Le prix du carbone pour orienter les investissements productifs

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Avec 324 dollars la tonne (250 euros), le groupe anglais de distribution d’eau Pennon est le champion incontesté du prix du carbone le plus élevé. "Ce n’est pas nous qui fixons le prix, c’est le gouvernement anglais, pour l’année 2050!", nous précise le manager "Énergie et carbone" de South West Water, filiale de Pennon. Comme la plupart des fournisseurs d’eau anglais, Pennon suit les directives de l’agence de régulation de l’eau, qui leur demande "d’inclure le prix du CO2 implicite ["carbon shadow price" en anglais, NDLR] dans les analyses coûts/bénéfices de leurs investissements".

Ce prix implicite correspond à une charge fictive au titre des émissions de CO2. Il a été introduit par le gouvernement anglais en 2009 pour les secteurs d’activité non concernés par les quotas européens. L’intérêt? Inciter ces entreprises à prendre en compte les émissions de CO2 dans leurs décisions d’investissement et, par extension, contribuer aux objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. "Nous utilisons ce prix pour nos calculs jusqu’en 2050 et même au-delà, puisque certaines de nos infrastructures sont amenées à durer 40 ans", précise David Rose.

La prise en compte d’un prix implicite est aussi une réalité pour certaines entreprises françaises qui ne sont pas soumises aux quotas, comme Renault. Chez le constructeur automobile, "un prix interne du carbone est pris en compte dans les calculs de retour sur investissement. Il est sujet à des projections à court et moyen terme et à des modèles qui intègrent des facteurs externes, comme l’évolution du marché de l’énergie et les réglementations sur les quotas EU ETS". 

Mais cette inclusion oriente-t-elle véritablement les décisions? Raphaël Trotignon, économiste à la chaire Economie du climat de l’université Paris-Dauphine et spécialiste des prix du carbone, semble en douter. "Les prix implicites, appelés parfois prix tutélaires du carbone, sont un premier pas intéressant. Mais avoir un cadre de décision qui n’est pas le même que le cadre réel n’est pas viable sur la durée. À terme, il faut un vrai prix pour que le raisonnement s’équilibre avec la réalité".

Pour guider leurs projections, les analystes financiers s’appuient sur les données de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). Dans son rapport sur les perspectives énergétiques mondiales de novembre, qui analyse les grandes évolutions dans le domaine de l’énergie sur la base de trois scénarios, "le prix du CO2 en Europe passe de moins de 6 dollars la tonne en 2013 à 22 dollars en 2020, et 50 dollars (soit 40 euros) en 2040". Pour l’AIE, il est probable "qu’à partir de 2015 toutes les décisions d’investissement dans le secteur de l’électricité au Canada, aux USA et au Japon incluront un prix carbone implicite". En attendant un prix véritable?

 

Cet article a initialement été publié en décembre 2014 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".
 
Crédit photo: John Morgan/Flickr.
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