Le prix du carbone, un levier de lutte contre le changement climatique?

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Point d’étape vers un accord international contraignant sur le climat, la COP21 est attendue à Paris fin 2015. Deux semaines de négociations onusiennes pour poser les jalons d’un texte devant entrer en vigueur en 2020. Dans l’optique d’une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, la question du prix carbone sera, sans doute, plus que jamais d’actualité.

Retrouvez notre rubrique spéciale COP21

Les appels à plus de régulation se sont multipliés, en 2014. En septembre de cette année là, à New York, une coalition d’investisseurs internationaux a exhorté "les gouvernements à instaurer un prix du carbone stable, fiable et économiquement sensé". Au même moment, plusieurs multinationales comme Unilever et GDF Suez, signaient avec la Banque Mondiale une déclaration pour donner un prix au carbone.

Transformer une contrainte en opportunité

Les modes de tarification possibles sont "très divers, qu’il s’agisse des systèmes de quotas d’émissions, des taxes carbone, en passant par les cadres législatifs ou fiscaux pour créer un prix du carbone stable", rappelle la Coalition d’entreprises "Caring for climate" (une émanation du Pacte mondial de l’ONU). Pour les investisseurs, ces outils sont indispensables pour faire naître une économie à bas carbone.

Pas d’angélisme, derrière cela: il s’agit de protéger les actifs qui pourraient être mis en danger par le changement climatique. Quant aux multinationales, leur motivation est à la fois de transformer une contrainte ou un risque réglementaire en opportunité et d’intégrer le club des entreprises les plus climato-responsables. Une partie d’entre elles affiche d’ailleurs une tarification volontaire, hors de la contrainte légale. "Plus de 150 grandes firmes ont recours à une tarification interne du carbone pour orienter leurs prises de décisions", déclarait avec un brin d’emphase la Banque Mondiale en septembre 2014.

Dans la réalité, la prise de décision est rarement déterminée par le prix du carbone, qui reste marginal par rapport aux autres charges d’exploitation, même pour les entreprises soumises aux quotas. Et pour les autres? Le prix du carbone est souvent cantonné à l’achat volontaire de crédits CO2 de compensation, pour des budgets qui restent modestes. Dans son rapport "Global corporate use of carbon pricing" [pdf], le CDP, ONG de référence sur le reporting carbone, cite 150 entreprises exemplaires en la matière. Pourtant, seule une minorité s’est réellement approprié le prix du carbone pour en faire un outil de pilotage au service d’une stratégie de croissance à bas carbone.

Pas de solution miracle

Les prix varient fortement d’une entreprise à l’autre: entre 2 et 3 euros la tonne en 2013 pour la société de services informatiques Atos, 6 à 7 dollars la tonne pour Microsoft et 324 dollars pour le fournisseur d’eau anglais Pennon Group. Cet éventail reflète des réalités différentes: il peut s’agir du prix de la tonne CO2 compensée (comme chez Atos), du prix de la tonne refacturée en interne (Microsoft), ou du coût prévisionnel de la tonne CO2 en 2050 (Pennon).

À l’évidence, mettre un prix sur la tonne de CO2 n’est pas la solution miracle. Les deux principaux leviers d’une lutte contre le changement climatique, l’efficacité énergétique et le recours aux énergies renouvelables peuvent être déployés sans prix du CO2. Mais les entreprises de tous secteurs ont intérêt à suivre les annonces de leurs pairs et à surveiller le marché européen des quotas (qui fait des émules, puisque la Chine devrait généraliser son propre système en 2016). Que les entreprises soient volontaires ou non, il y a fort à parier que l’émission de CO2 dans les années à venir sera une activité de plus en plus coûteuse et risquée.

 

Cet article a initialement été publié en décembre 2014 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".
 
Crédit photo: Agustín Ruiz/Flickr.
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