En prison, le ramadan se vit seul

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Les réseaux de solidarité peinent à se mettre en place, malgré les demandes des détenus.

Coucher du soleil attendu avec impatience, rupture du jeûne en famille ou avec des proches, partage de patisseries avec les voisins... Le ramadan est pour la communauté musulmane pratiquante le moment de solidarité par excellence. Certains n'ont pas l'opportunité d'y participer, et avant tout ceux qui sont derrière les barreaux.

Le système carcéral et le manque de volonté des associations musulmanes mettent à mal les réseaux de solidarité.

Ces associations sont pourtant attendues, d'autant que 60 à 70% des détenus en France seraient de confession musulmane, selon une étude financée par la fondation Soros et reprise par un article publié en 2008 par le Washington Post.

Peu de colis alimentaires pour les détenus

Du côté des associations musulmanes, un constat s'impose: s'occuper des détenus, même s'ils font le ramadan, n'est pas une priorité. A Montpellier, les membres de l'antenne régionale de l'Association des projets de bienfaisance islamique en France (APBIF), "rendent visite aux détenus qui le demandent", mais elles ne prévoient pas de collecte de nourriture ni d'envoi de colis.

Dans le bureau de l'APBIF basé à Alès, même constat: "rien n'a été prévu: le sujet n'a pas été abordé". L'Association des Musulmans des Alpes Maritimes, basée à Nice, n'a pas prévu de colis non plus. "Mais on essaye d'amener des pâtisseries en fin de ramadan", explique Madame Ben Salem. Le fait que ces musulmans soient en prison dissuade-t-il ces associations de les aider? "Pas du tout: qu'ils soient en prison ou non, l'important est de donner", rassure-t-elle.

Accès limité aux prisons

Les associations sont peu actives dans les prisons, et pour cause: quel que soit le moment de l'année, l'accès leur est toujours très limité, qu'elles aient une dimension religieuse ou non.

L'Administration Pénitentiaire est claire sur ce sujet, "les distributions de colis sont organisées exclusivement par l'aumônerie musulmane". Une "note à la population pénale" publiée en juillet dernier par un centre de détention du Nord de la France précise: "aucune autre forme de distribution directe, notamment par les familles n'est autorisée, tout colis sera renvoyé à son expéditeur".

Seul l'aumônier est donc habilité à distribuer des colis pour le ramadan. Ceux-ci renferment des dattes, du saucisson halal, des pistaches, des bonbons et du chocolat. Mais si les colis se font rares, c'est qu'ils n'arrivent pas souvent à bon port.

L'administration pénitentiaire ne fait aucune exception, comme l'explique le vice-président de la Fédération Nationale des Musulmans de France, Merzak El-Bekkay: "ce n'est pas facile, je connais des associations qui avaient préparé des colis pour le ramadan et n'ont pu le donner aux détenus... Dépitées, elles les ont finalement amenés à la Croix-Rouge".

Cet ancien aumônier, qui a depuis déserté les prisons pour travailler dans les hôpitaux, conclut d'un air découragé: "la mauvaise organisation des prisons n'encourage pas les associations."

"Très peu d'aumôniers musulmans et beaucoup de demandes"

Si la solidarité a tant de mal à franchir les barreaux, c'est qu'elle doit passer par un aumônier dès qu'elle a un caractère religieux.

Les associations musulmanes ne peuvent se passer de ce personnage clé.

Mais les aumôniers musulmans sont encore trop peu nombreux pour répondre à toutes les demandes. "C'est une remarque qui revient souvent: il y a très peu d’aumôniers musulmans et beaucoup de demandes", analyse Anne Chereul, coordinatrice Nord-Pas-de-Calais pour l'Observatoire International des Prisons.

En 2008, l'Administration Pénitentiaire recensait 580 aumôniers catholiques, 287 protestants et 147 musulmans. Jane Sautière, directrice d'insertion et de probation, le reconnaît: "en terme d'égalité face au culte, il faut qu'il y ait plus d'aumôniers musulmans. On espère renforcer leur nombre dans les régions où c'est nécessaire, notamment en Ile-de-France".

Les associations musulmanes peu impliquées

Chargé de la formation des aumôniers en Ile-de-France, Missoum Chaoui regrette que "les associations musulmanes ne commencent à se manifester que depuis deux ans. Jusque-là nous devions intervenir par nos propres moyens. Le milieu carcéral n'était pas très connu des associations".

Et l'aumônier d'ajouter, sur le ton du reproche, que nombre d'entre elles en restent encore à des déclarations d'intention.

Au final, "ce sont surtout des commerçants ou des particuliers" qui ont aidé Missoum Chaoui à préparer les 200 colis alimentaires qu'il enverra dans chaque établissement parisien.

"Ce sont surtout des initiatives privées"

A la tête de l'aumônerie nationale musulmane et en charge de la région pénitentiaire de Lille, Hassan El-Alaoui Talibi souligne l'engagement "des petites associations locales, qui font un travail formidable". "D'autres organisations, plus importantes, ne font que des actions limitées et en profitent pour se faire de la publicité."

Lors du bilan des denrées récoltées, les dons de petites associations se révèlent plus importants que ceux des grandes organisations. "Pour constituer le colis de ramadan, nous interpellons les lieux de culte, les responsables associatifs et surtout, les particuliers", précise l'aumônier, avant d'ajouter: "ce sont surtout des initiatives privées".

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