Le prix du carbone au service d’une compensation volontaire

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Y aurait-il une équation "compensation carbone=prix du carbone interne"? Dans sa déclaration annuelle 2014 au CDP, ONG de référence sur le reporting carbone, le géant du Web Google est allé dans ce sens: "Nous avons atteint la neutralité carbone à travers l’achat de crédits de haute qualité, donc nous incluons déjà un prix du carbone dans nos opérations".

Parmi les entreprises non soumises aux quotas de CO2, toutes ne vont pas aussi loin que Google, mais de plus en plus achètent des crédits carbone issus de projets "verts" pour compenser leurs émissions (centrales éoliennes ou solaires, conservation ou reboisement de forêts, etc.). C’est le marché de la compensation volontaire, dit "voluntary offsetting", qui pesait 379 millions de dollars (339,7 millions d'euros) en 2013, d’après l’ONG Forest trends.

En amont, des "développeurs" spécialisés bâtissent un projet de compensation CO2 à partir de trois éléments clés: un territoire, un levier d’action (éoliennes, plantation d’arbres, foyers de cuisson améliorés, etc.) et souvent une communauté agissante (par exemple, les habitants de la forêt qui vont jouer un rôle de conservateurs). Chaque projet est traduit en crédits CO2, qui sont vendus soit à des grossistes, par exemple EcoAct (qui affiche un portefeuille de 1000 projets et qui est le fournisseur français d’Atos), soit à un utilisateur final. Il existe aussi des "brokers", qui servent d’intermédiaires. Sans oublier des certificateurs, qui vérifient que l’impact carbone du projet a été rigoureusement calculé.

Un prix du carbone libre

C’est une des grandes différences avec les prix du CO2 sur les marchés des quotas, pour la compensation volontaire, les prix de la tonne de CO2 sont libres. "Ils sont définis lors de transactions gré à gré dans lesquelles certains opérateurs intègrent des frais d’administration et de gestion des projets", notait l’Ademe dans un guide sur la compensation volontaire. Les prix dépendent aussi du niveau de certification des crédits CO2: plus le crédit est certifié par des tiers (comme Verified Carbon Standard, un des "Ecocert" du crédit carbone), plus il sera coûteux.

Dans son dernier rapport sur le prix du carbone, le CDP indique que les prix varient de 6 à 7 dollars chez Microsoft, 20 à 30 dollars pour Mars en passant par 14 dollars chez Google. Quant au prix moyen du marché volontaire en 2013, il était de 4,90 dollars la tonne en 2013, selon Forest Trends. Des prix relativement faibles, même si, plus que leur niveau, c’est le montant global des achats de crédits volontaires qui renseigne sur l’importance de la compensation volontaire.

Face aux enjeux climatiques, elle reste un outil très modeste. Beaucoup d’entreprises ne s’y sont pas trompées et concentrent leurs efforts sur l’efficacité énergétique et les achats à faible empreinte carbone.

 

Cet article a initialement été publié en décembre 2014 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".
 
Crédit photo: Zoltán Vörös/Flickr.
Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer