La dernière ligne sinueuse vers la COP21

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Par Angela de Santiago, directrice générale de Youphil.

François Hollande, dans sa conférence de rentrée le 7 septembre 2005, a laissé entrevoir que la COP21 pourrait ne pas aboutir aux résultats escomptés et que les 100 jours restants avant le grand rendez-vous de Paris allaient être déterminants*. Prudence politique ou rappel aux ministres concernés qu’ils avaient encore quelques avions à prendre afin d’obtenir les engagements des pays majeurs -l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil notamment- pour maintenir le réchauffement climatique à 2°C d’ici à la fin du siècle? Nul doute que cela a dû jeter un certain froid dans le microcosme qui s’attelle à faire de ce rendez-vous le plus grand événement international jamais organisé par la France.

À ce sujet, retrouvez notre interview de Pierre-Henri Guignard, secrétaire général de la COP21, dans notre lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale" du 11 septembre 2015.

Mais, au delà des négociations, le risque politique réel pour ce gouvernement n’est-il pas finalement que le grand public ne comprenne pas que climat, migrations et conflits contemporains sont liés? Sujet d’experts ou de diplomates, le développement se confond souvent en France, à tort, avec l’effort humanitaire d’urgence. Comment bâtir dans l’opinion publique un niveau de compréhension et d’acceptabilité que l’avenir serein de la France et de l’Europe est pleinement lié au développement des pays du Sud, et que la lutte contre le réchauffement climatique en est une variable déterminante? Cela exigerait plus de pédagogie, plus d’analyses et plus d’heures d’enseignement à l’école.

Et pourtant, comme le rappelait la secrétaire d’Etat au Développement et à la Francophonie Annick Girardin, lors d'un déjeuner début septembre avec quelques médias dont Youphil.com , jamais les équipes ministérielles -Affaires étrangères, Ecologie,  Economie, Intérieur, Agriculture- ne se sont autant affairées pour faire comprendre tout cela. Et jamais la séquence de rencontres internationales n’a été aussi favorable qu’en 2015, chacune d’entre elles ayant permis une avancée dans le chemin qui mène à un accord à Paris.

Le climat, désormais indissociable du développement

Cette  séquence a commencé à Sendaï (au Japon) en mars 2015, avec l’annonce d’un nouveau plan pour la réduction des risques de catastrophes naturelles. Sommet jugé décevant par les ONG, il a néanmoins permis de lancer le projet, livrable en 2020, d’un système d’alerte précoce des populations par SMS. Appelé "Crews" (pour "Climate risk early warning system", en anglais), il doit boucler son tour de table de 100 millions d’euros d’ici à la COP21 et est soutenu notamment par la France, la Norvège, les Etats-Unis, le Japon, l’Organisation météorologique mondiale et la Banque Mondiale. Trente pays se réunissaient le 8 septembre à Paris pour travailler sur cet objectif.

Le Sommet d’Addis-Abeba, en juillet 2015, qui portait plus largement sur le financement du développement et la lutte contre l’évasion fiscale, a permis, selon Annick Girardin, de voir pour la première fois l’Afrique s’exprimer d’une seule voix en vue des négociations climatiques de la COP21. Une "Afrique des solutions", avec par exemple le projet gabonais Ageos, pour la détection par satellite de la déforestation ou de la surpêche, en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Brésil.

Addis-Abeba n’a pas permis d’avancée majeure sur le financement des objectifs climatiques des pays en voie de développement. Or la finance est au cœur du texte en négociations pour Paris et des engagements pris par les pays du Nord à Copenhague. La solidarité Nord-Sud et Sud-Sud, qui suppose la mobilisation de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 et dont une petite partie transitera par le Fonds vert, est un défi politique majeur. François Hollande a ainsi annoncé son déplacement en Chine début novembre, afin de mettre tout le poids du président Xi Jinping du bon côté de la balance.

Autre grand "round" avant Paris,  le Sommet du développement durable, qui doit se tenir du 25 au 27 septembre 2015 au siège de l'ONU, à New York. Sa feuille de route, établissant 17 Objectifs de développement durable (ODD) universels s’appliquant à tous les pays, inclut désormais la nécessité de "prendre d'urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques", notamment en faveur des pays les plus vulnérables, en Afrique subsaharienne ou en zones inondables.

L’articulation de toutes ces discussions est un véritable puzzle diplomatique et la créativité en matière de financements publics et privés devra être au rendez-vous. Pour ce faire, sans grand bruit, la décision a été prise fin août par le gouvernement d’adosser à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en 2016 l’Agence française de développement (AFD). Cette institution bancaire et diplomatique dédiée à la solidarité Nord-Sud verra ainsi augmenter ses capacités financières et s’est donnée comme objectif de consacrer 50% de ses futurs financements à des projets liés au climat.

*Fin août, seulement 58 pays sur les 195 ont remis leurs contributions à l'ONU représentant environ 70% des émissions de gaz à effet de serre.

 

Cet edito a initialement été publié en septembre 2015 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".

 

Crédit photo: CIAT/Flickr.
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