et de long terme. De plus, les entreprises sont soumises à l'exigence d'une croissance économique durable de toutes nos économies, dans un contexte de concurrence internationale aiguë.

Les acteurs économiques ont besoin que l'accord de 2015 pose les bases d'un cadre intégrant ces exigences. Ainsi, dans un document intitulé "Proposals from CEOs in view of a 2015 international climate change agreement at COP 21 in Paris", une centaine d'entreprises françaises et étrangères appellent les Etats parties à œuvrer pour la définition d'un accord ambitieux, s'inscrivant dans un cadre de long terme et garantissant des efforts comparables de la part des grands pays émetteurs. Pour se faire, l'accord devra s'appuyer sur les engagements pris par chaque État mais aussi sur des systèmes de "measuring, reporting and verification" (MRV) fiables.

Enfin -et c'est peut-être l'élément le plus novateur de cette Climate week-, les entreprises ont porté leur regard non seulement sur la COP21 -dont les avancées restent à ce jour incertaines- mais aussi sur la concrétisation de l'accord. Les enjeux suivants, en particulier, nécessitent une réflexion qui doit être poursuivie au-delà de 2015: comment mettre en œuvre les dispositifs pour encourager le développement des technologies, notamment nouvelles, pour orienter les investissements vers les solutions bas carbone? Quel cadre pour encourager des investissements requis, massifs et au retour incertain? Comment coordonner les systèmes carbones existants ou à venir, qui restent fragmentés?

Dans ce cadre, il est crucial de renforcer, voire d’institutionnaliser un dialogue entre les entreprises et les Etats, pour travailler ensemble à la mise en œuvre de l'accord et du cadre climatique à partir de 2020, en identifiant les solutions à apporter et les conditions de leur mise en œuvre. Tout l’enjeu sera de pérenniser ce momentum collectif auquel nous assistons.

 

Crédit photo: Romain De Oliveira.
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